DECRYPTAGE. Alors que la presse écrite est en crise, le photojournalisme se trouve de nouveaux débouchés. Depuis quelques mois, plusieurs projets Internet font la part belle à la photographie.
Petit à petit, le photojournalisme fait sa place sur le Net et dans les récits multimédia. Depuis novembre 2008, l’organisation Médecins sans frontières a mis en ligne un “web documentaire”. En clair, un cocktail bien senti de vidéos, de photographies, de textes et de sons, pour rendre l’ensemble vivant, voire frappant. En effet, l’objectif d’Etat critique est clairement de faire campagne contre les violences de l’est du Congo, de “mettre un visage sur les souffrances”, explique le site Internet de l’ONG.
“Ce site sera alimenté pendant un an de données médicales, de témoignages, de photos, de séquences vidéo, afin que cette crise et le sort des populations ne retombent pas dans l’oubli. La situation à l’est du Congo n’est pas seulement difficile, elle est réellement critique.” Le témoignage n’est pas anodin. Médecins sans frontières est l’une des rares organisations à être présentes sur le terrain depuis les années 80. Et à y être encore aujourd’hui malgré les risques. L’occasion de recueillir les témoignages des principaux intéressés : Nyirabtyago, qui vit dans un camp de réfugiés, Petro, qui accueille depuis des années des déplacés dans sa maison, ou Anastasia, Albert et leurs huit enfants qui ont dû fuir leur village à cause des violences. ”Parce que ces personnes sont les mieux placées pour parler de leurs conditions de vie et de leurs besoins.”
Les photographies, elles, sont pour le moins parlantes. Prises par Cédric Gerbehaye (agence Vu), l’un des lauréats du World Press Photo, elles brillent d’un noir et blanc saisissant, contrasté à l’extrême, dans la plus pure tradition de la photographie de guerre. On y voit une femme au visage marqué et son bébé. Seuls, dans une grande pièce vide, sorte de dispensaire d’urgence figé sous l’oeil d’un crucifix. Une autre photo montre Laurent Nkunda et deux de ses hommes. Le général dissident est face à une table en bois, regard de défiance et chapeau de cowboy vissé sur la tête. La scène semble tirée d’un mauvais western. Kalachnikov et portable de frimeur en plus. Le film dure 11 minutes. Il est visible à l’adresse : www.etat-critique.be.
Autre pays, autre projet. Le site du journal Le Monde vient lui aussi de diffuser un autre récit multimédia de grande qualité. Une sorte de reportage dont vous êtes le héros. Les faits se passent en Chine, dans les mines de charbon, au coeur du moteur de la croissance chinoise. Le photojournaliste à la base du projet connaît bien le lieu. Il s’agit de Samuel Bollendorff, qui travaille sur cette problématique depuis de nombreuses années.
Le parti-pris est inédit : placer l’internaute dans la peau du journaliste. Il faut enquêter, suivre des pistes, rencontrer les mineurs, tout en évitant la police politique. Et faire des choix : chaque décision prise peut changer la tournure de ce voyage d’une vingtaine de minutes. Un scénario donc, mais basé sur des faits réels, et sur la propre enquête de Bollendorff. Ses clichés, d’ailleurs, agrémentent le reportage interactif. Une interview des deux créateurs de Voyage au bout du charbon est également disponible sur le site Le Monde.fr.
Alexis JACQUET