Archive for novembre, 2007

ZAPPING, le spectacle d’impro : Zappez vous avez dit zappez ?

Zapping, le spectacle d’impro« A vos thèmes, prêts ?…Zappez ! ». Tel est le slogan du spectacle d’improvisation qui se joue tous les jeudis soir au théâtre PIXEL. Durant 1h30, la troupe fait vivre aux spectateurs une soirée télé dont ils sont les uniques décideurs. Dès leur entrée ils sont invités à noter un thème de leur choix sur un petit papier et à sélectionner la catégorie « émission », « film » ou « série ». Les dits papiers seront tirés au sort durant le show par le maître de cérémonie. Le public choisira alors parmi les titres d’émissions, de films ou de séries proposés en fonction de la tranche horaire. Les quatre autres comédiens improviseront. En début de soirée, on commence solennellement par le journal télévisé. On poursuit par le prime-time et son ambiance familiale. En deuxième partie de soirée, ambiance engagée puis un peu plus dénudée vers le début de la nuit.

C’est ainsi que l’on retrouve un 6 minutes de M6 sur le thème « J’ai mauvaise haleine le matin comme ma mère ». Un « Mouche story » version Fort Boyard dans lequel des candidats-mouches jouent pour l’association tsé tsé, contre l’endormissement des mouches. Ou encore un « Chou croute ou choucroute » version cérémonie des César où l’on récompense la meilleure choucroute de la bière d’argent. Le tout avec l’accent allemand.

Entre chaque improvisation, le maître de cérémonie, petites lunettes, chemise rouge et pantalon noir, court piocher le nouveau thème, fait choisir le titre aux spectateurs, annonce la séquence suivante et chauffe le public. Dès le début du show, il demande aux  pseudo- téléspectateurs  de se mettre à l’aise comme devant leur télévision, de s’avachir sur les fauteuils, de bailler et de faire connaissance avec leurs voisins.

Quel dommage qu’il ne participe pas aux improvisations, c’est de loin le plus drôle des cinq comédiens…L’art de l’improvisation est en effet un art difficile qui demande que l’on s’écoute sur scène et que l’on respecte une certaine cohérence dans la construction des sketches. Les impros se transformaient souvent en cacophonie entre les comédiens. Leurs fins, elles,  n’avaient souvent plus aucun rapport avec les thèmes donnés. Quant à l’humour pipi-caca, on adhère ou on n’adhère pas !

L’idée du programme télé était pourtant originale…

A vos marques, prêts ?…Zappez.

Zapping, théâtre PIXEL

18 rue Championnet, 75018 Paris

01 42 54 00 92

Du jeudi 4 octobre au 20 décembre à 21h

Auteur: Laurent VI

Artistes: Laurent VI, Ariane ZANTAIN, Claire BEAUGE, Anne Elisabeth CHERPION, Ingrid KACZMAREK, Julien RATEL, Cédric CASANOVA

Metteur en scène: Laurent VI

Entretien avec Ameur, un “comédien de l’instinct”

AmeurLe spectacle d’Ameur au théâtre du Bout rond (article précédent) a été l’occasion d’une rencontre afin d’en savoir un peu plus sur l’univers de cet artiste…

D.J : Quel a été ton parcours ?

Ameur : Je suis né en Tunisie et suis arrivé en France à l’âge de 2 ans et demi. J’ai effectué ma scolarité ici puis j’ai fait de la musique. J’étais chanteur, auteur et compositeur. D’ailleurs je continue mais j’évite de le dire car en France on met trop souvent les gens dans des cases…Ensuite, je me suis consacré à l’humour et au théâtre : j’ai toujours rêvé de faire ça, même à l’école ! J’ai intégré la ligue d’improvisation théâtrale de Paris et je suis littéralement tombé amoureux de l’impro! Ça me correspondait totalement : je pouvais être moi-même à 100%. J’avais la liberté d’expression et de spontanéité !

J’écris également de petites chroniques pour la chaîne câblée TV Fil 78. Mon rêve serait d’intégrer Canal+, chaîne beaucoup plus libre où je pourrais faire ce que je veux…

D.J : Comment en es-tu venu au stand-up ?

A : J’ai été étoilé champion à plusieurs reprises lorsque je faisais du théâtre d’improvisation. Un jour j’ai été repéré. J’ai d’ailleurs rencontré Michel Boujenah. Il m’a dit : « Tu devrais écrire, écrire, écrire…Il ne t’en restera pas beaucoup au final. Avec ça tu pourras construire un spectacle ». Mais le one-man-show ne m’inspirait pas. Ce qui me plait, c’est la spontanéité, l’échange avec le public. C’est pour ça que j’ai préféré la liberté du stand-up.

D.J : Quels sont tes modèles ?                                                                            Ameur                                                                               

A : Je suis un autodidacte, j’ai été bercé par la culture américaine : Woody Allen, Chris Rock, Richard Pryor (voir article « Du one-man-show au stand-up !)…Pryor est vraiment une de mes références. Il n’avait pas de limite dans le stand-up. Il pouvait même lui arriver d’insulter un spectateur ! Aux Etats-Unis il y a beaucoup plus de liberté qu’en France. On peut tout faire, le public comprend. Malheureusement en France, on est encore trop souvent obligé de se justifier afin de ne pas choquer. Il y a quelque temps, je jouais un sketch sur l’incarcération des Noirs aux Etats-Unis dans lequel je dénonçais le traitement qu’ils recevaient par rapport aux Blancs. J’ai reçu certaines critiques selon lesquelles j’étais trop provocateur. Je l’ai donc retiré de mon spectacle…

D.J : Et en France ?

A : J’apprécie beaucoup Anthony Kavanagh car il s’inspire de la culture américaine. Mais celui qui me touche le plus, c’est Gad Elmaleh. La première fois que je l’ai vu jouer, dans une petite salle pour son premier spectacle « Décalage », je me suis dit : « Enfin un jeu de comédien » ! J’aime bien Pierre Desproges aussi, dans l’écriture, c’est assez barré !

D.J : Quel est ton secret pour assurer un bon spectacle ?

A : Il faut créer une complicité avec le public et le mettre à l’aise dès le début du show. En fait, j’essaye de faire passer le message « je ne suis pas votre ennemi, on est là pour s’amuser ensemble ». Car j’en ai marre de me justifier. Quelques fois quand je dis à un spectateur qu’il est moche, je me sens obligé d’ajouter « moi aussi j’ai été moche » ! Les spectateurs doivent comprendre que c’est un jeu !

Mais il faut également qu’ils voient qu’il y a une réflexion derrière certaines de mes plaisanteries. J’adore parler des enfants, par exemple, car c’est un sujet sensible. Lorsque je blague sur l’affaire du Tchad, ce n’est pas gratuit.

D.J : De quelle manière travailles-tu ton show?

A : Je suis un « comédien de l’instinct ». Je ne répète quasiment jamais, même si c’est difficile à croire ! Lorsque j’ai une nouvelle idée de séquence (sketch, ndlr), je ne l’écris pas. Je cherche les mots qui s’y rattachent. Puis je me mets à la place du spectateur et j’imagine toute la scène dans ma tête. Un soir, j’arrive, je la joue pour la première fois devant le public, et il ne se doute de rien ! Ça me permet de changer souvent de version. Le secret c’est que le spectacle soit évolutif pour atteindre le maximum de spontanéité. Richard Pryor, par exemple, répétait rarement et son show était différent chaque soir.

AmeurD.J : Quels sont tes autres projets ?

A : Je travaille actuellement sur une chronique TV, le « Télé-rachat », parodie du télé-achat. Je suis également en train de créer un personnage un peu barré, pourla TV. Il s’adresserait aux femmes qui font leur gym chez elles !Demain j’espère faire, en plus, du cinéma. J’écris d’ailleurs un scénario, mais je n’en dis pas plus…

Ameur: stand-up au théâtre du Bout rond

Ameur « Bon, Ameur, il y a deux retardataires qui arrivent là » ! Le régisseur coupe Ameur en plein spectacle. Un couple pousse la porte de la salle Ronde pour prendre place au dernier rang. Applaudissement général. « Désolés, on a eu du mal à se garer » ! « Ah malheureusement je ne vais pas pouvoir reprendre depuis le début ! » lance l’humoriste. Le ton est donné.

Pendant une heure, Ameur livre au public un show de stand-up haletant et impressionnant. La recette ? La complicité qu’il installe d’emblée avec les spectateurs. L’artiste entre en scène et se réjouit du « métissage » du public, restreint cela dit, nous n’étions que sept ce soir-là. Mais qu’importe, on en vient même à préférer ce petit comité, sollicités que nous sommes à tout moment! De question en question, de vanne en vanne, les spectateurs se voient affublés de surnoms tout au long de la prestation. Parmi eux, « le portugais » ou « le chômeur » attribués à un homme d’une trentaine d’années, « le tchétchène » ou « le moche » à un autre. Les jeunes femmes, elles, s’en sortent mieux avec « la-ché-pas-quoi-chino-cambodgienne» ou « la bloggeuse », plus soft.

 

Et loin de se tourner les pouces, le public est là pour participer au show. Après une énième intervention du régisseur au micro, Ameur demande de l’aide : « Où j’en étais ? ». Réponse d’un homme dans le public : « Aux profs dans les lycées ». « Ah ouais, merci Marcel ! ». Bingo, il s’appelle bien Marcel, sa femme et lui éclatent de rire.

De la bonne humeur oui, mais également une bonne dose de pertinence. En témoignent les passages sur l’ADN, les CV anonymes, l’adoption et le Tchad, sujets brûlants mais traités avec un regard lucide, tout en finesse et ironie.

Un coup de cœur pour ses imitations de professeurs en banlieue et de chanteurs orientaux !

Le spectacle se termine d’ailleurs en chanson, avant un message très personnel à son public : « Vous êtes les ambassadeurs du spectacle. Parlez-en ! ».

Faites passer…

AMEUR

A partir du 5 octobre 2007

Tous les vendredis à 21h45

Théâtre du Bout rond ( au café-théâtre Le bout)

62 bis rue Pigalle-75009 Paris- métro Pigalle

Réservation : 01 42 85 11 88

Location : Fnac, Virgin, Carrefour et points de vente habituels

Du one-man-show au stand-up!

GadOne-man show: seul sur scène

Stand-up: se tenir debout

A priori ces deux genres ne font qu’un. Rares sont les comiques qui ne sont pas seuls en scène et debout! Simple question pratique. En réalité, là où le one-man show traditionnel se compose de plusieurs sketches et de différents personnages, le stand-up se démarque par la consécration du “je”, celui de l’humoriste. Son originalité? Etablir un véritable contact avec le public à coups d’apostrophes et de vannes. Un cocktail détonnant!

Le stand-up, c’est l’art de la tchatche, de la répartie. L’art d’un homme seul derrière son micro, prêt à rebondir au moindre battement de cils du public.Et tout y passe : sa vie, sa famille, ses amours, ses déboires (surtout ses déboires !), la société… Le stand-upper semble, par-dessus tout, maîtriser l’art de l’improvisation. Mais ne nous y trompons pas, malgré une grande spontanéité, l’écriture est très méticuleuse, comme le souligne Sylvain Laroque, précurseur du genre au Québec. « Contrairement aux apparences, c’est une écriture très méthodique et très scientifique, qui repose sur des palissades, sur l’exagération et sur le décalé » affirme celui qui a enseigné ce dérivé du one-man show à l’Ecole nationale de l’humour à Montréal.

Mais d’où vient le stand-up ?

Jerry SeinfeldS’il constitue LA tendance actuelle en matière d’humour, c’est un vieux de la vieille. Lorsqu’il naît dans les années 40 aux Etats-Unis, il constitue un outil de revendication sociale et d’affirmation identitaire. Ce n’est que dans les années 60 qu’il décolle, à New York et Los Angeles.

Pourquoi « stand up » ? Parce qu’il apparaît dans de petits bars, des « comedy clubs » où les comiques se lèvent de leur siège pour monter sur scène. De grands noms tels que Lenny Bruce, Jerry Seinfeld (photo ci-contre), Eddie Murphy ou Richard Pryor viennent marquer ce genre caractérisé par un humour urbain.

Il atteint le Québec dans le milieu des années 90 puis débarque en France où l’un des pionniers n’est autre que Gad Elmaleh dans « Décalage » (1996). Spectacle à travers lequel il raconte son parcours, du Maroc au Canada et en France. D’autres têtes d’affiche s’illustreront également dans l’exercice du stand-up : Franck Dubosc, Anne Roumanoff, Arthur, Mustapha et j’en passe.

Le Jamel Comedy Club : la troupe phare du stand-up français

Mais aujourd’hui, on ne peut parler du stand-up sans citer le Jamel Comedy Club. Le principe est simple : une équipe de 11 artistes, un passage de 7 minutes chacun lors des représentations et Jamel en chauffeur de salle. Il a décollé entre les émeutes de novembre 2005 et la présidentielle de 2007. Soutenu par Canal+, le programme cartonne. Et pour cause, Thomas Ngijol, Fabrice Eboué, Patson, Amelle Chahbi et leurs camarades sont le symbole de la génération black-blanc-beur et les porte-drapeaux de l’humour caustique qui va avec. Le public en Jamel Comedy Clubredemande. Résultat, direction le Casino de Paris début 2007 !

Mais en dépit d’un succès fulgurant, l’équipe du Jamel Comedy Club ne devrait pas revenir sur les ondes de la chaîne cryptée pour une troisième saison faute d’audience, selon TPS Star.

 On compte sur eux, ils sauront bien se relever…

Frederic Chau du Jamel Comedy Club