Philippe Chancel, photojournaliste d’Art

28 06 2008

Depuis 25 ans, le photographe français navigue entre photojournalisme, photo d’art et documentaire. Un mélange des genres clairement assumé par celui qui veut allier fidélité à la réalité et efficacité plastique.

Philippe ChancelUn long trench gris qui couvre son jean sombre. Un regard insatiable souligné par des tempes poivre et sel. Bel homme aux traits anguleux, le photographe Philippe Chancel, 48 ans, a quelque chose du dandy anglais. Cultivé, calme, introspectif.

Son vaste appartement, aux pieds de Montmartre, ressemble à son travail. Une grande peinture de propagande nord-coréenne salue les visiteurs. Les moulures blanches du plafond sont mises en valeur par la sensation de vide ambiante. Les deux bibliothèques du salon sont tellement remplies de livres de photographie que les derniers ouvrages sont disposés contre le mur, à même le sol. Un désordre chaleureux.

L’homme vous accueille avec des citations de Godard et de Roland Barthes. Son atelier, sa “chambre claire”, est installé dans la pièce d’à côté. Ici, le matériel dernier cri cohabite avec de vieux appareils de musée posés sur la cheminée.

“Celui-là, c’est un Rolleiflex”, explique-t-il en manipulant l’une des antiquités. “Mon premier appareil. Offert par Emile Joublin, un photographe ami de mon père.” Il a 10-12 ans et est séduit. “Il a su me parler de la photographie. M’a initié à Man Ray ou à Doisneau et m’a fait rencontrer des photographes de Paris Match”. Au club photo municipal auquel il adhère en 1975, dans la Vallée de l’orge (Essonne), où il vit avec sa mère et sa soeur, il croise Patrick Zachmann, qui intégrera plus tard l’Agence Magnum. Le bac en poche, il suit pendant un an une formation au Centre de Perfectionnement des journalistes (CPJ) de Paris et étudie l’économie à la faculté de Nanterre. “Je ne voulais pas forcément devenir photographe, mais j’avais une vraie soif d’apprendre sur le sujet.”

Il photographie les temples d’Angkor sous le joug Khmer Rouge.

Philippe Chancel saisit sa chance en décembre 1981. L’état de siège est proclamé en Pologne par le général Jaruzelski. Des milliers d’activistes du syndicat Solidarnosc sont arrêtés en une nuit. “J’ai vu qu’il y avait moyen de faire un coup”, se souvient-il. Il obtient un visa d’une semaine pour entrer dans le pays sous couvert d’un convoi humanitaire. “Le passage de la frontière a été vraiment chaud, mais ça valait le coup. Nous avons réussi à faire circuler un appareil dans la prison où étaient retenus les membres de Solidarnosc. Un vrai scoop!” Ce sont VSD et le Times Magazine qui publient les clichés. “J’ai immédiatement été catalogué photoreporter des pays de l’Est et gentleman voyou”, plaisante le photographe, mimant une pose de body-builder. Il couvre l’Union Soviétique, la Roumanie… Mais la collaboration avec la presse tourne court. “Je faisais toujours des reportages en douce, ça me rendait parano. Et les photographies faites dans ces conditions sont rarement brillantes”. A cette époque, il n’est pas non plus très à l’aise, dans un milieu composé surtout de “gros bras et de cowboy.”

Il réalise un certain nombre de portraits pour la presse. L’occasion de rencontrer des artistes et de se prendre de passion pour l’Art. “La plus libertaire des religions!” “Il a l’un des plus gros carnets d’adresse de Paris. Il est apprécié des artistes, et c’est suffisamment rare pour être souligné”, confie Helene Borraz, directrice éditoriale chez Thames & Hudson, son éditeur. A la même époque, il photographie les temples d’Angkor sous le joug Khmer Rouge. Là encore, c’est l’interdit qui l’attire. “C’est fabuleux d’être le premier dans un endroit. De montrer aux gens ce qu’ils ne voient pas”. Cette vision journalistique de la photographie, il l’assume, mais se décrit lui-même comme un “photojournaliste déçu, travaillant dans le champ documentaire”. Philippe Chancel a d’ailleurs été sollicité pour entrer à l’agence Magnum. “Mais ça a mal tourné. Officiellement parce que je suis trop vieux. J’avoue n’avoir rien compris à cette histoire”, regrette-t-il, encore blessé d’avoir été “instrumentalisé”.

La photo de presse : “Ça devient un peu n’importe quoi.”

La fierté de Philippe Chancel : DPRK. Un livre consacré à la Corée du Nord, pays isolé du monde dans lequel il réussi à entrer pendant près d’un mois, en 2005. “Je n’avais pas d’idée préconçue en arrivant là-bas. Simplement la volonté de présenter la réalité telle quelle.” Grâce à un contact haut-placé, et beaucoup de débrouillardise, il obtient l’autorisation de venir photographier. Mais suivi par un représentant du pouvoir. Il doit aussi faire valider ses photographies avant de quitter le pays. Paradoxalement, il finira même par dédicacer un exemplaire à Kim-Jong Il, numéro un Nord-coréen. “J’étais dans le Dictateur de Chaplin. Le résultat est une sorte de livre de propagande à l’envers. Pour eux, ce sont des photographies réalistes. Pour nous, elles deviennent totalement dénonciatrices.” Avec une vision frontale du quotidien, mettant en avant le culte de la personnalité, la mise en scène déployée, et l’obsession de combler le vide existant, il montre l’envers d’un décor en carton-pâte. “Un immense musée à ciel ouvert”. Le documentariste est saisi par la ferveur de la population. “A Cuba, ils ont cru au modèle. En Corée, ils y croient encore”. C’est cette atmosphère qu’il a essayé de rendre, avec succès : “Le bon documentariste n’est pas celui qui tente d’agir sur la réalité. Mais celui qui s’en imprègne.”

Son prochain projet ? Montrer la première dictature de l’argent. “Cela ressemblera beaucoup à DPRK, avec le même soucis de montrer la réalité. Je suis photojournaliste dans l’âme, toute ma pratique vient de là”. Aujourd’hui, il collabore encore à l’Express, Citizen K, Le Monde, le Sunday Telegraph ou Connaissances des Arts. Mais il avoue travailler de moins en moins pour la presse. “Récemment, j’ai fait un portrait pour un grand hebdomadaire. On a été jusqu’à me demander de retoucher les plis de son pantalon… Ça devient un peu n’importe quoi.” Le plus grand compliment que l’on puisse lui faire ? “Que mes photos sont justes, fidèles à la réalité.”

Alexis JACQUET



Bollendorff a enquêté sur la Chine “à marche forcée”

14 06 2008

Paysages souillés par la pollution, conditions de travail inhumaines et désespoir des déplacés, Samuel Bollendorff a photographié les coulisses du “miracle économique chinois”. Une exposition visible à la Maison des métallos.

Mme Qi (Samuel Bollendorf)En 2007, la Chine est devenue la troisième puissance économique mondiale. Mais le “miracle économique chinois” a un prix. Cette course à la croissance est sans concession pour ceux qui la subissent. Notamment pour les 500 millions de paysans chinois, dont les trois quarts vivent en dessous du seuil de pauvreté. Ils migrent à l’intérieur de leur propre pays et deviennent des “Migongs”, des ouvriers migrants sans contrat de travail et sans droits, qui aliment les mines de charbon, les grands travaux et les fabriques des multinationales.

C’est le portrait de ces “oubliés de la croissance chinoise” que dresse le photographe Samuel Bollendorf. Jusqu’au 20 juin, il expose son travail à la Maison des métallos, au cœur du quartier chinois de Paris. En novembre 2005, le photographe du collectif l’Oeil Public était l’invité d’un voyage officiel au Xingjiang. Une belle occasion de redorer le blason du pays avant les Jeux olympiques de 2008. Une visite guidée sous surveillance militaire, en présence de faux journalistes et de M. Chen Xialoin, du Bureau d’information d’Etat, venu spécialement de Pékin pour jouer les baby-sitter. Bollendorf, visa de touriste en poche, y est retourné une dizaine de fois.

Les gueules noires chinoises (Samuel Bollendorf)

Le parti pris du photographe est frappant : utiliser des témoignages, des histoires symptomatiques, pour raconter la Chine. Comme celle de M. Wang, qui a perdu une jambe à la mine. Sans indemnités, et sans travail, il survit en volant du charbon. Plus de 100 kg par jour, qu’il vend à ses voisins pour quelques euros par mois. Celle, aussi, de Mme Qi, 60 ans, qui ramasse sur la route les restes d’hydrocarbures et autres produits toxiques. Et les brûle pour se chauffer et cuisiner. Elle continue d’affirmer qu’ici, “il n’y a pas de pollution, sinon le bureau de l’environnement nous aurait prévenu”. Devant chez elle, les rues sont souillées, assombries, noircies par le charbon et le ciel est devenu opaque à cause de la pollution.

Dans ces photographies, l’expression “ateliers du monde” pour qualifier la Chine prend tout son sens. Mickey, Spiderman et Barbie sont assemblés par des millions d’ouvrières chinoises. Elles ont entre 16 et 25 ans, travaillent 12 heures par jour et 7 jours sur 7 pour 30 euros par mois. Dans les fabriques à l’alignement martial, elles suffoquent sans gants ni masque dans une chaleur étouffante et une odeur permanente de solvant et de vernis. Si elles s’évanouissent, on retient leur temps d’arrêt de travail sur leur salaire.

Chen YongZhong tient la photographie de son fils (Samuel Bollendorf)Les tirages de l’exposition ont un grain très particulier, décevant par rapport à la qualité des images et des textes. Mais les histoires racontées justifient le déplacement. “Ton fils était si mauvais que l’on a vendu ses organes”. C’est avec ces paroles que Chen YongZhong a appris la mort de son fils, lorsque la police locale est venue lui présenter la facture de 5 euros. Le prix de la balle qui a servi à le mettre à mort. Il était condamné pour avoir participé à des émeutes.

La pollution tue aussi. Certaines villes, à quelques kilomètres des futures pelouses des JO, connaissent un taux de cancer 25 fois supérieur à la normale. Li Xiadong, par exemple. Il a 6 ans et est atteint d’un cancer du sang. Il est allé jusqu’à Pékin pour porter plainte mais n’a touché que 100 euros. Pas assez pour s’offrir un traitement, ni même de l’eau minérale. Alors, lui et sa famille continuent de boire l’eau contaminée du village.

Voir le diaporama de l’exposition.

Alexis JACQUET



Les 30 ans du Figaro Magazine au Luxembourg

6 06 2008

Pour ses trente ans, le Figaro Magazine s’expose sur les grilles du Sénat. 80 photographies qui divisent les politiques et les spectateurs (voir diaporama en fin d’article).

Le Figaro Magazine fête ses trente ans… en photo. Le supplément du Figaro, qui a publié 250 000 photographies en près de 1 500 numéros, souhaite affirmer “son goût du reportage photo et sa passion de l’actualité”, explique fièrement Cyril Drouhet, son rédacteur en chef photo.

Jusqu’au 15 juin, le Figaro Magazine expose 80 photos sur les grilles du SénatPour cela, le Figaro Magazine livre gratuitement, sur les grilles du Sénat à Paris, sa sélection des 80 clichés qui ont particulièrement marqué ces trente dernières années. Jusqu’au 15 juin 2008, un “hommage à tous les photojournalistes de courage et de talent qui, pour nos lecteurs, courent la planète à la recherche de l’image vérité”, explique Cyril Drouhet.

Concernant le choix des photographies, il ne s’agit pas forcément des photos marquantes de cette année. Mais plutôt “des images qui sont restées gravées dans notre esprit, par leur sujet, par leur beauté, par un « je ne sais quoi » qui tient au talent des photographes et à la qualité des instants fixés”.

Une exposition qui ne fait pas que des heureux. Le groupe communiste au Sénat a critiqué, le 6 mai, “un espace de publicitaire géant”. Une polémique qui parait artificielle et stérile au regard des images. Mais pour eux, “la promotion d’une seule presse, adoubée par le parti au pouvoir, est un signe inquiétant d’autoritarisme et une confirmation de volonté de réécrire l’histoire sociale et économique de l’après-guerre”.

Chez les visiteurs, les avis divergent également pour d’autres raisons. Certains sont choqués par la violence des images, d’autres la trouvent nécessaire. En tout cas, tous s’accordent sur la qualité des photographies.

Vidéo de l’exposition : les spectateurs sont divisés

Alexis JACQUET



Paris Match condamné pour des photos de Ségolène Royal

1 06 2008

L’hebdomadaire Paris Match vient d’être condamné par le TGI de Paris à verser 8000 euros de dommages et interets à Ségolène Royal, pour atteinte à la vie privée. Deux photos la montraient en train de prier dans une église.

Ségolène Royal remporte son procès contre Paris Match8000 euros, c’est le prix que va couter au magazine Paris Match, la publication de photographies de Ségolène Royal. La décision est tombée jeudi 29 mai. Le juge des référés au Tribunal de grande instance (TGI) de Paris, a considéré que le magazine avait bien porté “atteinte à la vie privée et au droit à l’image” de l’ancienne candidate socialiste à l’élection présidentielle, et l’a condamné à lui verser 6.000 euros de dommages et intérêts et 2.000 euros au titre des frais de justice.

La double page en question, publiée dans l’édition du 30 avril de l’hebdomadaire, la montrait de dos, agenouillée, priant dans l’église florentine du Saint-Esprit en Italie. Un texte, en regard des deux photographies, rappelait les propos de la candidate à la direction du Parti Socialiste. Elle avait critiqué les prises de position de Nicolas Sarkozy sur les questions de laïcité.

Dans son ordonnance, la juge Anne-Marie Sauteraud constate que les clichés ont été “pris à l’insu” de Ségolène Royal, et “publiés sans son consentement express”. Elle a justifié sa décision en rappelant que cette visite était “de nature exclusivement privée”, même si le magistrat note que la femme politique “a acquis une notoriété particulière” et qu’elle n’a “jamais caché être issue d’une famille catholique”.

“Il n’est pas contradictoire de défendre publiquement la laïcité, dans un contexte exclusivement politique, et de se rendre dans une église à titre strictement privé”. Autrement dit, cette information est une “atteinte à la vie privée de Ségolène Royal”, conclut l’ordonnance. La présidente de la région Poitou-Charentes a précisé qu’elle versera les indemnités à “des associations de secours à des personnes en détresse”.

Alexis JACQUET