“La France a peur de la pratique intensive du sport” janvier 20 2008
Publié par Arnaud Bonnin in : Un peu de sérieux , rétrolienNous parlions récemment de Jan Silva, ce jeune Américain de 6 ans entraîné quotidiennement dans l’académie de tennis de Patrick Mouratoglou en région parisienne. Des questions se posent quant aux risques d’une pratique intensive précoce sur le développement physique et psychologique de l’enfant. Entretien avec Jean-Marc Surdeau, psychologue du sport et professeur de tennis.
Paris Smash : Que pensez-vous des débuts précoces de la pratique intensive du tennis ?
Jean-Marc Surdeau : Il est important de bien distinguer pratique loisir et pratique intensive. Faire commencer les enfants très tôt ne me semble pas un problème. A l’heure actuelle, le mini-tennis débute vers 4-5 ans. Je défends une nouvelle méthode d’enseignement développée aux Etats-Unis par l’ancien champion français Jean-Philippe Fleurian (37ème mondial en 1990, ndlr) et qui propose un démarrage ludique du tennis vers 3 ans avec un matériel, des exercices et un vocabulaire adaptés.
PS : Et en ce qui concerne la pratique intensive ?
JMS : En France, on ne peut pas vraiment dire qu’il y ait une réelle précocité de la pratique intensive. Les meilleurs jeunes de 5 ans suivent deux heures et demie de tennis par semaine. Ce n’est pas scandaleux. A cette fréquence, il n’y a pas de répercussions psychologiques à moins que l’environnement familial soit nocif et que l’enfant soit soumis à une pression élevée de la part de ses parents.
PS : Quel comportement les parents doivent-ils adopter ?
JMS : L’enfant doit ressentir qu’il est soutenu mais pas oppressé. L’aspect affectif est primordial pour que la pratique intensive se déroule sans encombres. Les problèmes arrivent quand les parents s’impliquent trop. Le risque de projection parentale sur l’enfant est grand.
PS : Comment faire pour que les “petits champions” gardent un équilibre sur le plan psychologique ?
JMS : L’entourage de l’enfant - parents, entraîneurs, médecins - se doit de rester très vigilant surtout au moment de l’adolescence. Il est très important que l’enfant ait d’autres centres d’intérêt que le tennis, qu’il puisse parfois changer d’air.
PS : Arrive-t’il que des jeunes trop “poussés” craquent psychologiquement ?
JMS : Les difficultés peuvent apparaitre quand un jeune qui s’est beaucoup investi et qui avait de grandes ambitions connaît ses premiers coups durs, une stagnation. L’entourage doit être présent à ce moment-là. Certains vont jusqu’à la dépression. Mais heureusement, ces cas sont extrêmement minoritaires et sont souvent liés à la personnalité du joueur.
PS : Que vous inspire le cas Jan Silva ?
JMS : C’est une exception. Evidemment, cette initiative comporte toujours un risque dans la mesure où on sort cet enfant d’un environnement standard pour un garçon de son âge. Mais Mouratoglou a le mérite de tout mettre en oeuvre pour la réussite du joueur. Culturellement, la France, contrairement aux Etats-Unis, a peur de la pratique intensive du sport.
A venir, l’interview de Serge Djama, président de la commission médicale de la Ligue de Tennis de Paris.


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