L’exposition World Press Photo à Paris

27 05 2008

L’expostion “World Press Photo” fait escale dans 40 paysC‘est le rendez-vous incontournable du photojournalisme. L’exposition des lauréats du World Press Photo, décerné en février dernier, fait escale à Paris jusqu’au 1er juin. Présentée dans plus de 40 pays, cette tournée permet comme chaque année de se rendre compte qu’au delà des premiers prix parfois consensuels, les autres marches du podium sont souvent plus audacieuses.

Petite sélection des perles du plus prestigieux des prix photojournalistiques :

  • Balazs Gardi (Hongrie, agence VII) a su saisir en cinq photographies toute la violence et la douleur du conflit afghan. Bien plus percutant que le cliché sur le même thème de l’Anglais Tim Hetherington, qui a remporté le World Press Photo.
  • Francesco Zizola a révélé à la presse italienne les bas-fonds de la Colombie, minée par la prostitution, les gangs et le trafic de drogue.
  • John Moore a immortalisé le dernier meeting de Benazir Bhutto. Quelques minutes avant que la leader de l’opposition pakistanaise ne soit assassinée. Puis quelques minutes après l’attentat. Le reportage inclut la photo, floue et mal cadrée, de l’explosion.
  • L’Anglais Platon livre un portrait terrifiant de Vladimir Poutine, froid et impassible devant l’objectif. Une image qui contraste avec les anciens artistes de cirque désuets, à qui le Polonais Rafal Milach a redonné une seconde jeunesse.
  • Brent Stirton. Collaborateur régulier du National Geographic, originaire d’Afrique du Sud, il s’est intéressé au sort des gorilles massacrés en République Démocratique du Congo, mais aussi aux ethnies de la vallée d’Omo, en Éthiopie. Il a déjà remporté cinq prix World Press photo.
  • Le Suisse Philippe Dudouit, pour le Time Magazine, qui a passé plus d’un mois en compagnie des combattants du PKK (Parti des Travailleurs Kurdes). Et notamment ses femmes, nombreuses à s’engager pour acquérir plus de liberté dans un pays dominé par un régime féodal. Une partie de son travail est visible sur son site Internet.

L’exposition World Press Photo est visible gratuitement jusqu’au 1er juin 2008, à la galerie d’Azzedine Alaïa (18 rue de la Verrerie, Paris 4e, de 12h à 19h), ensuite, elle filera à Zurich, puis à Rome et dans de nombreux autres pays. Elle reviendra à Perpignan en septembre, pour le festival Visa pour l’image.

Alexis JACQUET



Nouvelle édition pour le magazine Polka

21 05 2008

Le deuxième numéro du magazine Polka sera en vente dans les kiosques et les librairies spécialisées à partir du 21 mai 2008 et pendant tout l’été. Dédié au photojournalisme, la publication a été fondé en novembre dernier par Alain Genestar. A cette occasion, l’ancien patron de Paris Match nous expliquait sa démarche, sa volonté de créer une “tribune pour le photojournalisme”.

Une photo de Nachtwey, tirée du dernier Polka MagazineCette édition réunit James Nachtwey, Willy Rizzo, Eric Valli, David Alan Harvey, Don McCullin & Gilles Caron ou encore Vanessa Winship. Ainsi qu’un étonnant “dialogue photographique” Israël-Palestine entre Abir Sultan et Hatem Moussa. Tiré à 25.000 exemplaires, le magazine de 108 pages est vendu 5 euros.

Polka, c’est aussi une exposition qui propose à la vente les photos publiées, en tirages limités, du 21 mai au 14 juillet 2008. 104, rue Oberkampf, Paris 11e, dans les anciens locaux de l’agence Contact. Le lieu est ouvert tous les jours de 11h00 à 19H30 (sauf les jours fériés).

Plus d’informations sur le site de Polka Magazine.

Alexis JACQUET



Coup d’oeil de Libé chez les ados délinquants

12 05 2008

L’EPM, un “lycée entouré de murs”, selon le Garde des sceauxJulien, 16 ans, s’est suicidé le samedi 2 février. Un mois et demi après son arrivée dans l’Etablissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) de Meyzieu (Rhône-Alpes). Le premier ouvert en France, en juin 2007. Il s’est pendu au système d’aération de sa cellule, après une première tentative ratée, une semaine avant.

Le récit des faits par LibéLyon.fr, le blog de Libération en Rhône-Alpes

“L’EPM de Meyzieu est constitué de sept unités de vie, construites autour d’un terrain de football. Dans chacune, une dizaine de cellules, une cuisine collective, une pièce avec un babyfoot recouvert d’un solide plexiglas”, détaille LibéLyon.fr, un blog développé pour Libération par ses correspondants locaux.

En gage de transparence, l’administration pénitentiaire a fait entrer quatre quotidiens nationaux dans l’une de ces prisons pour mineurs. Pour Libé, ce fut celle de Meyzieu. Visite “au pas de charge”, qui a permis à Sébastien Erome, collaborateur régulier du quotidien, de prendre les premiers clichés de ce que le Garde des sceaux, Pascal Clément, qualifie de “Lycée entouré de murs”. Un travail épuré dans un univers aseptisé.

Voir le reportage photographique dans l’EPM de Meyzieu, le 13 mars 2008

Alexis JACQUET



Les Américains vus par Alec Soth

4 05 2008

Exposé jusqu’au 15 juin au Jeu de Paume, Alec Soth livre une vision tendre et poétique de l’Amérique. Sans juger, ni commenter. Dans la plus pure tradition de la photographie réaliste de Walker Evans ou de Robert Frank.

Alec Soth est un doux rêveur un peu fou. Sa photographie la plus connue, celle d’un ahuri fan d’aviation, perdu dans un coin isolé du Minnesota, il la considère comme son autoportrait. Catalogué un peu rapidement parmi les photographes sociaux, il fait partie de l’agence Magnum depuis 2004. Quatre-vingt de ses photographies, notamment ses deux séries les plus connues, sont exposées à la galerie du Jeu de Paume (site Concorde), jusqu’au 15 juin 2008.

Charles, Minnesota (2002), par Alec SothLa première, Sleeping by the Mississippi (2004), est le résultat d’un road movie sans caméra. La traversée des États-Unis, sur une ligne qui va du Nord au Sud, pour “montrer l’Amérique”, dans ses paysages, ses portraits, ses intérieurs. Comme Les Américains de Robert Frank, ce travail allie le style documentaire à une sensibilité poétique. Les cheveux longs et la barbe de 30 jours, Alec Soth, chemise de bucheron canadien et accent à couper au couteau, est un cliché de l’américain moyen. Et revendique l’étiquette. Sans l’objectif de “commenter” ou de “critiquer” l’Amérique, comme on le croit souvent à tort.

La métaphore facile, le photographe suggère plutôt qu’il ne montre. A l’image de la série Dog days in Bogotá (2007), réalisée pendant les deux mois où Alec Soth séjourne en Colombie, pour adopter la petite Carmen.”Pour explorer la ville et comprendre d’où venait ma fille”, explique-t-il. Une série qui se concentre sur les chiens errants, le photographe étant “trop mal à l’aise” à l’idée de fixer les enfants de la rue.

Melissa, Niagara (2005) par Alec SothAutre série, autre lieu mythique pour les Américains : les chutes de Niagara (2006), la “capitale mondiale de la lune de miel”. Alec Soth y a passé deux années à photographier les lettres d’amour, les parkings de motel, mais surtout les couples. Ensemble puis séparément. Comme dans beaucoup de clichés du photographe, le spectateur reste frustré. Un nom, un lieu, une date, accompagnent les photos, sans jamais expliquer l’histoire de ces stars d’un jour. Donner envie de comprendre les personnes, sans se contenter de cette image furtive fixée sur la pellicule, c’est la force d’Alec Soth.

D’autres images d’Alec Soth, sur son site.

Alexis JACQUET