Sortie : Enrico Dagnino au Petit Endroit

27 11 2008

IDÉE DE SORTIE. Au-delà des clichés revient sur les expositions à voir ou les rendez-vous à ne pas manquer. Des idées de sortie pour voir la photo plutôt que d’en parler!

Enrico DagninoQui : Enrico Dagnino

Quoi : Malgré la scénographie discutable, l’exposition d’Enrico Dagnino vaut le détour. Les clichés agrandis ne sont pas les meilleurs mais toutes les photos exposées auraient mérité l’agrandissement. Avec les manifestations, les guerres, la misère, mais aussi la vie quotidienne, Enrico Dagnino décrit l’Europe de l’Ouest après la chute du mur de Berlin.

Prises séparément, de 1989 à 2001, les images racontent des vies simples. Prises ensemble, elles parlent d’un futur difficile à reconstruire. Prague, Bucarest, le Kosovo, Berlin. De la destruction du mur, à la manifestation anti-G8 de Gênes, la ville dont le photojournaliste est originaire.

Où : A la galerie du Petit Endroit, 14 rue Portefoin, 75003. Tél. 01 42 33 93 18.

Quand : Du 22 octobre 2008 au 29 novembre 2008, dans le cadre du Mois de la Photo. Ouvert tous les jours, sauf les lundis et dimanches, de 14h à 19h30.

Combien : Entrée libre.



Noor : “L’agence de la dernière chance”

19 11 2008

INTERVIEW. Créée il y a seulement un an, l’agence Noor fait sensation dans le monde du photojournalisme. Claudia Hinterseer, sa directrice, raconte ce projet audacieux : sa naissance, ses difficultés et ses ambitions.

Claudia Hinterseer, directrice de Noork (Joan Roig)Comment est née l’agence Noor ?

Tout a commencé à la Nouvelle-Orléans, après le passage de l’ouragan Katrina. Sur place, les photojournalistes Stanley Greene et Kadir van Lohuizen ont eu la même idée de faire un sujet sur les déplacés. Mais ils se sentaient un peu bridés par leurs agences respectives. Alors, instinctivement, ils se sont mis à écrire sur une feuille les noms des photographes qu’ils appréciaient, et qui avaient la même façon de travailler qu’eux : le même amour des problématiques internationales, des sujets sur le long terme, etc.

Vous ne craignez pas l’uniformité ?

Non! Paradoxalement, ils sont aussi tous très indépendants. Par exemple, chacun possède sa propre page sur notre site Internet. La somme de leurs personnalités est une force. Même avant de rentrer à l’agence, chacun était déjà très respecté par la profession. Si on cumule, ils ont remporté plus de 35 World Press Photo! C’est le top du photojournalisme. Bref, il nous manque surtout du temps pour participer à tous les concours…

Cela reste un pari audacieux de créer une agence photo en 2008, alors que la profession connaît une crise sans précédent…

Oui, sans doute. Mais Noor, c’est l’agence de la dernière chance. Si ces neuf photographes là, tous talentueux, charismatiques et reconnus, ne réussissent pas, alors personne ne réussira. Nous espérons bien nous en sortir!

Vous aviez un modèle, lors de la création ?

LE modèle, c’est évidemment Magnum, il y a 60 ans. Un groupe d’amis qui rêvent de la même chose, parlent, rigolent. Se crient dessus, aussi. Notre force, c’est d’être une agence très actuelle. Nous envoyons des photos du Tchad, elles sont téléchargées depuis le Japon!

Vous avez soufflé il y a peu votre première bougie, quel est le bilan ?

Un bilan très positif, mais ce n’est pas facile tous les jours. Surtout les aspects économiques. Chaque photographe a apporté de l’argent au capital, il s’agit maintenant de tenir sur le long terme. Nous croyons tous en l’avenir du photojournalisme. Nous passons donc beaucoup de temps à réfléchir aux nouvelles manières de travailler. Internet a tout changé par exemple. Nous travaillons de plus en plus en collaboration avec les ONG etc. Tout est à réinventer, en fait.

On pourrait reprocher à Noor de miser uniquement sur des grands photographes…

Ce n’est pas faux. Mais créer une agence n’est pas simple. Il fallait se reposer sur des photographes solides. Ensuite, on pourra penser à recruter, ou à miser sur l’enseignement. D’ailleurs, en ce moment même, Greene et Kozyrev donnent déjà des cours aux Etats-Unis. Nous essayons aussi d’organiser beaucoup de conférences, d’expositions, etc.

Craignez-vous la concurrence des agences filaires (AFP, Reuters etc.) ?

Nous ne jouons pas dans la même cour. Leurs moyens sont énormes. Nous, nous préférons miser sur la qualité plutôt que sur la quantité… Nos concurrents sont plus Corbis, Getty, les agences qui font du grand reportage, qui vont au-delà de l’actualité. Dès que nous touchons au news, comme lorsque Samantha Appleton a suivi Barack Obama pendant un an et demi, nous avons des difficultés à vendre nos clichés. En revanche, les publications savent que chacune de nos images est de grande valeur.

Et les projets ?

Le plus important sera de réaliser des sujets communs. Les neuf photographes sur un même reportage ou une même thématique. Ou en regard, comme en Géorgie, il y a un mois et demi : Yuri Kozyrev a travaillé du côté russe. En face, Jan Grarup s’est occupé de montrer le contre-champ, côté géorgien. D’ailleurs, un livre commun aux neuf photographes sortira en fin d’année. C’est un premier pas. Le reste n’est qu’une question de temps!

 Propos recueillis par Alexis JACQUET



Sortie : John Bulmer à la galerie Guiraud

12 11 2008

IDÉE DE SORTIE. Au-delà des clichés revient sur les expositions à voir ou les rendez-vous à ne pas manquer. Des idées de sortie pour voir la photo plutôt que d’en parler!

John BulmerQui : John Bulmer (Hard Sixties, l’Angleterre Post-Industrielle).

Quoi : En faisant le parti-pris de l’esthétisme, mais sans délaisser la justesse, John Bulmer dresse un portrait très humain d’une Angleterre post-industrielle qu’il semble autant aimer que détester. Avec ironie mais sans délaisser les règles de la photographie sociale, il fixe les ruelles et les habitants de Manchester et des régions minières du nord de l’Angleterre. En quelques clichés, l’Anglais prouve que la photographie de presse peut être aussi belle et drôle qu’informative.

Où : A la galerie David Guiraud, 5 rue du Perche, 75003. Tél. 01 42 71 78 62.

Quand : Du 28 octobre 2008 au 20 décembre 2008. Tous les jours sauf lundi et dimanche, dans le cadre du Mois de la Photo.

Combien : Entrée libre.



Un photojournaliste à la Maison Blanche

5 11 2008

ÉLECTIONS AMÉRICAINES. Depuis huit ans, Olivier Douliery possède les “clés” de la Maison Blanche. Pour les journaux du monde entier, et pour l’Histoire, le photographe français immortalise les grands moments de la politique américaine.

Olivier DoulieryBientôt, il photographiera l’entrée de Barack Obama ou de John McCain à la Maison Blanche. Les premiers pas, les premières réunions, les visites d’État et les cocktails. Lui, c’est Olivier Douliery, un petit “frenchy” qui fait partie de la poignée de photographes autorisée à pénétrer dans la demeure du Président des États-Unis, appareil photo à la main. “Le White House Hard Pass nous permet d’y entrer à n’importe quelle heure, n’importe quel jour, presque sans restriction”, détaille le photojournaliste. Là-bas, le travail ressemble à celui des photographes de l’Élysée : “Nous couvrons surtout les visites de chefs d’État étrangers, les conférences de presse, les réunions, etc. Le plus drôle, c’est de partir avec le motorcade, le cortège présidentiel : une nuée de 4X4 blindés, de limousines, d’ambulances, les services secrets équipés de mitrailleuses et des motards. Autant dire qu’on ne passe pas inaperçu!”

En France, où il a commencé sa carrière, Olivier Douliery a travaillé pour le service presse de l’armée de l’air. Ensuite, il a parcouru le Moyen-Orient et l’Europe, avant de se poser au Benelux. C’est le tournant vers la politique. Pour le Tageblatt, un quotidien national luxembourgeois, il travaille pendant deux ans au Parlement européen. Il finit par quitter le pays pour les États-Unis. “Pour moi, c’était l’aventure américaine!”, se souvient-il. Sur place, il rejoint très rapidement l’équipe du Washington Post-Newsweek media group, tout en vendant une partie de ses clichés à l’agence Gamma et au Guardian. Membre de l’agence française Abaca Press, ses clichés illustrent aujourd’hui les pages “Politique” de nombreux journaux à travers le monde. Aux États-Unis, avec le Time Magazine, Newsweek, ou le New-York Times, mais aussi en France, dans les colonnes du Figaro, du Point, ou encore de Paris Match. En janvier 2008, le photojournaliste a même remporté le premier prix du “Portfolio politique de l’année”, décerné par l’association des photographes de la Maison Blanche.

Une Maison Blanche dont il connaît les moindres recoins. Au fil des années, George W.Bush est même devenu un proche. “Notre relation est professionnelle, parfois presque amicale. Depuis 8 ans, nous nous voyons tous les jours, alors il connaît mon prénom, et me fait parfois quelques jokes“. Le photographe lui a même offert un cliché de Barney, le chien présidentiel. “J’attendais que George W. Bush sorte du bureau ovale pour photographier une rencontre politique. Mais lorsque la porte s’est ouverte, le Président nous a lancé un “Hey, les gars, vous avez vu mon chien?”. La scène est devenue surréaliste : le Président des Etats-Unis, lunettes de vue sur le nez, en train d’appeler son chien pour qu’il rentre dans le bureau ovale. Et le chien qui refuse de bouger… Un moment vraiment incroyable!”

Depuis quelques mois, Olivier Douliery s’est éloigné de la Maison Blanche pour suivre les campagnes de Barack Obama et de John McCain, après avoir figé, pour l’Histoire, les Primaires démocrates. “En fait, je les couvrais bien avant qu’ils se présentent au poste suprême, lorsqu’ils étaient sénateurs. Deux hommes très agréables, qui acceptent facilement de répondre à une question ou de parler quelques minutes avec les photographes. Nous ne sommes pas nombreux à les couvrir depuis aussi longtemps, alors ils nous reconnaissent”. Pour Olivier Douliery, le moment le plus marquant de cette campagne a été le lancement officiel de la campagne de Barack Obama, dans la petite ville de Springfield, dans l’Illinois. “Nous étions dehors, depuis 4 heures du matin, et avec une température de - 10 degrés. A 8 heures, Obama a enfin pris la parole avec ces mots : “I’m running for President of the United States of America”. Simple mais historique! A partir de ce moment-là, les gens ont vraiment pris conscience que, pour la première fois, un noir avait une chance sérieuse de gagner une élection présidentielle.”

Alexis JACQUET

Voir le site Internet d’Olivier Douliery



Trois questions à Olivier Douliery

2 11 2008

ÉLECTIONS AMÉRICAINES. Depuis huit ans, Olivier Douliery possède les “clés” de la Maison Blanche. Pour les journaux du monde entier, et pour l’Histoire, le photographe français immortalise les grands moments de la politique américaine.

Le service presse de la Maison Blanche vous laisse-t-il une marge de manœuvre suffisante pour mener à bien votre mission de photojournaliste ?

Évidemment, nous sommes très encadrés. Mais si l’on explique au “staff” que l’angle est meilleur de tel ou tel endroit, par exemple, ils feront tout leur possible pour nous obtenir l’autorisation. Ils sont très professionnels et connaissent les besoins de la presse. Parfois, les règles sont plus strictes. Notamment dans Air Force One, l’avion du Président : nous avons interdiction de photographier le nez de l’appareil ou de faire des plans larges. Il s’agit surtout de questions de sécurité…

Barack ObamaLe fait d’être Français donne-t-il à vos photos un regard particulier sur la politique américaine ?

Oui, inconsciemment. Mes images se démarquent de celles prises par mes confrères parce que nous, les Français, sommes très critiques vis à vis de la société américaine. En plus de cela, je travaille aussi pour une agence photo française, qui me demande beaucoup de photos montrant l’aspect anecdotique voire superficiel de l’Amérique. Après, j’ai les mêmes contraintes que tous les autres photographes. Chaque jour, je couvre les mêmes personnes. Alors l’enjeu, c’est surtout de ne pas tomber dans la routine. Pour cela, j’essaie de faire des clichés révélateurs de l’actualité. Par exemple, lorsque George W.Bush reçoit les athlètes de retour des Jeux Olympiques, je prends la photo institutionnelle. Mais je fais aussi quelques portraits de lui : si son actualité ou celle des États-Unis est positive, je vais prendre une photo où il sourit. Si au contraire, l’actualité est négative, je vais plutôt me concentrer sur une moue, etc.

Durant cette campagne, vous avez pris plusieurs milliers de clichés. Quel est votre préféré ?

C’était quelques jours avant que Barack Obama n’annonce sa candidature à la Présidentielle. Il était venu soutenir un “rally” pour le Darfour. L’espace d’un instant, sa silhouette s’est dessinée en ombre chinoise sur le Capitol, en arrière plan. Un très joli contre-jour. Techniquement et graphiquement, j’aime beaucoup cette photo. D’ailleurs, cette photo de lui est l’une de celle qui s’est le mieux vendue. Et qui m’a aussi permis de remporter plusieurs prix, comme le White House Presse Photographer Award, et le International Spider Award.

Propos recueillis par Alexis JACQUET