AFP, profession photographe (mardi 29, à 21h45)

29 01 2008

“AFP, profession photographe” sera diffusé mardi 29 janvier sur France 5Mardi 29 janvier 2008, à 21h45, la chaîne France 5 diffuse la première partie du documentaire “AFP, profession photographe” de Daniel Lainé, Myriam Aklil et Céline Hue (2007). En deux fois 52 minutes, l’enquête s’intéresse aux petites mains et surtout aux grands noms de l’Agence France Presse : Eric Feferberg, en charge de suivre Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle, Thomas Coex, son homologue avec Nicolas Sarkozy et Anne-Christine Poujoulat, pigiste au bureau marseillais de l’AFP.

Bernard Laine, le rédacteur en chef d’Actual Prod, la société productrice des deux films, est un ancien grand reporter. Pour lui, le documentaire est avant tout un “hommage aux photographes de l’AFP”. Objectif clairement affiché toutefois : “décrypter l’utilisation de la photographie, non seulement par les hommes politiques mais aussi par les gens de spectacle”, d’où le parti pris de faire constamment, dans le film, un parallèle entre la campagne présidentielle et le festival de Cannes.

Le principal intérêt du reportage de longue haleine est la possibilité de voir le poids de la communication dans le quotidien des photojournalistes. Bernard Laine le décrit comme un “petit jeu qui consiste, pour les uns, à essayer de coincer les autres dans des rails et, pour les photographes, à tenter de sortir de ces rails.” L’occasion aussi de découvrir quelques scènes étonnantes et loin d’être anecdotiques. Par exemple, l’image de soeur Marie-Simon-Pierre, la religieuse qui aurait miraculeusement guéri de la maladie de Parkinson grâce à une prière. Elle est assise sur un banc dans le jardin. En pleine méditation. La photo semble presque volée. Le reportage montre, en contrechamp, le mur des photographes qui la mitraillent…

La seconde partie du reportage sera diffusée le Mardi 05 février 2008.

Alexis JACQUET



D’après Libération, Reuters a transmis une image faite par l’Elysée

28 01 2008

La photo est reprise par tous les journaux, mardi 22 janvier. Libération, Le Figaro, le Parisien. Elle montre Nicolas Sarkozy, visage décidé, face aux jeunes de Sartrouville. Avec pour crédit, “Laurent Blevennec, Reuters”, dans Libération, et “AFP” pour les deux autres quotidiens. Pourtant, le cliché aurait été pris par un gendarme, membre du service photo de l’Elysée, puis mis à disposition gratuitement pour les agences. C’est ce que révèle Libération daté du 28 janvier, page 34.

Reuters, désigné pour être dans le pool officiel, doit faire les photographies et les fournir aux autres agences. C’est une habitude qui permet d’éviter l’encombrement lors des déplacements présidentiels notamment. Cette fois, le photojournaliste de l’agence britannique n’arrive pas à suivre Nicolas Sarkozy lorsqu’il quitte le commissariat. Pas de photos. Excepté celle du convoi officiel. Reuters décide donc de se servir dans les clichés généreusement offerts, après avoir été sélectionnés. “Ce n’est pas dans nos habitudes, c’était un dépannage, nous avions une responsabilité de pool vis-à-vis des autres”, affirme un membre de Reuters, cité par Libération. L’agence ajoute que la source était précisée lorsqu’elle a transmis l’image aux journaux, grâce à la mention “Reuters/Laurent Blevennec/HO/Elysée Palace/Pool”. Pas vraiment limpide.

Voir l’article de Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts sur le site de Libération.

Alexis JACQUET



Saul Leiter : De la photographie en Amérique

24 01 2008

“J’ai passé une grande partie de ma vie à être ignoré. J’ai toujours été heureux ainsi”.Saul Leiter est sans nul doute le plus discret des grands photographes américains. Mais ses photographies parlent pour lui. En noir et blanc, et surtout en couleurs, les épreuves exposées jusqu’au 13 avril 2008 à la Fondation Henri Cartier-Bresson (14e arrondissement de Paris) séduisent par leur simplicité.

Une centaine de clichés, pris entre 1945 et la fin des années 60, permettent au photographe du détail de nous montrer sa vision très personnelle de la ville de New York. S’attardant sur les petits rien du théâtre de la rue, il donne de l’importance à chaque geste, chaque mouvement ou broutille, qui devient instantanément objet d’attention pour le spectateur.

Le photographe du quotidien a maintenant 84 ans. Et connaît une notoriété tardive. On redécouvre aujourd’hui ses travaux personnels, au-delà des photographies de mode qui l’ont fait connaître jusqu’à la fin des années 1980. Pourtant, lors du vernissage de l’exposition, il a confié n’avoir jamais été “guidé par l’ambition”. “J’ai passé une grande partie de ma vie à être ignoré. J’ai toujours été heureux ainsi”.

Plus d’informations sur le site de la Fondation Henri Cartier-Bresson.

Alexis JACQUET



L’AFP achète une partie d’une agence d’amateurs

17 01 2008

Fin novembre, l’Agence France Presse a aquis 30 % de Scooplive, devenue CitizenSide, un site dédié au “photojournalisme citoyen”. Un partenariat qui permettra à l’AFP de proposer la plateforme en marque blanche à ses clients.

L’Agence France Presse (AFP) a fait un premier pas vers le photojournalisme amateur. Fin novembre 2007, la première agence mondiale d’information est entrée à hauteur de 30% dans le capital de Scooplive, devenue CitizenSide, une agence de presse virtuelle spécialisée dans la vente de clichés d’amateurs aux grands médias.

L’AFP est entrée dans le capital de CitizenSide, ex-Scooplive.Avant-garde des médias. Lors des attentats de Londres, en 2005, la BBC fait appel à des contributeurs amateurs pour obtenir des images. Matthieu Stefani, qui a notamment participé à la création de Metro France, s’empare de l’idée avec deux amis. “J’ai toujours aimé être dans l’avant-garde des médias”, explique-t-il. Juin 2006, avec un peu moins de 20 000 euros investis et un an de travail, Scooplive est lancé.

15000 contributeurs. Le principe est simple : après une courte inscription, n’importe quel internaute peut proposer ses clichés au site, qui se charge d’en faire la promotion auprès des médias. “Si certains photographes sont professionnels, notre coeur de cible reste le grand public, avec 80% des clichés proposés”, souligne Matthieu Stefani. Les photos sont “vendues entre 100 et 10000 euros, dont 75 % pour l’auteur”. 15000 contributeurs ont déjà répondus à l’appel et le seuil de rentabilité devrait être atteint “en 2009″. Signe de professionalisation, un rédacteur en chef venu d’un grand média européen va rejoindre l’équipe en février et une charte de déonthologie est en négociation.

Un gage de crédibilité. Malgré cela, l’AFP avance prudemment. “Il s’agit pour nous de mener une expérience purement commerciale et technologique dans le domaine du web 2.0, au profit de nos clients”, assure Pierre Louette, le patron de l’agence. En effet, la plateforme sera diffusée en marque blanche. Autrement dit, le modèle développé par CitizenSide permettant de sourcer, de qualifier, et de contextualiser les photos, sera proposé aux médias clients de l’AFP, pour qu’ils l’intègrent à leurs sites et mettent leurs lecteurs à contribution. “Pour nous, c’est une forme de reconnaissance et un gage de crédibilité. Cela valide notre modèle économique. Mais va aussi nous permettre de passer de 200 à 7800 clients. A terme, nous espérons aussi que nos clichés seront disponibles dans les documents de l’AFP”, précise Matthieu Stefani.

Concurrence. Pourtant, le fondateur de CitizenSide rejette les accusations de concurrence : “Nous faisons surtout de la photo de témoignage. Là où les photojournalistes ne sont pas. Car entre deux photos, celle du professionnel est toujours la meilleure”. Pour le syndicat des journalistes de l’AFP, la pilule a tout de même du mal à passer. L’AFP-SNJ, se pose des questions : “Dans quelles conditions de rémunération et de contrôle éditorial et déontologique utiliser ces photos et vidéos reçues sur cette plateforme ? N’y aurait-il pas alors risque de concurrence directe avec les journalistes de l’AFP ?” La réponse dans quelques mois.

Plus d’informations sur le site CitizenSide.

Alexis JACQUET



Harry Potter devient photojournaliste

8 01 2008

Daniel Radcliffe va jouer le rôle du photojournaliste Don Eldon dans un biopic.Daniel Radcliffe, interprète du célèbre magicien Harry Potter, va délaisser la baguette magique au profit de l’appareil photo. Dans “Journey”, un biopic dont le tournage débutera courant 2008 au Kenya, il incarnera le rôle de Dan Eldon. Un photoreporter britannique de 22 ans, lapidé à mort par la foule avec trois confrères en 1993, alors qu’il couvrait la guerre civile somalienne. Le scénario, fortement inspiré par le “The journey is the destination”, le livre tiré du journal intime tenu par le photojournaliste, racontera la vie de Dan Eldon jusqu’à son assassinat, en insistant sur les quelques mois passés à Mogadiscio pour le compte de l’agence de presse Reuters.

Né en 1970 à Londres, Don Eldon avait passé la majeure partie de sa vie au Kenya. Dès 1992, il avait photographié la Somalie, alerté par la rumeur d’une famine. Le 12 juillet 1993, il assiste de la terrasse de son hôtel au bombardement de la ville par les hélicoptères américains. Des somaliens lui proposent de venir témoigner des dégâts sous leur protection, mais à son arrivée sur les lieux, la foule se retourne contre les journalistes.

La mère de Don Eldon retrouve le dernier volume de son journal intime dans le sac de son fils, s’ajoutant aux 17 tomes déjà collectés. Les cendres du photoreporter ont été dispersées sur le territoire Massaï, au Kenya, son pays d’adoption.

Alexis JACQUET



Olivier Jobard, l’œil engagé

2 01 2008

Photographe impliqué, Olivier Jobard tient pourtant à garder son statut d’observateur. Un paradoxe qui caractérise autant le lauréat du Grand Prix 2007 du Festival du scoop d’Angers que son travail.

Olivier Jobard, Grand prix du festival du scoop d’Angers 2007“Je ne crois pas être meilleur qu’un autre », répète Olivier Jobard. Pourtant, à seulement 37 ans, le photographe de l’agence Sipa a su imposer sa marque dans le monde du photojournalisme. Prix Paris Match du reportage photographique, World Press Photo 2005 ou Visa d’Or News. Les prix s’accumulent, mais ce faux jeunot à l’œil acéré n’aime pas parler de lui. « Je ne connais pas ma réputation. Et à vrai dire, je m’en fous. Seuls les sujets de mes photos comptent ».

Frôler l’Histoire. En 1992, Olivier Jobard quitte prématurément l’École Nationale Supérieure Louis-Lumière où il étudiait depuis un an, pour entrer à l’agence de presse Sipa. « Une seule chose m’attirait depuis toujours : le photojournalisme ». Les débuts ne se révèlent pourtant pas grisants. « J’avais une mobylette et j’étais toujours disponible. Malheureusement mes missions se limitaient aux chats écrasés », raconte le journaliste, un sourire en coin. La banlieue sera le déclic. « Personne ne voulait le faire, mais ça me plaisait. » Déjà, la couverture de l’actualité n’est pas sa priorité. « C’est un travail stimulant, car on a l’impression de frôler l’Histoire. Mais après avoir couvert de nombreux événements éphémères, et au final sans grand intérêt, je me suis lassé », se rappelle-t-il. Sa volonté d’aller au fond des sujets le pousse irrémédiablement vers le documentaire.

La meute des journalistes. Son ambition : « Montrer ce que l’on n’a pas l’habitude de voir. Quitter la meute des journalistes. » Ainsi, il couvre le conflit du Darfour dès 2004. La même année, il est l’un des premiers photographes à entrer dans Falloujah, ville irakienne assiégée par l’armée américaine. Malgré tout, son thème de prédilection reste l’immigration, sujet approché en 2000, lors d’un reportage au centre de Sangatte (Pas-de-Calais). « J’y ai retrouvé les réfugiés de tous les conflits que j’avais couverts. Et c’était en France. Ça a déclenché tout le travail qui continue à m’occuper jour et nuit aujourd’hui », explique Olivier.

Kingsley, son oeuvre phare. En 2004, il part en reportage au Cameroun avec une idée en tête : mettre un visage sur le mot immigré. Un sujet qui deviendra l’œuvre phare de son parcours. Pour cela, il rencontre Kingsley, un maître-nageur de 23 ans, candidat à l’exil vers l’Europe. « Ce n’était pas sa première tentative, il avait de l’argent et préparait déjà son voyage. Le projet était crédible ». Olivier met un point d’honneur à ne pas être le déclencheur du départ. Il tente de garder sa position d’observateur. Avec plus ou moins de succès. « Le simple fait d’être là modifie les comportements et les événements », déplore le photographe. Il finit même par accepter de garder l’argent de Kingsley. « C’était donnant-donnant. Il ne prenait pas le risque d’être volé. Moi, j’étais sûr qu’il me rappellerait si nous nous perdions de vue », détaille-t-il sans regret. Si la relation était basée sur un intérêt réciproque, elle a rapidement évolué. « Aujourd’hui, c’est un petit frère, à la mode africaine. Nous sommes liés à jamais par ce que nous avons vécu », précise le journaliste, sans rentrer dans les détails.

Naufrage du bateau. Olivier Jobard a suivi Kingsley pendant son périple de six mois pour atteindre l’Europe. Six mois d’incertitude, d’épreuves et de risques. Les deux hommes traversent ensemble le Cameroun, le Nigeria, puis le Niger. Après avoir franchi le désert du Sahara, ils atteignent l’Algérie. Et enfin, le Maroc. Là, au bout d’une interminable attente, Kingsley embarque sur une frêle barque de passeurs de clandestins, pour atteindre les Canaries. Olivier l’accompagne. Sans aucune hésitation. « Le risque n’avait aucune importance. Ce genre d’occasion ne se refuse pas », répète-t-il, toujours aussi impliqué, trois ans après le documentaire. C’est un échec. Le bateau chavire à moins de 300 mètres de la côte. Sur la plage, le journaliste prend trois clichés. « J’étais tremblant. Il faisait nuit noire. Mon appareil était couvert de sable. Mais je devais faire ces photos », explique-t-il en mimant la scène, marqué par les souvenirs du naufrage. Et pour cause. Deux personnes sur les trente-cinq clandestins se noient ce jour-là. « On ne s’en est pas rendu compte tout de suite. Mais de toute façon, la question n’est pas : je fais une photo ou je sauve quelqu’un. Tout se passe trop vite. On ne réalise pas. »

Mourir dans les cinq minutes. Nouvelle tentative dix jours plus tard. Concluante, cette fois. Après dix-huit heures de mer, ils sont arrêtés par la Guardia Civil, à 10 miles des Canaries. « Dans le bateau, je n’ai pas vu le temps passer. On ne pense pas à ça lorsqu’on a de l’eau jusqu’aux genoux et qu’on pense mourir dans les cinq minutes », plaisante Olivier, avec ce détachement de façade qui le caractérise.

Kingsley dans un Klapisch. Kingsley, après être arrivé en Espagne puis en France, obtient un titre de séjour en 2005. Il tiendra même son propre rôle dans « Paris », un film de Cédric Klapisch, dans les salles le 20 février 2008. Olivier, lui, tient son nouveau sujet. Repartir avec un immigré clandestin. « Cette fois, entre l’Equateur et les Etats-Unis. »

Une partie du documentaire “Kingsley’s crossing” est visible sur le site MediaStorm.

Alexis JACQUET