John Schults, veilleur de l’actualité

18 02 2008

Photographe pour Reuters depuis 21 ans, John Schults est responsable du desk photo de l’agence britannique à Paris. Un travail qui l’accapare mais le passionne.

John Schults est un américain débordé. Le responsable du desk photo de Reuters France travaille plus de 10 heures par jours, depuis 21 ans. « C’est le plus excitant des postes que l’on peut occuper. Mais parfois, nous faisons 35 heures en une journée de travail », sourit-il avant de répondre au troisième coup de téléphone en dix minutes.

Un sobre pantalon noir. Une chemise bleu foncé, usée, dont il a relevé les manches jusqu’aux coudes. Un sac banane à la ceinture. Le photographe est un homme pragmatique, toujours prêt à partir en reportage. « Je passe plus de temps devant un écran ou à faire de la gestion que sur le terrain. Mais je reste photojournaliste avant tout. »

John Schults, l’éditeur photo de Reuters France.Son travail, « être au courant de tout ce qui se passe en France, et savoir comment réagir face aux évènements ». Son univers, au troisième étage du siège parisien de Reuters, Boulevard Haussmann à Paris, est tout entier tourné vers l’actualité. Le dos voûté devant son écran, il ne cesse de jeter des coups d’œil aux cinq écrans de télévisions qui diffusent les chaînes d’information en continu. La radio est branchée sur France Info 24h sur 24h, couvrant le bruit des téléviseurs.

Né près de New-York, dans le New Jersey (Etats-Unis), il ne rêvait pas de devenir photojournaliste. « J’ai fait des études de langues et de sciences. Je voulais même devenir professeur », se rappelle-t-il. Passionné de photographie, il arrive en France dans les années 80 et travaille comme pigiste pour les pages Week-end des quotidiens tels Libération, Le Monde ou le Herald Tribune. En 1986, il réalise ses premiers portraits pour Reuters, mais c’est l’actualité qui l’intéresse. « Le travail d’agence est grisant. Chaque jour diffère du précédent. On couvre tout, du sport à la politique, en passant par la culture ».

Devenu éditeur photo, il doit gérer le planning des cinq photographes parisiens, et des six pigistes présents dans les grandes villes françaises. Réagir à l’actualité chaude, mais aussi s’occuper de la logistique pour les projets prévus longtemps en avance. Dix mois de travail pour préparer le Tour de France. « Le cœur du travail est la réception des photographies. Je les mets dans un logiciel nommé MED (Media Editing Tool). Je les sélectionne, les traite si besoin, renseigne les informations attachées (auteur, contexte, légende) et les envoie sur le fil Reuters ». Aujourd’hui, des photographies prises lors de la visite de Nicolas Sarkozy à Doha, du procès de l’Arche de Zoé, ou de François Fillon en Corse après un attentat nationaliste. « Nous traitons uniquement l’actualité nationale ayant un intérêt international. »

Entre deux explications, le téléphone ne cesse de sonner. « Il est impossible de réunir toute l’équipe dans une même pièce. » Alors 90% des conversations se font par téléphone.

« Pour sélectionner les images, il faut surtout réfléchir à la façon dont les journaux vont les utiliser. En terme d’efficacité, de format, ou d’angle. C’est un travail de journaliste : recevoir l’information, la vérifier, la traiter, et la diffuser. » Le plus important étant la neutralité. « Nous avons 3500 clients à travers le monde. Nous devons donc fournir une image utilisable à Paris, Tokyo, ou dans l’Ohio. Pour cela, nous devons rester des témoins, et laisser le client prendre une position éditoriale ».

La question de l’objectivité, il l’a personnellement mise à l’épreuve. En 2003, il a passé cinq semaines « embedded » sur les bateaux de la Navy, au début de la guerre en Irak. « Les choses ont évolué depuis le Vietnam, où l’on avait carte blanche. Les militaires ont appris a contrôlé l’information. » Spécialement désigné par le Pentagone pour embarquer sur l’USS Abraham Lincoln, un porte-avions nucléaire, il rejette toute accusation de parti pris. « Vous ne bénéficiez pas d’une liberté totale, mais vous avez une certaine marge de manoeuvre. Et puis sans cela, pas de photos. »

Comme s’il n’était pas assez investi dans son métier, John Schults donne aussi des cours dans une école de photographie parisienne. « Pour leur déconseiller de faire ce travail vraiment trop encombrant », plaisante-t-il.

Alexis JACQUET


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Une réponse à “John Schults, veilleur de l’actualité”

19 02 2008
nico (19:11:25) :

Encore un article très bien foutu et intéressant

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