Un photojournaliste à la Maison Blanche

5 11 2008

ÉLECTIONS AMÉRICAINES. Depuis huit ans, Olivier Douliery possède les “clés” de la Maison Blanche. Pour les journaux du monde entier, et pour l’Histoire, le photographe français immortalise les grands moments de la politique américaine.

Olivier DoulieryBientôt, il photographiera l’entrée de Barack Obama ou de John McCain à la Maison Blanche. Les premiers pas, les premières réunions, les visites d’État et les cocktails. Lui, c’est Olivier Douliery, un petit “frenchy” qui fait partie de la poignée de photographes autorisée à pénétrer dans la demeure du Président des États-Unis, appareil photo à la main. “Le White House Hard Pass nous permet d’y entrer à n’importe quelle heure, n’importe quel jour, presque sans restriction”, détaille le photojournaliste. Là-bas, le travail ressemble à celui des photographes de l’Élysée : “Nous couvrons surtout les visites de chefs d’État étrangers, les conférences de presse, les réunions, etc. Le plus drôle, c’est de partir avec le motorcade, le cortège présidentiel : une nuée de 4X4 blindés, de limousines, d’ambulances, les services secrets équipés de mitrailleuses et des motards. Autant dire qu’on ne passe pas inaperçu!”

En France, où il a commencé sa carrière, Olivier Douliery a travaillé pour le service presse de l’armée de l’air. Ensuite, il a parcouru le Moyen-Orient et l’Europe, avant de se poser au Benelux. C’est le tournant vers la politique. Pour le Tageblatt, un quotidien national luxembourgeois, il travaille pendant deux ans au Parlement européen. Il finit par quitter le pays pour les États-Unis. “Pour moi, c’était l’aventure américaine!”, se souvient-il. Sur place, il rejoint très rapidement l’équipe du Washington Post-Newsweek media group, tout en vendant une partie de ses clichés à l’agence Gamma et au Guardian. Membre de l’agence française Abaca Press, ses clichés illustrent aujourd’hui les pages “Politique” de nombreux journaux à travers le monde. Aux États-Unis, avec le Time Magazine, Newsweek, ou le New-York Times, mais aussi en France, dans les colonnes du Figaro, du Point, ou encore de Paris Match. En janvier 2008, le photojournaliste a même remporté le premier prix du “Portfolio politique de l’année”, décerné par l’association des photographes de la Maison Blanche.

Une Maison Blanche dont il connaît les moindres recoins. Au fil des années, George W.Bush est même devenu un proche. “Notre relation est professionnelle, parfois presque amicale. Depuis 8 ans, nous nous voyons tous les jours, alors il connaît mon prénom, et me fait parfois quelques jokes“. Le photographe lui a même offert un cliché de Barney, le chien présidentiel. “J’attendais que George W. Bush sorte du bureau ovale pour photographier une rencontre politique. Mais lorsque la porte s’est ouverte, le Président nous a lancé un “Hey, les gars, vous avez vu mon chien?”. La scène est devenue surréaliste : le Président des Etats-Unis, lunettes de vue sur le nez, en train d’appeler son chien pour qu’il rentre dans le bureau ovale. Et le chien qui refuse de bouger… Un moment vraiment incroyable!”

Depuis quelques mois, Olivier Douliery s’est éloigné de la Maison Blanche pour suivre les campagnes de Barack Obama et de John McCain, après avoir figé, pour l’Histoire, les Primaires démocrates. “En fait, je les couvrais bien avant qu’ils se présentent au poste suprême, lorsqu’ils étaient sénateurs. Deux hommes très agréables, qui acceptent facilement de répondre à une question ou de parler quelques minutes avec les photographes. Nous ne sommes pas nombreux à les couvrir depuis aussi longtemps, alors ils nous reconnaissent”. Pour Olivier Douliery, le moment le plus marquant de cette campagne a été le lancement officiel de la campagne de Barack Obama, dans la petite ville de Springfield, dans l’Illinois. “Nous étions dehors, depuis 4 heures du matin, et avec une température de - 10 degrés. A 8 heures, Obama a enfin pris la parole avec ces mots : “I’m running for President of the United States of America”. Simple mais historique! A partir de ce moment-là, les gens ont vraiment pris conscience que, pour la première fois, un noir avait une chance sérieuse de gagner une élection présidentielle.”

Alexis JACQUET

Voir le site Internet d’Olivier Douliery



Visa pour l’image à Paris

30 10 2008

Visa au Grand RexExceptionnellement, Visa pour l’image quitte Perpignan pour Paris. Le 4 novembre, le plus célèbre des festivals de photojournalisme investit la salle du Grand Rex pour fêter ses 20 ans.

Une soirée exceptionnelle durant laquelle seront diffusés les 13 reportages qui ont le plus marqué les festivaliers au cours de ces deux décennies. Parmi les signatures, Paolo Pellegrin, Paul Fusco, Philip Blenkinsop ou Stanley Greene. En parallèle, plusieurs photo reportages historiques, sur mai 68, le Vietnam, ou plus récemment, les Jeux Olympiques de Pékin, seront présentés. La projection parisienne coûte 12, 70 euros.

Visa pour l’image accueille chaque année près de 150000 visiteurs et 3000 professionnels. Deux semaines en septembre pour découvrir le travail de photographes prometteurs ou aguerris. Le 20 octobre dernier, l’équipe de Visa pour l’image a même reçu un Lucie Award (le Spotlight award), un prestigieux prix photographique, pour son soutien au photojournalisme.

Lire la suite »



Noor, petite dernière des grandes agences

22 10 2008

VIDÉO. Jusqu’à la fin du mois d’octobre, l’exposition de l’agence Noor est visible à Bayeux, en marge du festival des correspondants de guerre. L’occasion de découvrir neuf reportages saisissants réalisés par les photographes de cette jeune agence.

Deux visas d’or, plusieurs World Press Photo et de nombreux prix. En un an, la “petite” agence Noor a fait une entrée remarquée dans le monde du photojournalisme. Et pour cause : ils ne sont que neuf photographes, mais pas des moindres.

Francesco Zizola, Stanley Greene, Youri Kozyrev ou Philip Blenkinsop, pour ne citer qu’eux, sont loin d’être des novices. Charismatiques, talentueux, connus et reconnus, ils n’ont pas tardé à imprimer le nom de leur nouvelle agence dans les pages des journaux.

Voir la vidéo de l’exposition Noor à Bayeux

Texte et vidéo : Alexis JACQUET

Chapelle de la Tapisserie, à Bayeux (Calvados). Jusqu’au 31 octobre.



Le Prix Bayeux en images

15 10 2008

DIAPORAMA. Durant une semaine, la crème des grands reporters s’est donné rendez-vous à Bayeux (Calvados) pour le Prix des correspondants de guerre. Au-delà des clichés y était : voici, en images, quelques uns des moments forts de ce prix très prisé des professionnels.

sg108085web1.jpg

Plusieurs soirées thématiques, sur l’Irak, ou le Mexique,
ont ponctué le Prix Bayeux-Calvados.

bayeux-190.jpg

Pour le public, le Salon du livre a été l’occasion de rencontrer des journalistes,
ici Jean-Paul Mari, grand reporter au Nouvel Observateur. Lire la suite »



VII récompensée au Prix Bayeux

12 10 2008

La quinzième édition du prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre s’est terminé samedi 11 octobre. Un cru 2008 résolument tourné vers les nouvelles agences. Palmarès.

Noor, VII, les petites agences ont fait sensation à la quinzième édition du prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre. Durant une semaine, l’exposition de la jeune agence Noor (Stanley Greene, Yuri Kozyrev, etc.) s’est fait remarqué par le public et les professionnels. Et samedi soir, c’est un reportage du collectif VII (James Nachtwey, Alexandra Boulat etc.) qui a été primé.

Un cliché tiré de “La vallée”, par Balazs Gardi“La vallée”, une série très esthétique réalisée fin 2007 en Afghanistan par Balazs Gardi a remporté le premier Prix photographie. Joint par téléphone, le jeune photographe hongrois de l’agence VII a expliqué son choix de travailler en noir et blanc : “Pour moi, il s’agit d’un moyen de communiquer comme un autre. Comme la couleur, mais avec plus de force et de présence”.

Le Prix du public CFJ-Groupe Caisse d’épargne a quant à lui été attribué à Yasuyoshi Chiba, de l’AFP. Le Japonais a couvert les violences post-électorales du Kenya en décembre dernier. Un sujet largement traité par les différents reportages photo en compétition.

Même pays, autre regard. Celui de Julius Mwelu, un Kenyan d’à peine 22 ans qui a reçu le Prix du jeune reporter. Grâce à un appareil photo offert par la photographe américaine Lana Wong dans le cadre du projet Shootback, en 1997, il a figé sur la pellicule les violences après les élections présidentielles, dans son tristement célèbre bidonville de Mathare à Nairobi. La photographie, “seul moyen de parler” des atrocités dont il a été témoin, et de les “partager avec le reste du monde”, comme l’a expliqué le jeune homme, arborant le t-shirt de Mwelu, sa fondation. “Et ce n’est que le début”, a-t-il lancé, levant bien haut sa récompense dorée.

Alexis JACQUET



Au delà des clichés… revient à la rentrée

18 07 2008

L’une des photographies bientôt visibles sur mon siteVotre site “Au delà des clichés” ne ferme pas! Mais le temps risque de manquer à votre rédacteur, qui écrira cet été dans les colonnes du journal Le Parisien. Une petite trêve estivale s’impose donc.

L’occasion pour moi de vous remercier pour votre fidélité! Et de vous donner rendez-vous, après l’été, pour d’autres actualités sur la photographie et le photojournalisme. En attendant, voici l’adresse de mon site Internet, où je présente une partie de mes propres photos: www.grandangle-aj.fr/

D’ici là, je reste joignable par e-mail, et vous, n’oubliez pas d’aller voir des expositions!

Alexis JACQUET



Les 30 ans du Figaro Magazine au Luxembourg

6 06 2008

Pour ses trente ans, le Figaro Magazine s’expose sur les grilles du Sénat. 80 photographies qui divisent les politiques et les spectateurs (voir diaporama en fin d’article).

Le Figaro Magazine fête ses trente ans… en photo. Le supplément du Figaro, qui a publié 250 000 photographies en près de 1 500 numéros, souhaite affirmer “son goût du reportage photo et sa passion de l’actualité”, explique fièrement Cyril Drouhet, son rédacteur en chef photo.

Jusqu’au 15 juin, le Figaro Magazine expose 80 photos sur les grilles du SénatPour cela, le Figaro Magazine livre gratuitement, sur les grilles du Sénat à Paris, sa sélection des 80 clichés qui ont particulièrement marqué ces trente dernières années. Jusqu’au 15 juin 2008, un “hommage à tous les photojournalistes de courage et de talent qui, pour nos lecteurs, courent la planète à la recherche de l’image vérité”, explique Cyril Drouhet.

Concernant le choix des photographies, il ne s’agit pas forcément des photos marquantes de cette année. Mais plutôt “des images qui sont restées gravées dans notre esprit, par leur sujet, par leur beauté, par un « je ne sais quoi » qui tient au talent des photographes et à la qualité des instants fixés”.

Une exposition qui ne fait pas que des heureux. Le groupe communiste au Sénat a critiqué, le 6 mai, “un espace de publicitaire géant”. Une polémique qui parait artificielle et stérile au regard des images. Mais pour eux, “la promotion d’une seule presse, adoubée par le parti au pouvoir, est un signe inquiétant d’autoritarisme et une confirmation de volonté de réécrire l’histoire sociale et économique de l’après-guerre”.

Chez les visiteurs, les avis divergent également pour d’autres raisons. Certains sont choqués par la violence des images, d’autres la trouvent nécessaire. En tout cas, tous s’accordent sur la qualité des photographies.

Vidéo de l’exposition : les spectateurs sont divisés

Alexis JACQUET



Paris Match condamné pour des photos de Ségolène Royal

1 06 2008

L’hebdomadaire Paris Match vient d’être condamné par le TGI de Paris à verser 8000 euros de dommages et interets à Ségolène Royal, pour atteinte à la vie privée. Deux photos la montraient en train de prier dans une église.

Ségolène Royal remporte son procès contre Paris Match8000 euros, c’est le prix que va couter au magazine Paris Match, la publication de photographies de Ségolène Royal. La décision est tombée jeudi 29 mai. Le juge des référés au Tribunal de grande instance (TGI) de Paris, a considéré que le magazine avait bien porté “atteinte à la vie privée et au droit à l’image” de l’ancienne candidate socialiste à l’élection présidentielle, et l’a condamné à lui verser 6.000 euros de dommages et intérêts et 2.000 euros au titre des frais de justice.

La double page en question, publiée dans l’édition du 30 avril de l’hebdomadaire, la montrait de dos, agenouillée, priant dans l’église florentine du Saint-Esprit en Italie. Un texte, en regard des deux photographies, rappelait les propos de la candidate à la direction du Parti Socialiste. Elle avait critiqué les prises de position de Nicolas Sarkozy sur les questions de laïcité.

Dans son ordonnance, la juge Anne-Marie Sauteraud constate que les clichés ont été “pris à l’insu” de Ségolène Royal, et “publiés sans son consentement express”. Elle a justifié sa décision en rappelant que cette visite était “de nature exclusivement privée”, même si le magistrat note que la femme politique “a acquis une notoriété particulière” et qu’elle n’a “jamais caché être issue d’une famille catholique”.

“Il n’est pas contradictoire de défendre publiquement la laïcité, dans un contexte exclusivement politique, et de se rendre dans une église à titre strictement privé”. Autrement dit, cette information est une “atteinte à la vie privée de Ségolène Royal”, conclut l’ordonnance. La présidente de la région Poitou-Charentes a précisé qu’elle versera les indemnités à “des associations de secours à des personnes en détresse”.

Alexis JACQUET



Des photos de propagande nazie provoquent un malaise

22 04 2008

La mairie de Paris multiplie les décisions pour endiguer la polémique autour d’une exposition qui présente une image idyllique de l’occupation.

Malaise à la mairie de Paris. Touchée de plein fouet par la polémique, la municipalité a décidé de supprimer la campagne d’affichage destinée à promouvoir son exposition “Les Parisiens sous l’occupation”, visible jusqu’au 1er juillet à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP), dans le Marais.

L’exposition “Les Parisiens sous l’occupation” a déclenché une importante polémiqueL’affiche montre un petit groupe de parisiennes apprêtées, se baladant tranquillement au milieu d’officiers de la Wehrmacht. Et c’est justement ce qui est reproché à l’exposition : les clichés s’arrêtent sur les enfants qui jouent avec leurs bateaux dans le bassin du jardin du Luxembourg, les concerts en plein air des musiciens de la Wehrmacht, les jeunes filles insouciantes à vélo… Rien des rafles, du rationnement, ou des commerces juifs vandalisés. En bref, une image, sans contrepoint pédagogique, d’un Paris idyllique, calme et joyeux, sous l’occupation allemande.

Et pour cause, les 250 photographies couleur présentées sont d’André Zucca, photographe du magazine de propagande nazie «Signal». Consciente du « manque de commentaires et de recul », la mairie avait déjà tenté d’endiguer la polémique il y a quinze jours, en distribuant un feuillet explicatif à l’entrée de l’exposition, pour situer l’auteur et “contextualiser l’exposition”. Le papier précise aussi que “la pellicule couleur nécessitait une lumière forte, ce qui contribue à l’impression d’un Paris constamment ensoleillé et coloré”.

Une “impression” qui a gêné beaucoup de visiteurs. Sur le livre d’or, les commentaires sont cinglants. Et même Christophe Girard, premier adjoint à la Culture de Bertrand Delanoë et élu PS du IVe, souhaite que l’exposition s’arrête “plus tôt” que prévu, “gêné par son ambiguïté”. Paradoxe, malgré ou grâce à la polémique, plus de 10000 visiteurs ont déjà vu l’exposition depuis le 20 mars. Un record pour la bibliothèque historique.

Pratique. Bibliothèque historique de la Ville de Paris, 22, rue Mahler (M° Saint-Paul). Ouvert du mardi au dimanche, de 11 à 19 heures. Entrée à 4 €. Renseignements : 01.44.59.29.60 ou www.paris.fr.

Alexis JACQUET



Bilal Hussein, le photographe d’AP, libéré

16 04 2008

Mercredi 16 avril, le photographe de l’Associated Press Bilal Hussein a enfin été remis en liberté par l’armée américaine, mettant fin à deux années de détention.

Immédiatement aprés être arrivé, dans un fourgon de prisonnier, il a retrouvé son frère et sa soeur. Le photographe a reçu des fleurs et a téléphoné à d’autres personnes, pendant que sa famille préparait un festin en son honneur. En robe traditionnelle irakienne, il était souriant et paraissait en bonne santé.

“Je veux remercier tous ceux qui travaillent à AP”, a-t-il dit, “J’ai passé deux ans en prison alors que j’étais innocent. Je remercie tout le monde”.

Alexis JACQUET