Happés par l’événement sportif qu’ils commentent, déçus par la défaite de leur équipe nationale, les commentateurs sportifs perdent parfois leur sang froid et couvrent de reproches l’arbitre. Récit de quelques dérapages entrés dans l’histoire du journalisme sportif.
Avant d’être désormais conviés comme consultants lors des retransmissions sportives, les arbitres ont été et demeurent encore parfois les cibles favorites des journalistes sportifs. Les exemples les plus célèbres de dérapages sont à mettre à l’actif de Thierry Roland. Le journaliste aux 11 coupes du monde et au plus de 1300 matchs commentés à la télévision a fait scandale à deux reprises en s’en prenant à celui que le monde du ballon rond désigne respectueusement comme « l’homme en noir ». La première fois c’était le 9 octobre 1976 lors de Bulgarie-France à Sofia, match comptant pour les qualifications de la coupe du monde 1978 (voir vidéo ci-dessous). “Monsieur Foote, vous êtes un salaud” s’écrie Thierry Roland avec cette gouaille qui l’a rendu si populaire. La mémoire footballistique française retient cependant qu’outre le penalty qui lui valut l’insulte du journaliste français, l’arbitre écossais Ian Foote avait refusé un but à Michel Platini tout en accordant quelques instants plus tard un but litigieux aux bulgares. Cela suffisait-t-il pour réclamer, devant des millions de téléspectateurs, que “cet individu” soit jeté dans les premières geôles venues ?
8 ans plus tard, le commentateur le plus populaire de France récidive. Lors du quart de finale de la coupe du monde de 1986 entre l’Angleterre et Argentine, Diégo Maradona marque un but de la main (La fameuse main de Dieu) Furieux, Thierry Roland demande à son éternel complice : “Honnêtement, Jean-Michel Larqué, ne croyez-vous pas qu’il y a autre chose qu’un arbitre tunisien pour arbitrer un match de cette importance ? ”
Connu presque exclusivement par les téléspectateurs de TLM (Télé Lyon Métropole), chaîne pour laquelle il commente les matchs de Ligue 1, Bernard Lacombe, déblatère également contre l’homme en noir. Dans l’extrait sonore ci dessous, Laurent Duhamel reçoit un concert de louanges de la part de l’ancien attaquant de l’équipe de France et actuel conseiller du président deL’Olympique Lyonnais.
Le Football est loin de faire exception en matière de dérapages de journalistes. André Garcia a commenté aux cotés de Patrick Montel les derniers championnats du monde de handball masculin en Allemagne au début de l’année 2007. Excédé par les décisions du trio arbitral lors de la demi-finale Allemagne France, il remet en cause l’impartialité des arbitres suédois….
Le phénomène ne touche pas que les sports collectifs. L’ancien patineur Philippe Candeloro a débuté sa carrière de consultant pour France Télévision en dénonçant les juges lors des JO de Turin en 2006. S’offusquant de la 4ème place du couple français en danse sur Glace, Philippe Candeloro a déclaré : “C’est scandaleux, c’est dégueulasse, on s’est encore fait couillonné là” avant d’être repris, non sans ironie, par son colistier Nelson Monfort : “gardez le fair-play qui vous caractérise Philippe”
Chauvinisme ?
Les exemples cités relèvent d’une même tendance chauvine. Les critiques des commentateurs ou consultants, qu’elles soient justifiées ou non, s’effectuent toujours lorsque l’équipe favorite (souvent l’équipe nationale) subit l’injustice (réelle ou non) perpétrée par la décision arbitrale.
A-t-on déjà entendu des commentateurs déplorer une erreur d’arbitrage avantageuse pour une équipe de France ou un sportif français ?
Les journalistes français ne se sont-ils pas fait plutôt discrets lors de l’en-avant de l’équipe de France de Rugby qui lui permet de vaincre les All Blacks lors de la dernière coupe du monde ? Bernard Lacombe juge-t-il aussi sévèrement l’arbitre lorsque l’Olympique lyonnais bénéficie de ses erreurs ? Philippe Candeloro trouvera-t-il toujours aussi “dégueulasses” les choix des juges si, de façon discutable, ils offrent un titre de champion olympique à Bryan Joubert ?
Commentateur du Rugby pendant plus de 30 ans, Roger Couderc a converti la France à l’Ovalie.
A l’heure où tout semble question de référencement dans Google, prêtons nous au jeu. Tapons « Rugby » dans le moteur de recherche le plus connu du monde. Dans les 85 900 000 pages recensées, aucune ne mentionne d’emblée le nom de Roger Couderc.
Pourtant, faites la même opération avec vos parents, vos grands parents, les générations qui nous précèdent, le nom de Couderc est systématiquement associé à celui du ballon ovale.
La conclusion heurtera sans doute les adeptes des nouvelles technologies : la mémoire collective a des tours que le web ignore encore.
Commentateur supporter
Célèbre pour son « allez les petits » gravé dans les couloirs du parc des princes (« Allée les petits ») et largement repris lors de la dernière coupe du monde, Roger Couderc a durant prés de 30 années commenté les matchs de Rugby à la Télévision et sur les ondes. Superposant souvent sa casquette de commentateur avec celle de supporter, le « monsieur rugby », réussissait la prouesse de réunir, derrière son accent doux du Sud Ouest de la France, les inconditionnels du sport et les novices.
A partir de la fin des années 1950, Roger Couderc commente pour l’ORTF (Radio puis télévision) tous les matchs de Rugby de l’équipe de France. En direct du stade de Colombes jusqu’en 1972, puis dans les travées du parc des princes, il convertit la France au Rugby par ses envolées lyriques et sa voix chaleureuse. Mais après mai 1968, en raison de sa proximité avec le mouvement, Roger Couderc est chassé de l’ORTF avec Raymond Marcillac, Robert Chapatte ou encore Thierry Roland. Monsieur Rugby trouve alors refuge sur la «périphérique» Europe 1. Associé à «Monsieur Drop» alias Pierre Albaladejo, ils instituent ensemble le modèle des commentateurs aujourd’hui : 1 journaliste et 1 consultant (spécialiste du sport et souvent ancien joueur). Le duo s’impose ensuite à la télévision sur Antenne 2 à partir de 1975 jusqu’au match France- Pays de Galles du 19 mars 1983. Lors du banquet d’après match, Jean Pierre Rives lui offre son maillot maculé de sang en guise d’adieu.
Représentant la guinée équatoriale aux JO Sydney en 2000, Eric Moussambani ne sait nager que depuis 8 mois lorsqu’il se présente aux qualifications pour le 100 m nages libre. Une dérogation du CIO, pour encourager les sportifs des pays en voie de développement, lui permet de découvrir en ce 19 septembre 2000, une piscine au format olympique…
Le rêve ne s’arrête pas là. Après les faux départs de ses concurrents, c’est sous les ovations du public australiens et les fous-rires des commentateurs que «Eric the swimmer» nage, seul, un 100 m nage libre en 1 min 52 s 72.
Après les rires des commentateurs, une seule phrase retient l’attention « c’est ça l’esprit olympique ». L’essentiel c’est de participer….
D’autres commentateurs à l’image de Michel Daloni dans Le Monde, ont profité de l’évènement pour condamner les frasques du sport de haut niveau:
“Si nous sommes devenus soudain un peu graves, un rien songeurs, un tantinet admiratifs, c’est que nous avions là, sous nos yeux rougis par quatre soirées olympiques, ce que les JO peuvent offrir de plus beau : un athlète désintéressé, sûrement pas dopé, sans espoir mais pas désespéré ; un homme donnant le meilleur de lui-même, le contraire du cynisme ; un champion à l’ancienne, c’est-à-dire, en l’occurrence, torse et jambes nus, en slip de bain. Eric Moussambani ne nous a pas fait rêver, et nous l’en remercions. Il nous a ramenés à la réalité, ce qui est une véritable performance à l’époque du tout fantasme.”
Le spectre du toquard Article paru dans Le Monde du 20.09.00
A venir sur "Je ne vous entends plus, on vient de me casser mes lunettes"
- Reportages au multiplex d'Europe 1
- Sur les traces de Robert Chappate, commentateur de cyclisme dans les années 1950 à 1980
- Les commentateurs et le racisme
Commentaires récents