Robert Frank, un Suisse en Amérique

2 03 2009

EXPOSITION. Cinquante ans après sa sortie, le livre Les Américains fait l’objet d’une exposition au Jeu de Paume. Et les images de Robert Frank n’ont pas perdu de leur justesse.

frank-robert.jpgIl faut se méfier des gens trop calmes. Robert Frank est de ceux-là. Timide, poli, photographiant avec “l’étrange discrétion d’une ombre, des scènes qu’on avait jamais vu sur pellicule”, dira de lui l’écrivain Jack Kerouac, son éternel compagnon de vagabondage. Chez eux, la même passion des grands espaces, de la route, et des travers de l’Amérique.

Pourtant, l’histoire de Robert Frank commence à 6000 kilomètres de là, en Suisse. Né en 1924, il s’amourache de la photo aux côtés d’un retoucheur. Mais l’aventure l’attend de l’autre côté de l’Atlantique. Grâce à une bourse de la Fondation Guggenhein, il parcourt les Etats-Unis entre 1955 et 1956. Quatorze mois avec femme et enfants, au volant d’une vieille voiture d’occasion, de New-York à Las Vegas, du Texas à la Californie. Au total, 700 pellicules et 20000 instantanés. Il en tire 83 clichés seulement. Les Américains, son livre-monument, est né.

Mais son Amérique à lui ne fait plus rêver : inégalitaire, précaire, grise et désespérément seule. Ses photographies montrent les toilettes, les motels et les fast-food sordides. La carte postale de l’American way of life démystifiée par un petit routard à l’accent bizarre. “Avec cette petite caméra qu’il fait surgir et claquer d’une main, il a su tirer du cœur de l’Amérique un vrai poème de tristesse”, analyse Kerouac. “Et maintenant, il prend rang parmi les poètes tragiques de ce monde”.

Robert Frank établit les codes de la ”street photography”. Grain omniprésent, cadrages approximatifs, ou presque flous. Les photos semblent volées, sauvages, prises sans subjectivité. L’observateur est impassible, le public, ébranlé. Aujourd’hui, ces 83 clichés mythiques sont exposés à la galerie du Jeu de Paume (site Concorde). Et si les tirages ont un peu perdu de leur impertinence, l’exposition se justifie par son aspect documentaire, presque historique.

En regard, le Jeu de Paume présente une autre série. Celle-là est sur Paris. 79 photos plus anecdotiques, prises de loin, à la limite du surréalisme. De 1949 à 1952, Robert Frank joue les flâneurs, photographie bancs publics, fleuristes et jardins publics. L’ensemble est doux, mais ne séduit pas. Décidément, Frank reste le photographe de l’entrée de service plutôt que celui de la scène. Un portfolio de cette série sur Paris est visible sur lemonde.fr.

Alexis JACQUET

Exposition visible au Jeu de Paume, 1, place de la Concorde, Paris, 75008. Métro : Concorde. Du mercredi au vendredi, de 12 heures à 19 heures ; mardi jusqu’à 21 heures ; samedi et dimanche à partir de 10 heures. 7 € et 4 €. Jusqu’au 22 mars.


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Une réponse à “Robert Frank, un Suisse en Amérique”

3 03 2009
nico (10:20:00) :

Le genre de news qui tombe à pic : je dois aller faire la mythique route 66 dans un peu plus d’un mois. Sur les traces de Kerouac ;-)
A moi les motels, les fast foods, les vieilles voitures abandonnées, le désert et tutti quanti !

Can’t wait.

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