Noor : “L’agence de la dernière chance”
19 11 2008INTERVIEW. Créée il y a seulement un an, l’agence Noor fait sensation dans le monde du photojournalisme. Claudia Hinterseer, sa directrice, raconte ce projet audacieux : sa naissance, ses difficultés et ses ambitions.
Comment est née l’agence Noor ?
Tout a commencé à la Nouvelle-Orléans, après le passage de l’ouragan Katrina. Sur place, les photojournalistes Stanley Greene et Kadir van Lohuizen ont eu la même idée de faire un sujet sur les déplacés. Mais ils se sentaient un peu bridés par leurs agences respectives. Alors, instinctivement, ils se sont mis à écrire sur une feuille les noms des photographes qu’ils appréciaient, et qui avaient la même façon de travailler qu’eux : le même amour des problématiques
internationales, des sujets sur le long terme, etc.
Vous ne craignez pas l’uniformité ?
Non! Paradoxalement, ils sont aussi tous très indépendants. Par exemple, chacun possède sa propre page sur notre site Internet. La somme de leurs personnalités est une force. Même avant de rentrer à l’agence, chacun était déjà très respecté par la profession. Si on cumule, ils ont remporté plus de 35 World Press Photo! C’est le top du photojournalisme. Bref, il nous manque surtout du temps pour participer à tous les concours…
Cela reste un pari audacieux de créer une agence photo en 2008, alors que la profession connaît une crise sans précédent…
Oui, sans doute. Mais Noor, c’est l’agence de la dernière chance. Si ces neuf photographes là, tous talentueux, charismatiques et reconnus, ne réussissent pas, alors personne ne réussira. Nous espérons bien nous en sortir!
Vous aviez un modèle, lors de la création ?
LE modèle, c’est évidemment Magnum, il y a 60 ans. Un groupe d’amis qui rêvent de la même chose, parlent, rigolent. Se crient dessus, aussi. Notre force, c’est d’être une agence très actuelle. Nous envoyons des photos du Tchad, elles sont téléchargées depuis le Japon!
Vous avez soufflé il y a peu votre première bougie, quel est le bilan ?
Un bilan très positif, mais ce n’est pas facile tous les jours. Surtout les aspects économiques. Chaque photographe a apporté de l’argent au capital, il s’agit maintenant de tenir sur le long terme. Nous croyons tous en l’avenir du photojournalisme. Nous passons donc beaucoup de temps à réfléchir aux nouvelles manières de travailler. Internet a tout changé par exemple. Nous travaillons de plus en plus en collaboration avec les ONG etc. Tout est à réinventer, en fait.
On pourrait reprocher à Noor de miser uniquement sur des grands photographes…
Ce n’est pas faux. Mais créer une agence n’est pas simple. Il fallait se reposer sur des photographes solides. Ensuite, on pourra penser à recruter, ou à miser sur l’enseignement. D’ailleurs, en ce moment même, Greene et Kozyrev donnent déjà des cours aux Etats-Unis. Nous essayons aussi d’organiser beaucoup de conférences, d’expositions, etc.
Craignez-vous la concurrence des agences filaires (AFP, Reuters etc.) ?
Nous ne jouons pas dans la même cour. Leurs moyens sont énormes. Nous, nous préférons miser sur la qualité plutôt que sur la quantité… Nos concurrents sont plus Corbis, Getty, les agences qui font du grand reportage, qui vont au-delà de l’actualité. Dès que nous touchons au news, comme lorsque Samantha Appleton a suivi Barack Obama pendant un an et demi, nous avons des difficultés à vendre nos clichés. En revanche, les publications savent que chacune de nos images est de grande valeur.
Et les projets ?
Le plus important sera de réaliser des sujets communs. Les neuf photographes sur un même reportage ou une même thématique. Ou en regard, comme en Géorgie, il y a un mois et demi : Yuri Kozyrev a travaillé du côté russe. En face, Jan Grarup s’est occupé de montrer le contre-champ, côté géorgien. D’ailleurs, un livre commun aux neuf photographes sortira en fin d’année. C’est un premier pas. Le reste n’est qu’une question de temps!
Propos recueillis par Alexis JACQUET
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Fini la pharmacie. En 1966, ce sera la guerre d’Algérie. Après avoir rejoint la célèbre agence Magnum, il part au Vietnam pour deux mois. Il y restera cinq ans. Sur place, les militaires américains, fiers d’exposer leur patriotisme, lui ouvrent toutes les portes. Mais l’œil du journaliste est sans concession. La violence des combats, la détresse des familles vietnamiennes et la désillusion des soldats américains sont fixés sur la pellicule. Sans mise en scène, mais sans fard. Et les légendes, description clinique des faits, servent son propos. “Personne, depuis Goya, n’a dépeint la guerre comme Philip Jones Griffiths”, dira de son travail Henri Cartier-Bresson. A tel point que la presse n’achète pas ses clichés.











