Des photos de propagande nazie provoquent un malaise

22 04 2008

La mairie de Paris multiplie les décisions pour endiguer la polémique autour d’une exposition qui présente une image idyllique de l’occupation.

Malaise à la mairie de Paris. Touchée de plein fouet par la polémique, la municipalité a décidé de supprimer la campagne d’affichage destinée à promouvoir son exposition “Les Parisiens sous l’occupation”, visible jusqu’au 1er juillet à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP), dans le Marais.

L’exposition “Les Parisiens sous l’occupation” a déclenché une importante polémiqueL’affiche montre un petit groupe de parisiennes apprêtées, se baladant tranquillement au milieu d’officiers de la Wehrmacht. Et c’est justement ce qui est reproché à l’exposition : les clichés s’arrêtent sur les enfants qui jouent avec leurs bateaux dans le bassin du jardin du Luxembourg, les concerts en plein air des musiciens de la Wehrmacht, les jeunes filles insouciantes à vélo… Rien des rafles, du rationnement, ou des commerces juifs vandalisés. En bref, une image, sans contrepoint pédagogique, d’un Paris idyllique, calme et joyeux, sous l’occupation allemande.

Et pour cause, les 250 photographies couleur présentées sont d’André Zucca, photographe du magazine de propagande nazie «Signal». Consciente du « manque de commentaires et de recul », la mairie avait déjà tenté d’endiguer la polémique il y a quinze jours, en distribuant un feuillet explicatif à l’entrée de l’exposition, pour situer l’auteur et “contextualiser l’exposition”. Le papier précise aussi que “la pellicule couleur nécessitait une lumière forte, ce qui contribue à l’impression d’un Paris constamment ensoleillé et coloré”.

Une “impression” qui a gêné beaucoup de visiteurs. Sur le livre d’or, les commentaires sont cinglants. Et même Christophe Girard, premier adjoint à la Culture de Bertrand Delanoë et élu PS du IVe, souhaite que l’exposition s’arrête “plus tôt” que prévu, “gêné par son ambiguïté”. Paradoxe, malgré ou grâce à la polémique, plus de 10000 visiteurs ont déjà vu l’exposition depuis le 20 mars. Un record pour la bibliothèque historique.

Pratique. Bibliothèque historique de la Ville de Paris, 22, rue Mahler (M° Saint-Paul). Ouvert du mardi au dimanche, de 11 à 19 heures. Entrée à 4 €. Renseignements : 01.44.59.29.60 ou www.paris.fr.

Alexis JACQUET



Bilal Hussein, le photographe d’AP, libéré

16 04 2008

Mercredi 16 avril, le photographe de l’Associated Press Bilal Hussein a enfin été remis en liberté par l’armée américaine, mettant fin à deux années de détention.

Immédiatement aprés être arrivé, dans un fourgon de prisonnier, il a retrouvé son frère et sa soeur. Le photographe a reçu des fleurs et a téléphoné à d’autres personnes, pendant que sa famille préparait un festin en son honneur. En robe traditionnelle irakienne, il était souriant et paraissait en bonne santé.

“Je veux remercier tous ceux qui travaillent à AP”, a-t-il dit, “J’ai passé deux ans en prison alors que j’étais innocent. Je remercie tout le monde”.

Alexis JACQUET



Un photographe d’AP détenu depuis deux ans en Irak

13 04 2008

Depuis deux ans, un photographe d’Associated Press est prisonnier des forces américaines en Irak. Sans preuve, et malgré une décision contraire de la justice irakienne.

Depuis deux ans, une importante communauté soutient le photographe

Déjà deux ans. Deux ans que le photographe de l’agence Associated Press, Bilal Hussein, est détenu dans une prison militaire américaine en Irak. Il subit les conséquences d’un véritable imbroglio judiciaire, qui oppose l’armée américaine à son agence de presse et aux autorités irakiennes.

Lavé des accusations de “terrorisme”, par une commission judiciaire irakienne qui a ordonné sa libération le 9 avril dernier, il doit encore attendre la décision finale du Pentagone pour retrouver la liberté. En effet, un mandat des Nations Unis autorise les Américains à maintenir un prisonnier en détention s’ils le considèrent comme dangereux. Et cela même sans l’accord des autorités irakiennes. Dès le 10 avril, les forces américaines se sont donc empressés de préciser que le photographe resterait incarcéré jusqu’à l’examen du jugement d’amnistie par la justice américaine.

On reproche à Hussein sa “proximité” avec les insurgés. Il a notamment eu des contacts avec les terroristes qui ont tué l’Italien Salvatore Santoro, en décembre 2004. Sous la menace des ravisseurs, il avait dû photographier le corps étendu entre ses deux assassins, armés et masqués. C’est le début des ennuis. Le journaliste d’AP est arrêté par les forces américaines deux ans plus tard, le 12 avril 2006. A son domicile, l’armée affirme avoir découvert des documents sur la fabrication de bombes, d’autres de propagande rebelle et une photo d’une installation militaire américaine. Ce que le photographe nie farouchement.

Depuis, un bras de fer s’est engagé entre les autorités américaines et l’agence de presse AP. Son PDG, Tom Curley, va jusqu’à dire que la détention d’Hussein a servi à “empêcher la couverture d’évènements de la guerre en Irak qui ne se passaient pas bien”, rappelant que l’implication de Bilal Hussein dans des activités criminelles n’a jamais été prouvée.

Une idée également soutenue par plusieurs organisations de protection de la liberté de la presse, dont Reporters sans frontières (RSF), qui ont appelé à la libération immédiate de Bilal Hussein. Depuis son arrestation, l’ancien commerçant de Falloujah ne cesse de clamer son innocence, répétant qu’il ne faisait qu’exercer son métier de photographe professionnel en zone de guerre. Preuve de son professionnalisme, il faisait même partie de l’équipe de photographes d’AP récompensée en 2005 par un prix Pulitzer.

Une pétition est disponible sur le site www.freebilal.org et une autre page a été créée sur la plateforme AP pour le soutenir.

Alexis JACQUET



Magnum : l’Américain Burt Glinn est mort

9 04 2008

C‘est un mois difficile pour Magnum. Après le décès de Philip Jones Griffiths, l’agence a perdu, mercredi 9 avril, le photographe américain Burt Glinn, un autre de ses anciens présidents. Connu pour sa couverture de la bataille du Sinaï, la prise de pouvoir de Fidel Castro ou le domaine médical, l’homme avait 82 ans.

Burt Glinn, qui avait étudié la littérature à Harvard, avait commencé à photographier pour le journal de l’université. Il avait ensuite travaillé pour le magazine Life, avant de rejoindre Magnum en 1954, avec la première vague de photographes américains à intégrer la célèbre agence.

Alexis JACQUET



Robert Capa, sur France 5 le 7 avril

7 04 2008

“Soldat espagnol à l’instant précis où sa tête est atteinte par une balle”Ce soir, lundi 7 avril, à 21h40, France 5 diffuse un portrait du père de la photographie de guerre, Robert Capa.

“L’homme qui voulait croire à sa légende”, de Patrick Jeudy, dresse en 52 minutes, un portrait inattendu d’Endre Friedmann. Ce Juif d’origine hongroise qui changea de nom et tenta de coller à l’allure du reporter américain pour vendre ses photos plus facilement.

Ce photographe, surtout, qui devient une légende après la parution de son “soldat espagnol à l’instant précis où sa tête est atteinte par une balle”, cliché d’un républicain qui tombe sous le feu à Cordoue, en 1936. Ce photographe, encore, qui est le seul reporter photographe à participer à la première vague du débarquement d’Omaha Beach dont il ne reste que onze images. Ce photographe, toujours, qui fonda l’agence Magnum.

Disparu depuis plus de 50 ans, Robert Capa aura couvert cinq guerres et pris 75000 clichés. Rediffusion le mercredi 23 avril, à 1h10.

Alexis JACQUET



Paris Match interdit de procès Fourniret

5 04 2008

Le parquet général de Reims a retiré jeudi l’accréditation de Paris Match pour le procès Fourniret. L’hebdomadaire a publié un cliché du tueur présumé, prise en salle d’audience.

Le journal Paris Match s’est vu retiré, jeudi 3 avril, son accréditation pour le procès de Michel Fourniret. Une décision du parquet général de Reims, après la publication le même jour, d’une photographie du tueur en série présumé dans le box des accusés. “Ce cliché a été réalisé dans une salle d’audience et au cours d’une audience, en violation de la loi et en dépit des instructions très claires faites à l’ouverture du procès par le président”, dénonce un communiqué de la Cour d’assises des Ardennes.

Le procureur général de Reims, Eric Enquebecq, ajoute, selon l’AFP, que cette mesure rarissime répond à une “violation délibérée” des règles qui avaient été rappelées à la presse. Il précise que la décision est “sans appel”.

La journaliste de Paris Match, Delphine Byrka, est le principal suspect. Une version que dément Olivier Royant, qui s’est dit “choqué” : “Notre journaliste (…) ne peut même pas être soupçonnée d’avoir pris le cliché puisqu’elle se trouve dans la salle d’audience” alors que le cliché a été “apparemment pris dans la salle vidéo du tribunal”, explique le directeur de la rédaction de l’hebdomadaire, cité par l’AFP. Le fait que la photo ait été directement prise sur un écran vidéo expliquerait sa mauvaise qualité.

La réponse d’Olivier Royant sur le site de Paris Match

“Nous n’avons pas de photographe accrédité, cette photo nous est parvenue, on la publie et en ce qui concerne l’origine de cette photo, on n’a pas à divulguer nos sources”, précise-t-il. Une enquête a été annoncée par Francis Nachbar, l’avocat général pour connaître le coupable. Car le crédit photo n’indique pas de nom.

D’après la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, tout enregistrement de son ou d’image est interdit dans l’enceinte d’un tribunal. Toute infraction est punie d’une amende de 4.500 euros. Michel Fourniret pourrait même attaquer l’hebdomadaire, pour non respect de son droit à l’image. Il avait explicitement refusé d’être pris en photo par la presse à l’ouverture de son procès. Maître Blocquaux, l’avocat de Michel Fourniret a toutefois précisé que ce n’était pas dans l’intention de son client.

Alexis JACQUET



Philip Jones Griffiths, la mémoire du Vietnam

2 04 2008

Ses photos du Vietnam ont choqué l’opinion publique, au point de remettre en cause l’engagement militaire de l’Amérique dans le conflit. Philip Jones Griffiths était l’ancien président de Magnum. Il est mort d’un cancer le 18 mars dernier, à 72 ans.

Il a changé le cours d’une guerre. En 1971, Philip Jones Griffiths, un Gallois téméraire, expose pour la première fois l’horreur du conflit vietnamien à une foule médusée. Il retourne l’opinion publique américaine avec son livre Vietnam Inc. C’est pourtant dans une officine de Piccadilly Circus, à Londres, qu’il fait ses premiers pas de photojournaliste. Il travaille de nuit. Ses clients sont des junkies et des prostitués. Sujets occasionnels de clichés qu’il vend au Manchester Guardian.

Philip Jones Griffiths a changé le cours d'une guerreFini la pharmacie. En 1966, ce sera la guerre d’Algérie. Après avoir rejoint la célèbre agence Magnum, il part au Vietnam pour deux mois. Il y restera cinq ans. Sur place, les militaires américains, fiers d’exposer leur patriotisme, lui ouvrent toutes les portes. Mais l’œil du journaliste est sans concession. La violence des combats, la détresse des familles vietnamiennes et la désillusion des soldats américains sont fixés sur la pellicule. Sans mise en scène, mais sans fard. Et les légendes, description clinique des faits, servent son propos. “Personne, depuis Goya, n’a dépeint la guerre comme Philip Jones Griffiths”, dira de son travail Henri Cartier-Bresson. A tel point que la presse n’achète pas ses clichés.

Le photojournaliste ne se contente pas de couvrir le conflit.Peu importe, il en tirera un ouvrage : Vietnam Inc. “Un livre engagé. J’ai vu trop d’horreurs pour rendre un travail distancié”, explique-t-il au Monde, en 2001. “Je veux que le lecteur jamais ne ferme les yeux”. Il couvre aussi les conséquences économiques et culturelles de la guerre. Prostitution, enfants soldats, exportation du rêve américain à grand coup de cigarettes et de magazines pornographiques, Philip Jones Griffiths veut montrer les Américains “imposer au monde leur système de valeurs.”

Le livre est un succès. 40 000 exemplaires vendus en moins de trois semaines. Et les conséquences se font sentir dès la parution. L’opinion publique américaine, abasourdie, découvre la violence du conflit. Le président sud-vietnamien de l’époque interdit même au photographe de revenir sur place. Ce qui ne l’empêche pas d’y retourner plusieurs fois dans la clandestinité. Les conséquences à long terme de la guerre font même l’objet d’un nouvel ouvrage, en 2003, fruit de vingt ans de reportages. Agent Orange, du nom d’un herbicide utilisé par les GI’s pour détruire la végétation avant d’installer leurs campements. Malformations, handicaps lourds, les conséquences sur la population sont terribles.

Jusque dans les couloirs de l’agence Magnum, dont il prend la tête de 1980 à 1985, il défend sa vision engagée d’un photojournalisme de dénonciation : “une activité d’anarchistes”. Loin du monde de l’art dont s’est ensuite rapprochée l’agence.

Alexis JACQUET