Etre photojournaliste israélienne en Palestine
12 12 2007Karen Manor est Israélienne. Et lutte contre la politique de son pays. Malgré un travail exemplaire en terme de photographie, la nuance entre photojournalisme et propagande est ténu.
“Il ne faut jamais croire ce que les médias racontent. Y compris moi”, lance Keren Manor. La photojournaliste israélienne sait de quoi elle parle. Elle même avoue ne “pas croire à l’objectivité”. Son travail le confirme.
Produit du système éducatif israélien, l’habitante de Tel-Aviv a commencé à remettre en cause les vérités apprises, après avoir rencontré des Palestiniens. “J’ai longtemps vécu dans l’ignorance. On m’a appris à détester un ennemi sans visage. Un poseur de bombes déshumanisé”, explique-t-elle. Le choc se produit lors d’une manifestation à Bil’in, un village palestinien érigé en modèle de résistance contre l’implantation par Israël d’un mur de séparation entre les deux territoires. “Ma curiosité de photojournaliste a été attisée. Lorsque je suis arrivée, il est devenu clair que je devais m’impliquer”, se rappelle-t-elle. Son engagement est clairement affiché. “Je trouve que c’est la responsabilité du citoyen israélien de résister aux crimes du gouvernement et de l’armée de notre Etat.”
Lorsqu’on la questionne sur son objectivité, la réponse est claire. “Je suis à la fois photojournaliste et directement impliquée dans la lutte. Mon objectif est d’utiliser la photographie comme un outil pour changer ce que les gens pensent.” Dans quel but ? Pousser ses interlocuteurs à aller voir sur place ce qui se passe. “Je ne milite pas pour le nationalisme palestinien. Mais si je vous donne envie d’aller en Palestine pour vous faire votre propre idée, j’aurais gagné.”
Comme elle, plusieurs photographes engagés autour du mouvement pro-palestinien ont créé le collectif Activestills pour se poser en alternative aux médias majeurs. “Il n’y a pas de place pour nos photos dans les médias israéliens. Alors nous nous servons des médias alternatifs : expositions de rue, galeries ou Internet, avec le site d’Activestills. Une tentative pour renverser le “cercle vicieux” qu’elle dénonce. “Les israéliens ne veulent pas voir la vérité, alors les médias ne la leur montrent pas.”
Alexis JACQUET





