Ces photoreporters de l’intérieur
22 12 2007Documentaristes, photojournalistes ou collectifs de photographes, ils ont une ambition commune : montrer une autre vision de la réalité, la leur.
“Notre combat, c’est de représenter NOTRE culture, à travers NOS yeux », martèle Shahidul Alam, le fondateur de l’agence de presse Drik au Bangladesh. N’allez surtout pas lui parler de vision du tiers monde. « Je suis un photographe. Pas un habitant du tiers monde. J’aime même à me considérer comme un photographe de la majorité mondiale », résume-t-il avec un sourire d’effronté. Barbu, les cheveux longs et portant son éternel poncho bariolé, Shahidul Alam est bangladais et fier de l’être. En 1989, il a crée avec un petit cercle de professionnels, l’agence photo Drik. Avec un objectif, mettre fin à la vision unilatérale sur le Bangladesh, renvoyée par les médias occidentaux. « Etant au plus près de l’actualité, c’est à nous qu’il revient de la faire partager », insiste-t-il.
Les tourments de l’Amérique profonde. Cette volonté de montrer sa propre réalité n’est pas récente. Présenté à la Maison Européenne de la Photographie (MEP) de Paris, le travail de Larry Clark faisait déjà débat en 1971, lors de la sortie de son livre photographique « Tulsa ». Une virée dans les tourments de la jeunesse de l’Amérique profonde. Pendant huit ans, il a immortalisé les dérives de ses amis de Tulsa, sa ville natale, entre drogue, sexe et violence. « Des photographies interdites, des photos qu’on n’était pas censé faire, d’une vie qui n’était pas censée avoir lieu. », explique Larry Clark.
Martine à Harlem. Moins sulfureuse, la Française Martine Barrat partage l’affiche de la MEP avec Larry Clark, jusqu’au 6 janvier 2008. Exilée depuis 1968 à Harlem, celle que
les habitants du quartier surnomment leur « Picture girl », a passé trente ans à rendre compte de son univers. Les clubs de jazz enfumés, les exclus du rêve américain d’Harlem, et les enfants de la rue. La connivence avec les amis qu’elle photographie est palpable mais ne rend les images que plus touchantes. Grâce à cette série si justement appelée « Harlem in my heart », Martine Barrat explique vouloir « parvenir à partager un peu cet endroit que j’ai appris à connaître et à aimer ».
Travail militant. Nancy Lucero, l’une des sept photographes du collectif argentin Sub partage cette vision d’un photojournalisme de proximité : « Nous faisons voir des choses qui ne sont pas montrées par les médias traditionnels. Le combat des plus pauvres de Buenos Aires pour lutter contre la spéculation immobilière par exemple. » Avec une ligne de conduite, s’intéresser au fond des choses, au quotidien, plutôt qu’à l’actualité recherchée par les médias. « C’est un travail militant », précise la journaliste, après avoir montré ses photos pleines d’humour d’une Argentine tiraillée entre modernité et tradition.
Véritable révolution. Pour tous ces photographes, la devise de l’agence Drik, « Images for change », n’est pas qu’un slogan. « Tout notre travail, c’est de renverser le pouvoir établi, en montrant d’autres photos. A terme, créer une véritable révolution, » rêve à haute voix Shahidul Alam.
Alexis JACQUET
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