Sortie : 101 photographes contre “DR”

27 01 2009

IDÉE DE SORTIE. Au-delà des clichés revient sur les expositions à voir ou les rendez-vous à ne pas manquer. Des idées de sortie pour voir la photo plutôt que d’en parler!

L’une des photographies d’AbbasQui : 101 photographes contre DR.

Quoi : En exposant leurs clichés gratuitement, 101 photographes dénoncent le recours de plus en plus systématique aux photos d’amateurs ou glanées sur Internet pour illustrer les colonnes des journaux. Ce fameux DR (Droits Réservés) que certains photojournalistes ont surnommé le “droit à rien”. Parmi eux, Abbas et Harry Gruyaert, deux grands noms de l’agence Magnum qui viendront soutenir cette initiative.

Où : Espace Saint-Martin, 199 bis rue Saint-Martin, 75003, Paris. Métro : Rambuteau, Les Halles ou Etienne Marcel.

Quand : Vendredi 30 janvier de 14h-18h et samedi 31 janvier de 9h-18h.

Combien : Entrée libre.



Patrick Baz vu par Patrick Baz

20 01 2009

DECRYPTAGE. Irak, Liban, Palestine… Depuis dix ans, Patrick Baz dirige le département Proche-Orient de l’Agence France Presse. Pour Au-delà des clichés, le photojournaliste a accepté de commenter certaines de ses photos les plus marquantes.

“Cette photo m’a marqué à vie. En 1985, je couvrais le détournement de l’avion de la TWA à l’aéroport de Beyrouth (Liban). En rentrant chez moi, j’ai entendu une explosion au cœur du quartier chrétien. Une voiture piégée… Alors j’ai suivi la colonne de fumée. En arrivant sur place, j’ai vu ce secouriste sortir un bébé des décombres. Une petite fille d’à peine trois mois en pyjama rose. J’ai pris la photo et je l’ai immédiatement envoyée à Paris. Sans la voir. J’ai découvert le cliché le lendemain, dans les journaux.

Puis d’autres événements sont arrivés. D’autres explosions, d’autres voitures piégées… Mais je n’ai jamais oublié cette petite fille, j’ai même pensé à la retrouver. Quand on fait ce métier, on a quelque peu l’impression de faire son pain sur le malheur des autres. Je cherche parfois à revoir les sujets de mes reportages. C’est une sorte de thérapie! Là, Je pensais qu’elle était morte…

Vingt ans plus tard, un homme a appelé l’AFP pour obtenir la photo. C’était le secouriste! On lui a donné mon nom, il m’a contacté par e-mail. Il m’a dit que le bébé devait être en vie! J’ai décidé de le retrouver en retournant dans le quartier. Un vrai flash-back : je marchais dans la même rue, j’aurais pu faire le trajet les yeux fermés. Finalement, j’ai réussi à retrouver sa trace grâce à des voisins. C’est sa mère qui m’a ouvert la porte. Je lui ai montré les photos, le bébé avait 21 ans… et ne se souvenait de rien. La mère, elle, était très émue.

Pour moi, le plus fabuleux a été de mettre en contact Joyce, la “petite fille”, et le secouriste. En fait, ce n’est pas moi l’histoire, c’est eux. Aujourd’hui, elle le considère comme son père adoptif. Moi, je n’ai fait qu’immortaliser leur rencontre.”

“Je ne supporte pas que l’on m’associe à cette photo. Tout simplement parce que ça n’en n’est pas une… C’est une merde, j’ai juste appuyé sur un bouton du balcon de mon hôtel. D’ailleurs, j’ai moi-même hésité à l’envoyer à l’agence! Mais c’était la première photo des bombardements de Bagdad, en 2003. Le lendemain, je faisais la une de tous les journaux du monde.

Rien que chez moi, je conserve plus d’une centaine de journaux avec cette photo en une, mais il doit y en avoir trois fois plus au moins. En fait, tout le monde attendait ce bombardement et les journaux se sont jetés sur la première. Plusieurs photographes ont fait le même cliché d’ailleurs. C’est un collègue, assis sur le même balcon, qui m’a dit “regarde là-bas!” en me montrant la boule de feu dans le ciel. Si ma photo a été publiée, c’est parce que j’avais les moyens de transmission que les autres n’avaient pas.

Au final, cette photo fait partie de ma vie, je ne peux pas la nier. Mais aujourd’hui, lorsque l’on prononce le nom de “Patrick Baz”, on pense à cette photo. Alors que c’est sans aucun doute l’une des plus mauvaises de ma carrière.”

“Cette photographie était une exclusivité lorsque je l’ai prise. La première des forces spéciales de la garde républicaine irakienne, l’armée de Saddam, en 2003. D’ailleurs, dès le lendemain, tous les médias du monde m’ont appelé pour savoir comment j’avais réussi à être “embedded” (embarqués) avec eux. La question est ridicule, ce n’est pas le genre de mecs avec qui on est embedded. Ce sont de vrais guerriers.

En fait, j’ai eu à peine trente minutes pour les prendre en photo. Et quand j’ai entendu les bombardiers américains se rapprocher, je me suis dépêché de fuir. En partant, j’ai été intercepté par les services du renseignement. Ils m’ont interrogé pendant plus de deux heures. Pendant ce temps, les photos étaient cachées dans mon caleçon! C’était un jour avant la chute du régime.”

Propos recueillis par Alexis JACQUET



Sortie : Arbus à la Fondation Kadist

8 01 2009

IDÉE DE SORTIE. Au-delà des clichés revient sur les expositions à voir ou les rendez-vous à ne pas manquer. Des idées de sortie pour voir la photo plutôt que d’en parler!

Les “jumelles” d’ArbusQui : Diane Arbus (rétrospective imprimée, 1960-1971).

Quoi : En matière de photographie, Diane Arbus est ce que l’Amérique a fait de moins attendu, de plus dérangeant, bref, de meilleur. Et la rétrospective visible à la Fondation Kadist est la première à Paris depuis plus de 30 ans. Les filles de la photographe veillent en effet farouchement sur le patrimoine de leur mère. Cette exposition présente uniquement les clichés d’Arbus publiés dans les magazines, tels Harper’s Bazaar, Esquire, Nova ou le The Sunday Times Magazine. Une occasion de découvrir, dans le contexte de publication original, ce savant mélange de familier et de bizarre qui dessine un portrait documentaire mais pas ordinaire de l’Amérique contemporaine.

Où : A la Kadist Art Foundation, 19bis - 21 rue des Trois Frères, 75018 (métro Anvers ou Abesses).

Quand : Du 6 décembre 2008 au 7 février 2008. Ouvert du jeudi au dimanche de 14h à 19h.

Combien : Entrée libre.