Entretien avec Ameur, un “comédien de l’instinct”

AmeurLe spectacle d’Ameur au théâtre du Bout rond (article précédent) a été l’occasion d’une rencontre afin d’en savoir un peu plus sur l’univers de cet artiste…

D.J : Quel a été ton parcours ?

Ameur : Je suis né en Tunisie et suis arrivé en France à l’âge de 2 ans et demi. J’ai effectué ma scolarité ici puis j’ai fait de la musique. J’étais chanteur, auteur et compositeur. D’ailleurs je continue mais j’évite de le dire car en France on met trop souvent les gens dans des cases…Ensuite, je me suis consacré à l’humour et au théâtre : j’ai toujours rêvé de faire ça, même à l’école ! J’ai intégré la ligue d’improvisation théâtrale de Paris et je suis littéralement tombé amoureux de l’impro! Ça me correspondait totalement : je pouvais être moi-même à 100%. J’avais la liberté d’expression et de spontanéité !

J’écris également de petites chroniques pour la chaîne câblée TV Fil 78. Mon rêve serait d’intégrer Canal+, chaîne beaucoup plus libre où je pourrais faire ce que je veux…

D.J : Comment en es-tu venu au stand-up ?

A : J’ai été étoilé champion à plusieurs reprises lorsque je faisais du théâtre d’improvisation. Un jour j’ai été repéré. J’ai d’ailleurs rencontré Michel Boujenah. Il m’a dit : « Tu devrais écrire, écrire, écrire…Il ne t’en restera pas beaucoup au final. Avec ça tu pourras construire un spectacle ». Mais le one-man-show ne m’inspirait pas. Ce qui me plait, c’est la spontanéité, l’échange avec le public. C’est pour ça que j’ai préféré la liberté du stand-up.

D.J : Quels sont tes modèles ?                                                                            Ameur                                                                               

A : Je suis un autodidacte, j’ai été bercé par la culture américaine : Woody Allen, Chris Rock, Richard Pryor (voir article « Du one-man-show au stand-up !)…Pryor est vraiment une de mes références. Il n’avait pas de limite dans le stand-up. Il pouvait même lui arriver d’insulter un spectateur ! Aux Etats-Unis il y a beaucoup plus de liberté qu’en France. On peut tout faire, le public comprend. Malheureusement en France, on est encore trop souvent obligé de se justifier afin de ne pas choquer. Il y a quelque temps, je jouais un sketch sur l’incarcération des Noirs aux Etats-Unis dans lequel je dénonçais le traitement qu’ils recevaient par rapport aux Blancs. J’ai reçu certaines critiques selon lesquelles j’étais trop provocateur. Je l’ai donc retiré de mon spectacle…

D.J : Et en France ?

A : J’apprécie beaucoup Anthony Kavanagh car il s’inspire de la culture américaine. Mais celui qui me touche le plus, c’est Gad Elmaleh. La première fois que je l’ai vu jouer, dans une petite salle pour son premier spectacle « Décalage », je me suis dit : « Enfin un jeu de comédien » ! J’aime bien Pierre Desproges aussi, dans l’écriture, c’est assez barré !

D.J : Quel est ton secret pour assurer un bon spectacle ?

A : Il faut créer une complicité avec le public et le mettre à l’aise dès le début du show. En fait, j’essaye de faire passer le message « je ne suis pas votre ennemi, on est là pour s’amuser ensemble ». Car j’en ai marre de me justifier. Quelques fois quand je dis à un spectateur qu’il est moche, je me sens obligé d’ajouter « moi aussi j’ai été moche » ! Les spectateurs doivent comprendre que c’est un jeu !

Mais il faut également qu’ils voient qu’il y a une réflexion derrière certaines de mes plaisanteries. J’adore parler des enfants, par exemple, car c’est un sujet sensible. Lorsque je blague sur l’affaire du Tchad, ce n’est pas gratuit.

D.J : De quelle manière travailles-tu ton show?

A : Je suis un « comédien de l’instinct ». Je ne répète quasiment jamais, même si c’est difficile à croire ! Lorsque j’ai une nouvelle idée de séquence (sketch, ndlr), je ne l’écris pas. Je cherche les mots qui s’y rattachent. Puis je me mets à la place du spectateur et j’imagine toute la scène dans ma tête. Un soir, j’arrive, je la joue pour la première fois devant le public, et il ne se doute de rien ! Ça me permet de changer souvent de version. Le secret c’est que le spectacle soit évolutif pour atteindre le maximum de spontanéité. Richard Pryor, par exemple, répétait rarement et son show était différent chaque soir.

AmeurD.J : Quels sont tes autres projets ?

A : Je travaille actuellement sur une chronique TV, le « Télé-rachat », parodie du télé-achat. Je suis également en train de créer un personnage un peu barré, pourla TV. Il s’adresserait aux femmes qui font leur gym chez elles !Demain j’espère faire, en plus, du cinéma. J’écris d’ailleurs un scénario, mais je n’en dis pas plus…

3 Comments so far

  1. Mélinda on novembre 19th, 2007

    Super cette interview!! Continue comme ça D.J !

  2. Caro on novembre 19th, 2007

    Super interview, questions pertinentes et réponses bien organisées…Que dire de plus à part vivement le prochain post ? :)

  3. Laure on décembre 5th, 2007

    Là par contre je fonds! Big up Ameur :D On reconnait bien ton style dans les questions…j’aime beaucoup!

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