Face aux contraintes financières et aux difficultés pour recruter des professionnels, les petites agences photo peinent à trouver leur place.
Ils ne sont pas du même pays et n’ont pas les mêmes contraintes. Mais ces petits collectifs non occidentaux ont pourtant un point commun : « La même volonté de se faire connaître, grâce à la photographie », explique Michel Philippot, rédacteur en chef photo du Monde 2 (à gauche sur la photo) et organisateur, mercredi 31 octobre, d’un « forum des agences », à l’occasion de la biennale Photoquai. Ambition de ce forum : « montrer la diversité des productions photo autour du monde. » De l’Argentine au Brésil, en passant par Cuba ou la Russie. Objectif à moitié rempli seulement. Ouvert au public, le grand théâtre vide Claude Lévi-Strauss, dans les entrailles du Quai Branly, n’aura accueilli qu’une petite vingtaine de curieux.
Dépendance financière. « L’intérêt du forum était surtout de montrer les problèmes qu’ont ces regroupements de photographes à survivre, notamment financièrement », précise Michel Philippot. Même constat pour Ruben Mangasaryan, photojournaliste arménien et fondateur de l’agence Patkerphoto, tournée vers l’Arménie. « Nous sommes obligés de chercher des sponsors (souvent des fondations ou des ONG) avant de partir sur le terrain. L’agence est dépendante de cette aide et les gros projets sont toujours une prise de risque », explique-t-il.
Former des professionnels. Autre difficulté : trouver des photojournalistes professionnels dans cette région du monde. « C’est simple, lors de la création de l’agence, cela n’existait pas en Arménie, se souvient Ruben. Alors nous avons crée un programme d’étude à la photographie sur 9 mois, en partenariat avec World Press Photo. » Ensuite, les jeunes passent plusieurs mois en stage à l’agence, à travailler sur des projets concrets. Shahidul Alam, le fondateur de l’agence Drik au Bangladesh, met aussi l’accent sur la formation. « En 1998 nous avons fondé Pathshala - The South Asian Institute of Photography, un centre d’initiation au photojournalisme à Dhaka. » Drik joue aussi les entremetteurs. « Il est impossible pour un Bangladais de négocier avec les grandes agences occidentales. Il ne connaît personne, et ne comprend pas forcément les attentes des journaux. Voilà ou commence réellement notre travail », précise Shaidul.
Dictature. Au delà des questions d’argent et de formation, la situation est encore plus délicate pour certaines agences. Celle de Liudmila & Nelson à Cuba, par exemple. Pour Michel Philippot, « on peut discuter du terme de dictature, mais le constat est simple : Il n’existe qu’une seule feuille de chou de quatre pages, photos comprises, donc c’est un peu court pour s’exprimer. »
Alexis JACQUET