S’engager pour promouvoir une nouvelle façon de voyager, respectueuse des populations et de l’environnement, c’est le choix professionnel qu’a fait Céline Menant-Lê, présidente du réseau Archimède et de l’association Voyage et Sens. Entretien.
499 euros la semaine à Punta Cana en République Dominicaine, ça fait rêver. Les offres de voyages low cost à des prix défiant toute concurrence nous assaillent sur nos écrans d’ordinateur. Mais pour Céline Menant-Lê, ce type de tourisme en pleine expansion n’est pas durable. Elle est présidente depuis juin 2006 du réseau Archimède, un réseau qui regroupe des acteurs du tourisme solidaire. Kesako? Le tourisme solidaire, c’est une autre idée du voyage, bien loin des clubs de vacances qui regroupent en masse des consommateurs de souvenirs .
Ce sont des voyages organisés dans le but de découvrir d’autres rythmes de vie, d’être mêlé aux habitants d’un pays, de partager et d’échanger. Mais encore et surtout, c’est un tourisme qui assure une rémunération correcte des employés locaux, le respect des cultures et de l’environnement et une aide au développement.
Après 10 années passées à travailler dans le tourisme, à tous les échelons et postes possibles. C’est au Viet Nam où elle travaillait en tant que professeur de français il y a quelques années qu’elle à eu le déclic,en constatant la dérive d’un petit paradis littoral détruit par le tourisme délirant et les constructions anarchiques d’hôtels. Témoin de la métamorphose d’un pays en pleine croissance, métamorphose désordonnée et souvent douloureuse pour l’environnement, elle décide de travailler pour promouvoir une autre façon de voyager. Elle rentre à Paris, étudie l’éducation à l’environnement et rencontre ceux avec qui elle va se lancer dans l’aventure.
« En 2005, nous reprenons l’association Archimède, pour la transformer en réseau d’acteurs du tourisme solidaire, dédié à la promotion et à la valorisation de ces voyages. En moins d’un an, nous avions déjà 40 adhérents. Il y avait une vraie demande et une vraie volonté des acteurs de se fédérer ». Archimède ne vend pas de voyage, mais tente de coordonner l’action de petits acteurs qui n’ont pas les moyens de grands tours opérateurs. ONG, associations, initiatives locales y sont présentes.
Plus que du militantisme, une manière de vivre
De cette expérience, elle prend conscience du manque de sensibilisation, d’information et de conseil en tourisme solidaire. Seulement 32,5% de la population française en a déjà entendu parler (étude de l’UNAT). Elle crée alors en 2006 avec Marie-Claude Ancero l’association Voyage et Sens, qui participe à des opérations de sensibilisations, lors de forums, de festivals ou de salon.
Informer le grand public, agir des les collègeset lycées, parler de comportement, de citoyenneté, présenter ce tourisme lors d’expositions, de rencontres, de débats, tout est bon pour faire connaître cette voie différente et que peu connaissent.
« Plus que du militantisme, c’est une manière de vivre, que de faire découvrir cette nouvelle façon de voyager. On ne vend pas de voyages, mais on veut transmettre des principes de citoyens responsables et sensible au développement durable ». Et depuis quelques temps, ces principes sont de mieux en mieux accueillis et écouté par le grand public.
« Depuis le Grenelle de l’environnement, il y a une vraie prise de conscience. On entend parler de ce type de tourisme beaucoup plus souvent ». Mais aujourd’hui, le tourisme solidaire ne représente que 1% des voyages à l’étranger. Les consommateurs restent frileux, craignent des prix plus élevés, un confort précaire. Pourtant explique Céline, il n’y a pas de grande différence de prix si on compare le tourisme solidaire à des séjours de même qualité. Le prix ne sera certainement pas celui d’un voyage dégriffé sur internet, mais il est expliqué par la qualité des produits, des services rendus par les gens sur place et de l’expérience vécue par le voyageur. Il partage souvent le quotidien de familles, est nourri avec soins par des productions locales, visite le pays en dehors des sentiers battus.
C’est aussi sur ce plan qu’il faut sensibiliser les voyageurs, celui de choisir un séjour où l’on est sûr de ne pas participer à l’exploitation des populations locales, à la dégradation de l’environnement. Mais c’est un travail de longue haleine. « Il y a un paradoxe terrible: on veut toujours payer moins cher, mais on réclame de plus en plus de qualité et d’éthique ».
Céline reste optimiste. Le marché du tourisme solidaire se développera, il y a une demande croissante. Et son association en fera partie: a terme le projet de Voyage et Sens est d’organiser ses propres voyages solidaires.
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