Les Américains vus par Alec Soth

4 05 2008

Exposé jusqu’au 15 juin au Jeu de Paume, Alec Soth livre une vision tendre et poétique de l’Amérique. Sans juger, ni commenter. Dans la plus pure tradition de la photographie réaliste de Walker Evans ou de Robert Frank.

Alec Soth est un doux rêveur un peu fou. Sa photographie la plus connue, celle d’un ahuri fan d’aviation, perdu dans un coin isolé du Minnesota, il la considère comme son autoportrait. Catalogué un peu rapidement parmi les photographes sociaux, il fait partie de l’agence Magnum depuis 2004. Quatre-vingt de ses photographies, notamment ses deux séries les plus connues, sont exposées à la galerie du Jeu de Paume (site Concorde), jusqu’au 15 juin 2008.

Charles, Minnesota (2002), par Alec SothLa première, Sleeping by the Mississippi (2004), est le résultat d’un road movie sans caméra. La traversée des États-Unis, sur une ligne qui va du Nord au Sud, pour “montrer l’Amérique”, dans ses paysages, ses portraits, ses intérieurs. Comme Les Américains de Robert Frank, ce travail allie le style documentaire à une sensibilité poétique. Les cheveux longs et la barbe de 30 jours, Alec Soth, chemise de bucheron canadien et accent à couper au couteau, est un cliché de l’américain moyen. Et revendique l’étiquette. Sans l’objectif de “commenter” ou de “critiquer” l’Amérique, comme on le croit souvent à tort.

La métaphore facile, le photographe suggère plutôt qu’il ne montre. A l’image de la série Dog days in Bogotá (2007), réalisée pendant les deux mois où Alec Soth séjourne en Colombie, pour adopter la petite Carmen.”Pour explorer la ville et comprendre d’où venait ma fille”, explique-t-il. Une série qui se concentre sur les chiens errants, le photographe étant “trop mal à l’aise” à l’idée de fixer les enfants de la rue.

Melissa, Niagara (2005) par Alec SothAutre série, autre lieu mythique pour les Américains : les chutes de Niagara (2006), la “capitale mondiale de la lune de miel”. Alec Soth y a passé deux années à photographier les lettres d’amour, les parkings de motel, mais surtout les couples. Ensemble puis séparément. Comme dans beaucoup de clichés du photographe, le spectateur reste frustré. Un nom, un lieu, une date, accompagnent les photos, sans jamais expliquer l’histoire de ces stars d’un jour. Donner envie de comprendre les personnes, sans se contenter de cette image furtive fixée sur la pellicule, c’est la force d’Alec Soth.

D’autres images d’Alec Soth, sur son site.

Alexis JACQUET


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