Olivier Jobard, Grand Prix du Festival du scoop d’Angers

25 11 2007

 

Olivier Jobard a travaillé dès 2004 sur les réfugiés du DarfourA l’occasion du 22e festival international du scoop et du journalisme d’Angers, le photojournaliste de Sipa Press, Olivier Jobard, a reçu samedi 24 novembre le Grand Prix photo pour son travail documentaire “Tchad-Soudan, l’autre guerre au Darfour”.

En 2004, il avait déjà obtenu le prix Care International du reportage humanitaire et le Visa d’or news, pour son reportage sur les réfugiés traversant la frontière entre le Tchad et le Soudan.

Le travail de Lizzie Sadin sur les jeunes en détentionLe prix Spécial du jury a été attribué à Lizzie Sadin pour “Mineurs en peine”. Une série militante sur les mineurs et l’enfermement. Notamment dans les “Boot Camp” américains, des lieux de redressement clos pour jeunes délinquants où la discipline militaire est érigée en modèle d’éducation.

Alexis JACQUET

 



Alain Genestar : « Polka, une tribune pour le photojournalisme »

24 11 2007

Alain Genestar, ancien patron de Paris MatchLe 15 novembre, Alain Genestar, ancien patron de Paris Match, a lancé Polka, un magazine dédié au photojournalisme. Particularité de l’initiative, les photographies publiées dans le magazine sont aussi déclinées sur un site internet et à la galerie Espace W (44 rue Lepic, dans le 18e arrondissement de Paris). Alain Genestar explique sa démarche.

Comment est né le projet Polka Magazine ?
Alain Genestar : A l’origine, je partage une passion pour le photojournalisme avec certains de mes proches. Nous nous sommes dit : “Il y a quelque chose à faire”. Nous ne voulions pas nous contenter d’une galerie. D’où l’idée de créer Polka Magazine. Une tribune pour ceux qui photographient le monde afin d’en rendre l’image la plus juste possible. Chaque numéro de Polka Magazine publiera des photographes reconnus. Car les jeunes ont besoin d’eux pour se faire connaître. A l’inverse, les plus anciens apprennent beaucoup de l’écriture parfois moins maitrisée mais tout aussi intéressante des novices.

Pourquoi avoir décidé de diffuser Polka sur trois supports : dans un magazine, un site Internet et une galerie ?
A.G : L’objectif affiché du site Internet est de toucher le plus grand nombre. Mais cela reste virtuel. Nous voulions que le projet existe concrètement avec la galerie et le magazine. Chaque média est le miroir de l’autre et fait sa promotion, en quelque sorte.

Est ce que ce n’est pas un projet risqué ?
A.G : Il existe une crise du photojournalisme. Mais les magazines n’adoptent pas la bonne riposte en pensant que l’image doit quitter le papier. C’est un média essentiel, en particulier avec la montée de l’image mobile et d’Internet. Plus il y a d’images, plus nous avons besoin de l’image fixe.

Quel est l’objectif sur le long terme ?
A.G : Tout d’abord, être rentable (rires). Il faut se lancer dans des aventures dont on peut vivre. La prochaine étape sera de produire nos propres sujets en aidant les photojournalistes à réaliser leur projets. Techniquement parlant, j’espère passer un jour au format mensuel (actuellement trimestriel, ndlr) qui permet de créer un vrai rendez-vous avec le lecteur.

La maquette de Polka est affichée à la Galerie WLe fait d’exposer des photojournalistes dans une galerie ne risque-t-il pas de transformer leur travail en objet d’art ?
A.G : La question se pose, effectivement. La priorité du journalisme est de traiter le monde et l’actualité. Celle d’une galerie, de vendre. Mais ce n’est pas contradictoire. La plupart des photojournalistes produisent des travaux capables de répondre aux deux attentes. Le meilleur exemple reste Cartier-Bresson, qui est l’un des pères de la profession mais se vend très bien. Et ses photographies ne perdent rien de leur qualité informative dans la vente. D’une manière générale, le photojournalisme n’est pas sordide. Les images peuvent intéresser les collectionneurs autant que les lecteurs. C’est une des solutions à la crise actuelle.

Vous avez choisi d’exposer les travaux de Gérard Rancinan, photographe reconnu, mais dont la spécialité reste le studio. Quel rapport avec le photojournalisme ?
A.G : Le but était clairement de provoquer (rires). Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces photos en studio sont très proche de l’actualité. Tous les tableaux représentent des faits-divers pour lesquels il n’existe pas de photographies, mais qui ont largement inspiré la litterature et le cinéma. Je pense que le fait-divers fait partie intégrante de l’actualité et ces photos les représentant sont donc d’actualité.

Polka - Paris Match, quelles ressemblances, quelles différences ?
A.G : Il n’y a pas de comparaison possible entre un journal qui vend plusieurs centaines de milliers d’exemplaires et notre publication qui n’est même pas en kiosque. Le photojournalisme est notre point commun. La périodicité de Polka oblige à s’éloigner de l’actualité. Mais ce n’est pas négatif. Nous traitons des sujets qui en disent long sur notre société, à défaut de traiter l’actualité en elle-même. D’où les sujets sur la Chine, et sur les adolescents, présents dans l’exposition actuelle. L’actualité n’est pas notre premier critère, mais elle nous rattrapera forcément.

Paris Match est cité dans l’éditorial de Polka. Est-ce que ce n’est pas une revanche, après votre départ forcé de cette rédaction que vous avez dirigé 7 ans ?
A.G : Rien à voir avec une revanche. Autant aborder la question franchement dès l’édito pour montrer que ce n’est pas un tabou. Mon départ a été difficile mais j’ai encore beaucoup d’amis là-bas. Même Olivier Royant, qui m’a remplacé, a longtemps été mon adjoint. Paris Match m’a permis d’acquérir une culture et une passion du photojournalisme. Puisque le métier est en période de crise, j’essaie moi aussi de me servir de cette expérience pour me rendre utile. Gagner sa vie en servant à quelque chose, il n’y a rien de mieux.

D’où vient le nom Polka ?
A.G : Nous cherchions à donner un nom international. Et je ne voulais pas d’un nom trop banal contenant photographie. Pour être franc, Polka est le nom de la chienne de ma fille (rires). Mais ça sonne bien non ?

Propos recueillis par Alexis JACQUET

Plus d’informations et d’images sur le site de la galerie Espace W et sur le site de Polka.



JR s’affiche avec Libé dans Paris

20 11 2007

Depuis le 15 novembre, le photographe JR expose ses photographies géantes dans les rues de Paris. Le quotidien Libération lui a consacré un numéro spécial samedi 17 novembre.

JR n’est pas qu’un cow-boy texan. C’est aussi un photographe français spécialisé dans le collage de photographies géantes sur les murs des villes. Entre art de rue et politique, celui qui se revendique “artiviste” n’en est pas à son coup d’essai. Façades des banlieues en 2004, mur entre Israël et la Palestine en 2006 et 2007, il s’attaque aujourd’hui à Paris. Avec un coup de main de Libération.

La Une de Libération du 17 novembre 2007

Le quotidien lui a consacré un numéro spécial, “à coller”, samedi 18 novembre. Un joli coup de pub pour les deux. Exit les affiches 6 X 8, les photographies de JR passent au format tabloïd. La Une, quatre doubles pages montrant ses photos, un article portrait, et un récapitulatif des choix culturels de JR, le photographe a clairement investi les pages de Libé.

Le journal explique point par point, dessins à l’appui, comment découper ses pages et les coller. “Achat du matériel en quincaillerie, préparation de la colle, choix du lieu (carrefour, place, lieu fréquenté), et repli stratégique” une fois le collage effectué. Petit plaisir conseillé par Libération : “Revenez sur les lieux et observez les réactions”.

Plus d’informations sur le site de JR et sur sa page myspace où des vidéos sont régulièrement mises en ligne.

Alexis JACQUET

 



Paris Photo passé au révélateur

16 11 2007

Paris Photo 2007 zoom sur l’ItalieDans l’inventaire à la Prévert dressé par Paris Photo, le salon international de la photographie, Au delà des clichés fait le tri.

Paris Photo est un grand fourre-tout. La 11e édition, du 15 au 18 novembre au Carrousel du Louvre, ne déroge pas à la règle. Les photographies d’art côtoyant les travaux de photojournalistes, et les photos de Beyrouth narguant les stands où se vendent les plats en argent… 40000 visiteurs attendus, 104 exposants dont 83 galeries et 21 éditeurs majoritairement étrangers sur plus de 3000m². L’ensemble dans une atmosphère un peu guindée, ticket d’entrée à quinze euros oblige.

Au delà des clichés livre sa sélection des cinq découvertes à ne pas manquer :

  • Vladimir Milivojevich alias Boogie est Serbe, mais vit à Brooklyn depuis plus de dix ans. « It’s all good », son documentaire de trois ans sur les gangs de rue, les junkies et le quotidien des exclus du quartier est devenu un livre. La série coup-de-poing qui en est extraite marque les visiteurs par son réalisme.
  • Hans Van Der Meer, surtout connu pour ses clichés de stades de foot originaux livre sa vision décalée et pleine d’humour de nos amis les bêtes. Des photos étranges, à la limite du dérangeant.
  • Josef Koudelka, le photojournaliste d’origine tchèque s’était déjà illustré grâce à la couverture des conflits de la Tchécoslovaquie. Grâce à des photographies noir et blanc granuleuses, sans prétention, il porte un oeil humaniste sur les gitans et les exclus qu’il photographie.
  • Cornelie Tollens réalise des portraits dans la catégorie bizarrerie. Souvent, de femmes offertes et candides. Ses photographies pesantes de mariées dévêtues tenant des animaux morts ou d’adolescente vomissant du pétrole prennent à la gorge.
  • Alberto Garcia Alix, qui avait fait sensation aux dernières rencontre d’Arles en partageant son quotidien subversif. Photographiant les marginaux, leur prénom en légende, il dresse un portait au vitriol des années débridées post-franquisme.

Alexis JACQUET



Alexandra Boulat, photojournaliste, avec un « e »

14 11 2007

Les professionnels de l’image ont rendu, mardi 13 novembre, un dernier hommage à la photographe de guerre Alexandra Boulat.

Alexandra Boulat

Prénom : Alexandra. Nom : Boulat. Profession : Photoreporter. Avec le décès de la française le 5 octobre 2007, des suites d’une rupture d’anévrisme, l’un des seuls grands noms féminins du photojournalisme de guerre disparaît. Sa famille, ses proches et le monde du journalisme lui ont rendu un dernier hommage, mardi 13 novembre, à la Pinacothèque de Paris, place de la Madeleine.

Une dizaine de clichés de la cofondatrice de l’agence VII étaient exposés. Sélection tournée vers son travail sur la condition des femmes musulmanes. Un sujet qui lui tenait particulièrement à cœur. Egalement connue pour son travail en ex-Yougoslavie, en Afghanistan ou en Irak, elle avait entre autre obtenu le Visa d’or pour l’image en 1998 et le World Press en 2003. Celle qui avait débuté en étant surprise par la guerre lors d’un reportage dans les Balkans n’était pas restée par hasard.

Alexis JACQUET



David contre l’AFP

6 11 2007

Face aux contraintes financières et aux difficultés pour recruter des professionnels, les petites agences photo peinent à trouver leur place.

Une représentante de RussianTeaRoom présente le travail de son agenceIls ne sont pas du même pays et n’ont pas les mêmes contraintes. Mais ces petits collectifs non occidentaux ont pourtant un point commun : « La même volonté de se faire connaître, grâce à la photographie », explique Michel Philippot, rédacteur en chef photo du Monde 2 (à gauche sur la photo) et organisateur, mercredi 31 octobre, d’un « forum des agences », à l’occasion de la biennale Photoquai. Ambition de ce forum : « montrer la diversité des productions photo autour du monde. » De l’Argentine au Brésil, en passant par Cuba ou la Russie. Objectif à moitié rempli seulement. Ouvert au public, le grand théâtre vide Claude Lévi-Strauss, dans les entrailles du Quai Branly, n’aura accueilli qu’une petite vingtaine de curieux.

Dépendance financière. « L’intérêt du forum était surtout de montrer les problèmes qu’ont ces regroupements de photographes à survivre, notamment financièrement », précise Michel Philippot. Même constat pour Ruben Mangasaryan, photojournaliste arménien et fondateur de l’agence Patkerphoto, tournée vers l’Arménie. « Nous sommes obligés de chercher des sponsors (souvent des fondations ou des ONG) avant de partir sur le terrain. L’agence est dépendante de cette aide et les gros projets sont toujours une prise de risque », explique-t-il.

Former des professionnels. Autre difficulté : trouver des photojournalistes professionnels dans cette région du monde. « C’est simple, lors de la création de l’agence, cela n’existait pas en Arménie, se souvient Ruben. Alors nous avons crée un programme d’étude à la photographie sur 9 mois, en partenariat avec World Press Photo. » Ensuite, les jeunes passent plusieurs mois en stage à l’agence, à travailler sur des projets concrets. Shahidul Alam, le fondateur de l’agence Drik au Bangladesh, met aussi l’accent sur la formation. « En 1998 nous avons fondé Pathshala - The South Asian Institute of Photography, un centre d’initiation au photojournalisme à Dhaka. » Drik joue aussi les entremetteurs. « Il est impossible pour un Bangladais de négocier avec les grandes agences occidentales. Il ne connaît personne, et ne comprend pas forcément les attentes des journaux. Voilà ou commence réellement notre travail », précise Shaidul.

Dictature. Au delà des questions d’argent et de formation, la situation est encore plus délicate pour certaines agences. Celle de Liudmila & Nelson à Cuba, par exemple. Pour Michel Philippot, « on peut discuter du terme de dictature, mais le constat est simple : Il n’existe qu’une seule feuille de chou de quatre pages, photos comprises, donc c’est un peu court pour s’exprimer. »

Alexis JACQUET