“Notre vocation n’est pas de faire des bébés-champions” février 2 2008
Publié par Arnaud Bonnin in : Un peu de sérieux , ajouter 1 commentaire
Gérard Valentin est responsable du programme avenir (10-12 ans) à la Fédération Française de Tennis. Dans le cadre de notre débat sur la pratique intensive du tennis, il nous explique les précautions prises dans le suivi et l’entrainement des jeunes espoirs.
Paris Smash : A quel âge commence la détection à la Fédération Française de Tennis ?
Gérard Valentin : Au niveau national, les jeunes sont détectés juste avant 10 ans dans le cadre du programme avenir. Mais dès 8 ans, une détection a lieu au niveau des clubs, des comités départementaux et des ligues. A cette âge, les enfants évoluent avec un matériel adapté - terrain rétréci, balle plus souple. On peut déjà apercevoir les prédispositions des uns et des autres.
PS : Quelle est l’intensité de la pratique des jeunes du programme avenir ?
GV : Dès 10 ans, nous leur demandons de jouer tous les jours. Il s’agit essentiellement d’un travail technique bien que nous ne négligions pas la dimension physique puisque nous préconisons deux séances d’une heure d’entrainement physique par semaine. Entre 10 et 12 ans, ces jeunes disputent entre 60 et 70 matches dans la saison. Ce programme suppose une forte implication des parents. De toute façon, dans les petites catégories, ce sont souvent les parents qui sont demandeurs. L’enfant ne s’approprie pas le projet avant 13-14 ans.
PS : Dans cet emploi du temps, quelle place est laissée aux études ?
GV : La scolarité est pour nous une priorité. Nous sélectionnons rarement des cancres, plutôt de bons élèves. Etant donné qu’ils s’entrainent tous les jours, il vaut mieux qu’ils aient des facilités dans leurs études. A partir de 12 ans, beaucoup de nos jeunes espoirs choisissent le système de cours par correspondance.
Il ne faut pas les casser
PS : De quel suivi médical bénéficient ces jeunes ?
GV : Ils sont suivis par un médecin de ligue qui les voient plusieurs fois dans l’année pour vérifier que les activités physiques de l’enfant ne nuisent pas à sa croissance. La Fédération est très prudente. Nous avons très peu d’enfants dans le programme avenir donc nous en prenons soin. Il ne faut pas les “casser”, leur enlever leur enthousiasme.
PS : Et sur le plan psychologique ?
GV : Le suivi psychologique est encore peu développé. Je pense qu’il revient aux parents et à l’enseignant de veiller à l’équilibre de l’enfant. Lorsque ces jeunes ont des problèmes, on le voit très vite sur le terrain. A la Fédération, des psychologues du sport interviennent pour donner quelques conseils.
PS : Que pensez-vous du cas Jan Silva ?
GV : C’est une toute autre culture. Des parents français ne prendraient pas autant de risques avec un enfant si jeune. A la Fédération Française de Tennis, notre vocation n’est pas de faire des bébés-champions.
PS : Savez-vous ce que sont devenus tous les jeunes qui sont passés par votre programme ?
GV : Bien sûr. Je suis à ce poste depuis 1975 donc j’ai vu passer bon nombre de jeunes. Parmi eux, aucun aujourd’hui n’est demandeur d’emploi. Bien évidemment, tous n’ont pas percé dans le tennis. Mais quand ils réussissent et s’épanouissent dans un autre domaine, je suis tout aussi heureux.
“La France a peur de la pratique intensive du sport” janvier 20 2008
Publié par Arnaud Bonnin in : Un peu de sérieux , ajouter 1 commentaireNous parlions récemment de Jan Silva, ce jeune Américain de 6 ans entraîné quotidiennement dans l’académie de tennis de Patrick Mouratoglou en région parisienne. Des questions se posent quant aux risques d’une pratique intensive précoce sur le développement physique et psychologique de l’enfant. Entretien avec Jean-Marc Surdeau, psychologue du sport et professeur de tennis.
Paris Smash : Que pensez-vous des débuts précoces de la pratique intensive du tennis ?
Jean-Marc Surdeau : Il est important de bien distinguer pratique loisir et pratique intensive. Faire commencer les enfants très tôt ne me semble pas un problème. A l’heure actuelle, le mini-tennis débute vers 4-5 ans. Je défends une nouvelle méthode d’enseignement développée aux Etats-Unis par l’ancien champion français Jean-Philippe Fleurian (37ème mondial en 1990, ndlr) et qui propose un démarrage ludique du tennis vers 3 ans avec un matériel, des exercices et un vocabulaire adaptés.
PS : Et en ce qui concerne la pratique intensive ?
JMS : En France, on ne peut pas vraiment dire qu’il y ait une réelle précocité de la pratique intensive. Les meilleurs jeunes de 5 ans suivent deux heures et demie de tennis par semaine. Ce n’est pas scandaleux. A cette fréquence, il n’y a pas de répercussions psychologiques à moins que l’environnement familial soit nocif et que l’enfant soit soumis à une pression élevée de la part de ses parents.
PS : Quel comportement les parents doivent-ils adopter ?
JMS : L’enfant doit ressentir qu’il est soutenu mais pas oppressé. L’aspect affectif est primordial pour que la pratique intensive se déroule sans encombres. Les problèmes arrivent quand les parents s’impliquent trop. Le risque de projection parentale sur l’enfant est grand.
PS : Comment faire pour que les “petits champions” gardent un équilibre sur le plan psychologique ?
JMS : L’entourage de l’enfant - parents, entraîneurs, médecins - se doit de rester très vigilant surtout au moment de l’adolescence. Il est très important que l’enfant ait d’autres centres d’intérêt que le tennis, qu’il puisse parfois changer d’air.
PS : Arrive-t’il que des jeunes trop “poussés” craquent psychologiquement ?
JMS : Les difficultés peuvent apparaitre quand un jeune qui s’est beaucoup investi et qui avait de grandes ambitions connaît ses premiers coups durs, une stagnation. L’entourage doit être présent à ce moment-là. Certains vont jusqu’à la dépression. Mais heureusement, ces cas sont extrêmement minoritaires et sont souvent liés à la personnalité du joueur.
PS : Que vous inspire le cas Jan Silva ?
JMS : C’est une exception. Evidemment, cette initiative comporte toujours un risque dans la mesure où on sort cet enfant d’un environnement standard pour un garçon de son âge. Mais Mouratoglou a le mérite de tout mettre en oeuvre pour la réussite du joueur. Culturellement, la France, contrairement aux Etats-Unis, a peur de la pratique intensive du sport.
A venir, l’interview de Serge Djama, président de la commission médicale de la Ligue de Tennis de Paris.
Le petit soldat Silva décembre 9 2007
Publié par Arnaud Bonnin in : Un peu de sérieux , ajouter 1 commentaireRoger Federer peut trembler. Le 22 novembre, le journal de 20h de France 2 a consacré un reportage au nouveau prodige du tennis, âgé seulement de … 6 ans. Jan Silva s’entraîne depuis l’âge de 4 ans dans l’Académie de Patrick Mouratoglou en région parisienne.
Le parcours de ce Californien suscite des interrogations. Repéré par le joueur chypriote Marcos Baghdatis, Jan Silva a rejoint la France en compagnie de ses parents. Il y suit un entraînement quotidien, tennistique mais aussi physique.
L’académie subvient aux besoins de Jan Silva et à ceux de toute sa famille ce qui représente un investissement considérable. Patrick Mouratoglou, qui est loin d’être novice dans le métier a donc du déceler un talent rare chez le jeune garçon. Il s’attend en toute logique à un “retour sur investissement” dans quelques années, lorsque Jan Silva glanera ses premiers titres professionnels.
Mais au-delà des aléas financiers, un tel investissement n’est pas dénué de risques pour le jeune garçon. Comment un enfant peut-il réagir face à de telles attentes placées en lui ? On se souvient tous des images d’André Agassi à 6 ans déclarant, sous le regard attentif de son père, ses ambitions de devenir numéro un mondial. L’Américain y parvint. Mais pour quelques réussites (Agassi, les soeurs Williams, Sharapova), combien de jeunes joueurs poussés par leur entourage restent sur le carreau ?
Le quotidien de Jan Silva ne ressemble pas à celui des enfants de son âge mais à celui d’un petit professionnel. Des médecins ont souligné les méfaits pour le développement physique et psychologique de l’enfant d’une pratique intensive précoce. Pour contrer ces accusations, Patrick Mouratoglou met en avant le suivi dont dispose le jeune Californien dans ce centre.
Le cas de Jan Silva a le mérite de faire naître un débat autour des débuts de plus en plus précoces de la pratique du tennis. Souhaitons simplement que rien ne viendra contrarier le destin tout tracé (par d’autres) de cet enfant programmé pour gagner.

