La Croix, un service photo sans photographe
5 12 2007Comme de nombreuses rédactions de la presse nationale, le quotidien La Croix fonctionne sans « photographe maison ». Le service photo se charge d’illustrer les articles à partir de clichés d’agences.
9hConférence de rédaction au quotidien La Croix. Autour de la grande table rectangulaire, les chefs de service proposent des sujets pour l’édition du lendemain. Armelle Canitrot, la responsable du service photo, prend des notes en pattes de mouche dans un grand agenda noir.
9h30La conférence de rédaction a été brève ce matin. Armelle marche à vive allure dans les couloirs. Elle doit se rendre dans le petit bureau du service photo. 15m2, cachés derrière le service France. La responsable anime le débriefing devant les quatre autres membres de l’équipe, et plus particulièrement Fabiola Salle-Ang, chargée de l’édition du jour. « On a évité la grève en Une. Mais le sujet sur le Darfour qui remplace le mouvement social ne sera pas forcément plus facile à illustrer », explique Armelle.
11hFabiola va prendre commande auprès du secrétaire de rédaction, chargé de relire les articles et de réaliser la mise en page. « Plus tard, je lui présenterai une première sélection d’images pour chaque papier. Nous choisirons ensemble. En fonction du contenu, du titre et de la place disponible », précise-t-elle.
11h30Pour trouver ces photographies, elle navigue sur les sites des deux agences filaires (publication sans interruption) auxquelles La Croix est abonnée : l’Agence France Presse (AFP) et Associated Press (AP). Le quotidien a aussi négocié des tarifs avec la plupart des agences et photographes. « Pour simplifier, l’achat d’une photo coûte de 89 euros pour une vignette, à 248 euros pour une page entière », détaille Fabiola. À chaque sujet sa source. Pour l’actualité chaude, le service fait principalement appel aux agences filaires aux moyens importants et aux photos disponibles immédiatement. Pour les articles avec un traitement magazine ou en décalage avec l’actualité, les membres de l’équipe privilégient les petits collectifs et agences, dont l’aspect graphique est plus travaillé. « C’est aussi le cas pour certaines Unes comme celle d’aujourd’hui sur le Darfour. Nous espérons y trouver des photos originales sur un sujet déjà largement traité », ajoute la trentenaire.
14h30Les rédacteurs en chef ont validé la Une choisie par Fabiola. Dans un paysage désolé, deux enfants réfugiés du Darfour regardent l’objectif avec intensité. « La photo est très graphique, originale, et sans perdre en pathos », explique la responsable de l’édition, satisfaite. Des photographes viennent aussi régulièrement montrer leur travail en espérant collaborer ponctuellement au journal.
18hAujourd’hui, un jeune journaliste présente quelques clichés réalisés en Irak. « Je penserai à lui si nous avons un article à illustrer sur le sujet. Même s’il a encore du mal à raconter une histoire, ses photographies sont percutantes », s’enthousiasme Fabien Vernois, le membre de l’équipe photo qui l’a reçu dans un coin du bureau avant de partir à la conférence de rédaction de 18h, dernier moment clé de la journée. « La Croix n’a plus de photographe maison depuis vingt ans, et ce n’est pas plus mal », assure Armelle Canitrot. « Cela nous empêchait de faire travailler d’autres journalistes. Et j’ai tendance à penser qu’un photoreporter attaché à une rédaction devient rapidement un fonctionnaire. Au final, l’image est plus coûteuse et de moins bonne qualité. »
Alexis JACQUET
Catégories : 24 heures avec..., Toutes catégories





