Noor : “L’agence de la dernière chance”

19 11 2008

INTERVIEW. Créée il y a seulement un an, l’agence Noor fait sensation dans le monde du photojournalisme. Claudia Hinterseer, sa directrice, raconte ce projet audacieux : sa naissance, ses difficultés et ses ambitions.

Claudia Hinterseer, directrice de Noork (Joan Roig)Comment est née l’agence Noor ?

Tout a commencé à la Nouvelle-Orléans, après le passage de l’ouragan Katrina. Sur place, les photojournalistes Stanley Greene et Kadir van Lohuizen ont eu la même idée de faire un sujet sur les déplacés. Mais ils se sentaient un peu bridés par leurs agences respectives. Alors, instinctivement, ils se sont mis à écrire sur une feuille les noms des photographes qu’ils appréciaient, et qui avaient la même façon de travailler qu’eux : le même amour des problématiques internationales, des sujets sur le long terme, etc.

Vous ne craignez pas l’uniformité ?

Non! Paradoxalement, ils sont aussi tous très indépendants. Par exemple, chacun possède sa propre page sur notre site Internet. La somme de leurs personnalités est une force. Même avant de rentrer à l’agence, chacun était déjà très respecté par la profession. Si on cumule, ils ont remporté plus de 35 World Press Photo! C’est le top du photojournalisme. Bref, il nous manque surtout du temps pour participer à tous les concours…

Cela reste un pari audacieux de créer une agence photo en 2008, alors que la profession connaît une crise sans précédent…

Oui, sans doute. Mais Noor, c’est l’agence de la dernière chance. Si ces neuf photographes là, tous talentueux, charismatiques et reconnus, ne réussissent pas, alors personne ne réussira. Nous espérons bien nous en sortir!

Vous aviez un modèle, lors de la création ?

LE modèle, c’est évidemment Magnum, il y a 60 ans. Un groupe d’amis qui rêvent de la même chose, parlent, rigolent. Se crient dessus, aussi. Notre force, c’est d’être une agence très actuelle. Nous envoyons des photos du Tchad, elles sont téléchargées depuis le Japon!

Vous avez soufflé il y a peu votre première bougie, quel est le bilan ?

Un bilan très positif, mais ce n’est pas facile tous les jours. Surtout les aspects économiques. Chaque photographe a apporté de l’argent au capital, il s’agit maintenant de tenir sur le long terme. Nous croyons tous en l’avenir du photojournalisme. Nous passons donc beaucoup de temps à réfléchir aux nouvelles manières de travailler. Internet a tout changé par exemple. Nous travaillons de plus en plus en collaboration avec les ONG etc. Tout est à réinventer, en fait.

On pourrait reprocher à Noor de miser uniquement sur des grands photographes…

Ce n’est pas faux. Mais créer une agence n’est pas simple. Il fallait se reposer sur des photographes solides. Ensuite, on pourra penser à recruter, ou à miser sur l’enseignement. D’ailleurs, en ce moment même, Greene et Kozyrev donnent déjà des cours aux Etats-Unis. Nous essayons aussi d’organiser beaucoup de conférences, d’expositions, etc.

Craignez-vous la concurrence des agences filaires (AFP, Reuters etc.) ?

Nous ne jouons pas dans la même cour. Leurs moyens sont énormes. Nous, nous préférons miser sur la qualité plutôt que sur la quantité… Nos concurrents sont plus Corbis, Getty, les agences qui font du grand reportage, qui vont au-delà de l’actualité. Dès que nous touchons au news, comme lorsque Samantha Appleton a suivi Barack Obama pendant un an et demi, nous avons des difficultés à vendre nos clichés. En revanche, les publications savent que chacune de nos images est de grande valeur.

Et les projets ?

Le plus important sera de réaliser des sujets communs. Les neuf photographes sur un même reportage ou une même thématique. Ou en regard, comme en Géorgie, il y a un mois et demi : Yuri Kozyrev a travaillé du côté russe. En face, Jan Grarup s’est occupé de montrer le contre-champ, côté géorgien. D’ailleurs, un livre commun aux neuf photographes sortira en fin d’année. C’est un premier pas. Le reste n’est qu’une question de temps!

 Propos recueillis par Alexis JACQUET



Un photojournaliste à la Maison Blanche

5 11 2008

ÉLECTIONS AMÉRICAINES. Depuis huit ans, Olivier Douliery possède les “clés” de la Maison Blanche. Pour les journaux du monde entier, et pour l’Histoire, le photographe français immortalise les grands moments de la politique américaine.

Olivier DoulieryBientôt, il photographiera l’entrée de Barack Obama ou de John McCain à la Maison Blanche. Les premiers pas, les premières réunions, les visites d’État et les cocktails. Lui, c’est Olivier Douliery, un petit “frenchy” qui fait partie de la poignée de photographes autorisée à pénétrer dans la demeure du Président des États-Unis, appareil photo à la main. “Le White House Hard Pass nous permet d’y entrer à n’importe quelle heure, n’importe quel jour, presque sans restriction”, détaille le photojournaliste. Là-bas, le travail ressemble à celui des photographes de l’Élysée : “Nous couvrons surtout les visites de chefs d’État étrangers, les conférences de presse, les réunions, etc. Le plus drôle, c’est de partir avec le motorcade, le cortège présidentiel : une nuée de 4X4 blindés, de limousines, d’ambulances, les services secrets équipés de mitrailleuses et des motards. Autant dire qu’on ne passe pas inaperçu!”

En France, où il a commencé sa carrière, Olivier Douliery a travaillé pour le service presse de l’armée de l’air. Ensuite, il a parcouru le Moyen-Orient et l’Europe, avant de se poser au Benelux. C’est le tournant vers la politique. Pour le Tageblatt, un quotidien national luxembourgeois, il travaille pendant deux ans au Parlement européen. Il finit par quitter le pays pour les États-Unis. “Pour moi, c’était l’aventure américaine!”, se souvient-il. Sur place, il rejoint très rapidement l’équipe du Washington Post-Newsweek media group, tout en vendant une partie de ses clichés à l’agence Gamma et au Guardian. Membre de l’agence française Abaca Press, ses clichés illustrent aujourd’hui les pages “Politique” de nombreux journaux à travers le monde. Aux États-Unis, avec le Time Magazine, Newsweek, ou le New-York Times, mais aussi en France, dans les colonnes du Figaro, du Point, ou encore de Paris Match. En janvier 2008, le photojournaliste a même remporté le premier prix du “Portfolio politique de l’année”, décerné par l’association des photographes de la Maison Blanche.

Une Maison Blanche dont il connaît les moindres recoins. Au fil des années, George W.Bush est même devenu un proche. “Notre relation est professionnelle, parfois presque amicale. Depuis 8 ans, nous nous voyons tous les jours, alors il connaît mon prénom, et me fait parfois quelques jokes“. Le photographe lui a même offert un cliché de Barney, le chien présidentiel. “J’attendais que George W. Bush sorte du bureau ovale pour photographier une rencontre politique. Mais lorsque la porte s’est ouverte, le Président nous a lancé un “Hey, les gars, vous avez vu mon chien?”. La scène est devenue surréaliste : le Président des Etats-Unis, lunettes de vue sur le nez, en train d’appeler son chien pour qu’il rentre dans le bureau ovale. Et le chien qui refuse de bouger… Un moment vraiment incroyable!”

Depuis quelques mois, Olivier Douliery s’est éloigné de la Maison Blanche pour suivre les campagnes de Barack Obama et de John McCain, après avoir figé, pour l’Histoire, les Primaires démocrates. “En fait, je les couvrais bien avant qu’ils se présentent au poste suprême, lorsqu’ils étaient sénateurs. Deux hommes très agréables, qui acceptent facilement de répondre à une question ou de parler quelques minutes avec les photographes. Nous ne sommes pas nombreux à les couvrir depuis aussi longtemps, alors ils nous reconnaissent”. Pour Olivier Douliery, le moment le plus marquant de cette campagne a été le lancement officiel de la campagne de Barack Obama, dans la petite ville de Springfield, dans l’Illinois. “Nous étions dehors, depuis 4 heures du matin, et avec une température de - 10 degrés. A 8 heures, Obama a enfin pris la parole avec ces mots : “I’m running for President of the United States of America”. Simple mais historique! A partir de ce moment-là, les gens ont vraiment pris conscience que, pour la première fois, un noir avait une chance sérieuse de gagner une élection présidentielle.”

Alexis JACQUET

Voir le site Internet d’Olivier Douliery



Trois questions à Olivier Douliery

2 11 2008

ÉLECTIONS AMÉRICAINES. Depuis huit ans, Olivier Douliery possède les “clés” de la Maison Blanche. Pour les journaux du monde entier, et pour l’Histoire, le photographe français immortalise les grands moments de la politique américaine.

Le service presse de la Maison Blanche vous laisse-t-il une marge de manœuvre suffisante pour mener à bien votre mission de photojournaliste ?

Évidemment, nous sommes très encadrés. Mais si l’on explique au “staff” que l’angle est meilleur de tel ou tel endroit, par exemple, ils feront tout leur possible pour nous obtenir l’autorisation. Ils sont très professionnels et connaissent les besoins de la presse. Parfois, les règles sont plus strictes. Notamment dans Air Force One, l’avion du Président : nous avons interdiction de photographier le nez de l’appareil ou de faire des plans larges. Il s’agit surtout de questions de sécurité…

Barack ObamaLe fait d’être Français donne-t-il à vos photos un regard particulier sur la politique américaine ?

Oui, inconsciemment. Mes images se démarquent de celles prises par mes confrères parce que nous, les Français, sommes très critiques vis à vis de la société américaine. En plus de cela, je travaille aussi pour une agence photo française, qui me demande beaucoup de photos montrant l’aspect anecdotique voire superficiel de l’Amérique. Après, j’ai les mêmes contraintes que tous les autres photographes. Chaque jour, je couvre les mêmes personnes. Alors l’enjeu, c’est surtout de ne pas tomber dans la routine. Pour cela, j’essaie de faire des clichés révélateurs de l’actualité. Par exemple, lorsque George W.Bush reçoit les athlètes de retour des Jeux Olympiques, je prends la photo institutionnelle. Mais je fais aussi quelques portraits de lui : si son actualité ou celle des États-Unis est positive, je vais prendre une photo où il sourit. Si au contraire, l’actualité est négative, je vais plutôt me concentrer sur une moue, etc.

Durant cette campagne, vous avez pris plusieurs milliers de clichés. Quel est votre préféré ?

C’était quelques jours avant que Barack Obama n’annonce sa candidature à la Présidentielle. Il était venu soutenir un “rally” pour le Darfour. L’espace d’un instant, sa silhouette s’est dessinée en ombre chinoise sur le Capitol, en arrière plan. Un très joli contre-jour. Techniquement et graphiquement, j’aime beaucoup cette photo. D’ailleurs, cette photo de lui est l’une de celle qui s’est le mieux vendue. Et qui m’a aussi permis de remporter plusieurs prix, comme le White House Presse Photographer Award, et le International Spider Award.

Propos recueillis par Alexis JACQUET



Philippe Chancel, photojournaliste d’Art

28 06 2008

Depuis 25 ans, le photographe français navigue entre photojournalisme, photo d’art et documentaire. Un mélange des genres clairement assumé par celui qui veut allier fidélité à la réalité et efficacité plastique.

Philippe ChancelUn long trench gris qui couvre son jean sombre. Un regard insatiable souligné par des tempes poivre et sel. Bel homme aux traits anguleux, le photographe Philippe Chancel, 48 ans, a quelque chose du dandy anglais. Cultivé, calme, introspectif.

Son vaste appartement, aux pieds de Montmartre, ressemble à son travail. Une grande peinture de propagande nord-coréenne salue les visiteurs. Les moulures blanches du plafond sont mises en valeur par la sensation de vide ambiante. Les deux bibliothèques du salon sont tellement remplies de livres de photographie que les derniers ouvrages sont disposés contre le mur, à même le sol. Un désordre chaleureux.

L’homme vous accueille avec des citations de Godard et de Roland Barthes. Son atelier, sa “chambre claire”, est installé dans la pièce d’à côté. Ici, le matériel dernier cri cohabite avec de vieux appareils de musée posés sur la cheminée.

“Celui-là, c’est un Rolleiflex”, explique-t-il en manipulant l’une des antiquités. “Mon premier appareil. Offert par Emile Joublin, un photographe ami de mon père.” Il a 10-12 ans et est séduit. “Il a su me parler de la photographie. M’a initié à Man Ray ou à Doisneau et m’a fait rencontrer des photographes de Paris Match”. Au club photo municipal auquel il adhère en 1975, dans la Vallée de l’orge (Essonne), où il vit avec sa mère et sa soeur, il croise Patrick Zachmann, qui intégrera plus tard l’Agence Magnum. Le bac en poche, il suit pendant un an une formation au Centre de Perfectionnement des journalistes (CPJ) de Paris et étudie l’économie à la faculté de Nanterre. “Je ne voulais pas forcément devenir photographe, mais j’avais une vraie soif d’apprendre sur le sujet.”

Il photographie les temples d’Angkor sous le joug Khmer Rouge.

Philippe Chancel saisit sa chance en décembre 1981. L’état de siège est proclamé en Pologne par le général Jaruzelski. Des milliers d’activistes du syndicat Solidarnosc sont arrêtés en une nuit. “J’ai vu qu’il y avait moyen de faire un coup”, se souvient-il. Il obtient un visa d’une semaine pour entrer dans le pays sous couvert d’un convoi humanitaire. “Le passage de la frontière a été vraiment chaud, mais ça valait le coup. Nous avons réussi à faire circuler un appareil dans la prison où étaient retenus les membres de Solidarnosc. Un vrai scoop!” Ce sont VSD et le Times Magazine qui publient les clichés. “J’ai immédiatement été catalogué photoreporter des pays de l’Est et gentleman voyou”, plaisante le photographe, mimant une pose de body-builder. Il couvre l’Union Soviétique, la Roumanie… Mais la collaboration avec la presse tourne court. “Je faisais toujours des reportages en douce, ça me rendait parano. Et les photographies faites dans ces conditions sont rarement brillantes”. A cette époque, il n’est pas non plus très à l’aise, dans un milieu composé surtout de “gros bras et de cowboy.”

Il réalise un certain nombre de portraits pour la presse. L’occasion de rencontrer des artistes et de se prendre de passion pour l’Art. “La plus libertaire des religions!” “Il a l’un des plus gros carnets d’adresse de Paris. Il est apprécié des artistes, et c’est suffisamment rare pour être souligné”, confie Helene Borraz, directrice éditoriale chez Thames & Hudson, son éditeur. A la même époque, il photographie les temples d’Angkor sous le joug Khmer Rouge. Là encore, c’est l’interdit qui l’attire. “C’est fabuleux d’être le premier dans un endroit. De montrer aux gens ce qu’ils ne voient pas”. Cette vision journalistique de la photographie, il l’assume, mais se décrit lui-même comme un “photojournaliste déçu, travaillant dans le champ documentaire”. Philippe Chancel a d’ailleurs été sollicité pour entrer à l’agence Magnum. “Mais ça a mal tourné. Officiellement parce que je suis trop vieux. J’avoue n’avoir rien compris à cette histoire”, regrette-t-il, encore blessé d’avoir été “instrumentalisé”.

La photo de presse : “Ça devient un peu n’importe quoi.”

La fierté de Philippe Chancel : DPRK. Un livre consacré à la Corée du Nord, pays isolé du monde dans lequel il réussi à entrer pendant près d’un mois, en 2005. “Je n’avais pas d’idée préconçue en arrivant là-bas. Simplement la volonté de présenter la réalité telle quelle.” Grâce à un contact haut-placé, et beaucoup de débrouillardise, il obtient l’autorisation de venir photographier. Mais suivi par un représentant du pouvoir. Il doit aussi faire valider ses photographies avant de quitter le pays. Paradoxalement, il finira même par dédicacer un exemplaire à Kim-Jong Il, numéro un Nord-coréen. “J’étais dans le Dictateur de Chaplin. Le résultat est une sorte de livre de propagande à l’envers. Pour eux, ce sont des photographies réalistes. Pour nous, elles deviennent totalement dénonciatrices.” Avec une vision frontale du quotidien, mettant en avant le culte de la personnalité, la mise en scène déployée, et l’obsession de combler le vide existant, il montre l’envers d’un décor en carton-pâte. “Un immense musée à ciel ouvert”. Le documentariste est saisi par la ferveur de la population. “A Cuba, ils ont cru au modèle. En Corée, ils y croient encore”. C’est cette atmosphère qu’il a essayé de rendre, avec succès : “Le bon documentariste n’est pas celui qui tente d’agir sur la réalité. Mais celui qui s’en imprègne.”

Son prochain projet ? Montrer la première dictature de l’argent. “Cela ressemblera beaucoup à DPRK, avec le même soucis de montrer la réalité. Je suis photojournaliste dans l’âme, toute ma pratique vient de là”. Aujourd’hui, il collabore encore à l’Express, Citizen K, Le Monde, le Sunday Telegraph ou Connaissances des Arts. Mais il avoue travailler de moins en moins pour la presse. “Récemment, j’ai fait un portrait pour un grand hebdomadaire. On a été jusqu’à me demander de retoucher les plis de son pantalon… Ça devient un peu n’importe quoi.” Le plus grand compliment que l’on puisse lui faire ? “Que mes photos sont justes, fidèles à la réalité.”

Alexis JACQUET



Philip Jones Griffiths, la mémoire du Vietnam

2 04 2008

Ses photos du Vietnam ont choqué l’opinion publique, au point de remettre en cause l’engagement militaire de l’Amérique dans le conflit. Philip Jones Griffiths était l’ancien président de Magnum. Il est mort d’un cancer le 18 mars dernier, à 72 ans.

Il a changé le cours d’une guerre. En 1971, Philip Jones Griffiths, un Gallois téméraire, expose pour la première fois l’horreur du conflit vietnamien à une foule médusée. Il retourne l’opinion publique américaine avec son livre Vietnam Inc. C’est pourtant dans une officine de Piccadilly Circus, à Londres, qu’il fait ses premiers pas de photojournaliste. Il travaille de nuit. Ses clients sont des junkies et des prostitués. Sujets occasionnels de clichés qu’il vend au Manchester Guardian.

Philip Jones Griffiths a changé le cours d'une guerreFini la pharmacie. En 1966, ce sera la guerre d’Algérie. Après avoir rejoint la célèbre agence Magnum, il part au Vietnam pour deux mois. Il y restera cinq ans. Sur place, les militaires américains, fiers d’exposer leur patriotisme, lui ouvrent toutes les portes. Mais l’œil du journaliste est sans concession. La violence des combats, la détresse des familles vietnamiennes et la désillusion des soldats américains sont fixés sur la pellicule. Sans mise en scène, mais sans fard. Et les légendes, description clinique des faits, servent son propos. “Personne, depuis Goya, n’a dépeint la guerre comme Philip Jones Griffiths”, dira de son travail Henri Cartier-Bresson. A tel point que la presse n’achète pas ses clichés.

Le photojournaliste ne se contente pas de couvrir le conflit.Peu importe, il en tirera un ouvrage : Vietnam Inc. “Un livre engagé. J’ai vu trop d’horreurs pour rendre un travail distancié”, explique-t-il au Monde, en 2001. “Je veux que le lecteur jamais ne ferme les yeux”. Il couvre aussi les conséquences économiques et culturelles de la guerre. Prostitution, enfants soldats, exportation du rêve américain à grand coup de cigarettes et de magazines pornographiques, Philip Jones Griffiths veut montrer les Américains “imposer au monde leur système de valeurs.”

Le livre est un succès. 40 000 exemplaires vendus en moins de trois semaines. Et les conséquences se font sentir dès la parution. L’opinion publique américaine, abasourdie, découvre la violence du conflit. Le président sud-vietnamien de l’époque interdit même au photographe de revenir sur place. Ce qui ne l’empêche pas d’y retourner plusieurs fois dans la clandestinité. Les conséquences à long terme de la guerre font même l’objet d’un nouvel ouvrage, en 2003, fruit de vingt ans de reportages. Agent Orange, du nom d’un herbicide utilisé par les GI’s pour détruire la végétation avant d’installer leurs campements. Malformations, handicaps lourds, les conséquences sur la population sont terribles.

Jusque dans les couloirs de l’agence Magnum, dont il prend la tête de 1980 à 1985, il défend sa vision engagée d’un photojournalisme de dénonciation : “une activité d’anarchistes”. Loin du monde de l’art dont s’est ensuite rapprochée l’agence.

Alexis JACQUET

 



John Schults, veilleur de l’actualité

18 02 2008

Photographe pour Reuters depuis 21 ans, John Schults est responsable du desk photo de l’agence britannique à Paris. Un travail qui l’accapare mais le passionne.

John Schults est un américain débordé. Le responsable du desk photo de Reuters France travaille plus de 10 heures par jours, depuis 21 ans. « C’est le plus excitant des postes que l’on peut occuper. Mais parfois, nous faisons 35 heures en une journée de travail », sourit-il avant de répondre au troisième coup de téléphone en dix minutes.

Un sobre pantalon noir. Une chemise bleu foncé, usée, dont il a relevé les manches jusqu’aux coudes. Un sac banane à la ceinture. Le photographe est un homme pragmatique, toujours prêt à partir en reportage. « Je passe plus de temps devant un écran ou à faire de la gestion que sur le terrain. Mais je reste photojournaliste avant tout. »

John Schults, l’éditeur photo de Reuters France.Son travail, « être au courant de tout ce qui se passe en France, et savoir comment réagir face aux évènements ». Son univers, au troisième étage du siège parisien de Reuters, Boulevard Haussmann à Paris, est tout entier tourné vers l’actualité. Le dos voûté devant son écran, il ne cesse de jeter des coups d’œil aux cinq écrans de télévisions qui diffusent les chaînes d’information en continu. La radio est branchée sur France Info 24h sur 24h, couvrant le bruit des téléviseurs.

Né près de New-York, dans le New Jersey (Etats-Unis), il ne rêvait pas de devenir photojournaliste. « J’ai fait des études de langues et de sciences. Je voulais même devenir professeur », se rappelle-t-il. Passionné de photographie, il arrive en France dans les années 80 et travaille comme pigiste pour les pages Week-end des quotidiens tels Libération, Le Monde ou le Herald Tribune. En 1986, il réalise ses premiers portraits pour Reuters, mais c’est l’actualité qui l’intéresse. « Le travail d’agence est grisant. Chaque jour diffère du précédent. On couvre tout, du sport à la politique, en passant par la culture ».

Devenu éditeur photo, il doit gérer le planning des cinq photographes parisiens, et des six pigistes présents dans les grandes villes françaises. Réagir à l’actualité chaude, mais aussi s’occuper de la logistique pour les projets prévus longtemps en avance. Dix mois de travail pour préparer le Tour de France. « Le cœur du travail est la réception des photographies. Je les mets dans un logiciel nommé MED (Media Editing Tool). Je les sélectionne, les traite si besoin, renseigne les informations attachées (auteur, contexte, légende) et les envoie sur le fil Reuters ». Aujourd’hui, des photographies prises lors de la visite de Nicolas Sarkozy à Doha, du procès de l’Arche de Zoé, ou de François Fillon en Corse après un attentat nationaliste. « Nous traitons uniquement l’actualité nationale ayant un intérêt international. »

Entre deux explications, le téléphone ne cesse de sonner. « Il est impossible de réunir toute l’équipe dans une même pièce. » Alors 90% des conversations se font par téléphone.

« Pour sélectionner les images, il faut surtout réfléchir à la façon dont les journaux vont les utiliser. En terme d’efficacité, de format, ou d’angle. C’est un travail de journaliste : recevoir l’information, la vérifier, la traiter, et la diffuser. » Le plus important étant la neutralité. « Nous avons 3500 clients à travers le monde. Nous devons donc fournir une image utilisable à Paris, Tokyo, ou dans l’Ohio. Pour cela, nous devons rester des témoins, et laisser le client prendre une position éditoriale ».

La question de l’objectivité, il l’a personnellement mise à l’épreuve. En 2003, il a passé cinq semaines « embedded » sur les bateaux de la Navy, au début de la guerre en Irak. « Les choses ont évolué depuis le Vietnam, où l’on avait carte blanche. Les militaires ont appris a contrôlé l’information. » Spécialement désigné par le Pentagone pour embarquer sur l’USS Abraham Lincoln, un porte-avions nucléaire, il rejette toute accusation de parti pris. « Vous ne bénéficiez pas d’une liberté totale, mais vous avez une certaine marge de manoeuvre. Et puis sans cela, pas de photos. »

Comme s’il n’était pas assez investi dans son métier, John Schults donne aussi des cours dans une école de photographie parisienne. « Pour leur déconseiller de faire ce travail vraiment trop encombrant », plaisante-t-il.

Alexis JACQUET



Olivier Jobard, l’œil engagé

2 01 2008

Photographe impliqué, Olivier Jobard tient pourtant à garder son statut d’observateur. Un paradoxe qui caractérise autant le lauréat du Grand Prix 2007 du Festival du scoop d’Angers que son travail.

Olivier Jobard, Grand prix du festival du scoop d’Angers 2007“Je ne crois pas être meilleur qu’un autre », répète Olivier Jobard. Pourtant, à seulement 37 ans, le photographe de l’agence Sipa a su imposer sa marque dans le monde du photojournalisme. Prix Paris Match du reportage photographique, World Press Photo 2005 ou Visa d’Or News. Les prix s’accumulent, mais ce faux jeunot à l’œil acéré n’aime pas parler de lui. « Je ne connais pas ma réputation. Et à vrai dire, je m’en fous. Seuls les sujets de mes photos comptent ».

Frôler l’Histoire. En 1992, Olivier Jobard quitte prématurément l’École Nationale Supérieure Louis-Lumière où il étudiait depuis un an, pour entrer à l’agence de presse Sipa. « Une seule chose m’attirait depuis toujours : le photojournalisme ». Les débuts ne se révèlent pourtant pas grisants. « J’avais une mobylette et j’étais toujours disponible. Malheureusement mes missions se limitaient aux chats écrasés », raconte le journaliste, un sourire en coin. La banlieue sera le déclic. « Personne ne voulait le faire, mais ça me plaisait. » Déjà, la couverture de l’actualité n’est pas sa priorité. « C’est un travail stimulant, car on a l’impression de frôler l’Histoire. Mais après avoir couvert de nombreux événements éphémères, et au final sans grand intérêt, je me suis lassé », se rappelle-t-il. Sa volonté d’aller au fond des sujets le pousse irrémédiablement vers le documentaire.

La meute des journalistes. Son ambition : « Montrer ce que l’on n’a pas l’habitude de voir. Quitter la meute des journalistes. » Ainsi, il couvre le conflit du Darfour dès 2004. La même année, il est l’un des premiers photographes à entrer dans Falloujah, ville irakienne assiégée par l’armée américaine. Malgré tout, son thème de prédilection reste l’immigration, sujet approché en 2000, lors d’un reportage au centre de Sangatte (Pas-de-Calais). « J’y ai retrouvé les réfugiés de tous les conflits que j’avais couverts. Et c’était en France. Ça a déclenché tout le travail qui continue à m’occuper jour et nuit aujourd’hui », explique Olivier.

Kingsley, son oeuvre phare. En 2004, il part en reportage au Cameroun avec une idée en tête : mettre un visage sur le mot immigré. Un sujet qui deviendra l’œuvre phare de son parcours. Pour cela, il rencontre Kingsley, un maître-nageur de 23 ans, candidat à l’exil vers l’Europe. « Ce n’était pas sa première tentative, il avait de l’argent et préparait déjà son voyage. Le projet était crédible ». Olivier met un point d’honneur à ne pas être le déclencheur du départ. Il tente de garder sa position d’observateur. Avec plus ou moins de succès. « Le simple fait d’être là modifie les comportements et les événements », déplore le photographe. Il finit même par accepter de garder l’argent de Kingsley. « C’était donnant-donnant. Il ne prenait pas le risque d’être volé. Moi, j’étais sûr qu’il me rappellerait si nous nous perdions de vue », détaille-t-il sans regret. Si la relation était basée sur un intérêt réciproque, elle a rapidement évolué. « Aujourd’hui, c’est un petit frère, à la mode africaine. Nous sommes liés à jamais par ce que nous avons vécu », précise le journaliste, sans rentrer dans les détails.

Naufrage du bateau. Olivier Jobard a suivi Kingsley pendant son périple de six mois pour atteindre l’Europe. Six mois d’incertitude, d’épreuves et de risques. Les deux hommes traversent ensemble le Cameroun, le Nigeria, puis le Niger. Après avoir franchi le désert du Sahara, ils atteignent l’Algérie. Et enfin, le Maroc. Là, au bout d’une interminable attente, Kingsley embarque sur une frêle barque de passeurs de clandestins, pour atteindre les Canaries. Olivier l’accompagne. Sans aucune hésitation. « Le risque n’avait aucune importance. Ce genre d’occasion ne se refuse pas », répète-t-il, toujours aussi impliqué, trois ans après le documentaire. C’est un échec. Le bateau chavire à moins de 300 mètres de la côte. Sur la plage, le journaliste prend trois clichés. « J’étais tremblant. Il faisait nuit noire. Mon appareil était couvert de sable. Mais je devais faire ces photos », explique-t-il en mimant la scène, marqué par les souvenirs du naufrage. Et pour cause. Deux personnes sur les trente-cinq clandestins se noient ce jour-là. « On ne s’en est pas rendu compte tout de suite. Mais de toute façon, la question n’est pas : je fais une photo ou je sauve quelqu’un. Tout se passe trop vite. On ne réalise pas. »

Mourir dans les cinq minutes. Nouvelle tentative dix jours plus tard. Concluante, cette fois. Après dix-huit heures de mer, ils sont arrêtés par la Guardia Civil, à 10 miles des Canaries. « Dans le bateau, je n’ai pas vu le temps passer. On ne pense pas à ça lorsqu’on a de l’eau jusqu’aux genoux et qu’on pense mourir dans les cinq minutes », plaisante Olivier, avec ce détachement de façade qui le caractérise.

Kingsley dans un Klapisch. Kingsley, après être arrivé en Espagne puis en France, obtient un titre de séjour en 2005. Il tiendra même son propre rôle dans « Paris », un film de Cédric Klapisch, dans les salles le 20 février 2008. Olivier, lui, tient son nouveau sujet. Repartir avec un immigré clandestin. « Cette fois, entre l’Equateur et les Etats-Unis. »

Une partie du documentaire “Kingsley’s crossing” est visible sur le site MediaStorm.

Alexis JACQUET



Etre photojournaliste israélienne en Palestine

12 12 2007

Karen Manor est Israélienne. Et lutte contre la politique de son pays. Malgré un travail exemplaire en terme de photographie, la nuance entre photojournalisme et propagande est ténu.

“Il ne faut jamais croire ce que les médias racontent. Y compris moi”, lance Keren Manor. La photojournaliste israélienne sait de quoi elle parle. Elle même avoue ne “pas croire à l’objectivité”. Son travail le confirme.

Karen Manor réalise des photographies percutantes et engagéesProduit du système éducatif israélien, l’habitante de Tel-Aviv a commencé à remettre en cause les vérités apprises, après avoir rencontré des Palestiniens. “J’ai longtemps vécu dans l’ignorance. On m’a appris à détester un ennemi sans visage. Un poseur de bombes déshumanisé”, explique-t-elle. Le choc se produit lors d’une manifestation à Bil’in, un village palestinien érigé en modèle de résistance contre l’implantation par Israël d’un mur de séparation entre les deux territoires. “Ma curiosité de photojournaliste a été attisée. Lorsque je suis arrivée, il est devenu clair que je devais m’impliquer”, se rappelle-t-elle. Son engagement est clairement affiché. “Je trouve que c’est la responsabilité du citoyen israélien de résister aux crimes du gouvernement et de l’armée de notre Etat.”

Un cliché du collectif ActivestillsLorsqu’on la questionne sur son objectivité, la réponse est claire. “Je suis à la fois photojournaliste et directement impliquée dans la lutte. Mon objectif est d’utiliser la photographie comme un outil pour changer ce que les gens pensent.” Dans quel but ? Pousser ses interlocuteurs à aller voir sur place ce qui se passe. “Je ne milite pas pour le nationalisme palestinien. Mais si je vous donne envie d’aller en Palestine pour vous faire votre propre idée, j’aurais gagné.”

Comme elle, plusieurs photographes engagés autour du mouvement pro-palestinien ont créé le collectif Activestills pour se poser en alternative aux médias majeurs. “Il n’y a pas de place pour nos photos dans les médias israéliens. Alors nous nous servons des médias alternatifs : expositions de rue, galeries ou Internet, avec le site d’Activestills. Une tentative pour renverser le “cercle vicieux” qu’elle dénonce. “Les israéliens ne veulent pas voir la vérité, alors les médias ne la leur montrent pas.”

Alexis JACQUET



Alain Genestar : « Polka, une tribune pour le photojournalisme »

24 11 2007

Alain Genestar, ancien patron de Paris MatchLe 15 novembre, Alain Genestar, ancien patron de Paris Match, a lancé Polka, un magazine dédié au photojournalisme. Particularité de l’initiative, les photographies publiées dans le magazine sont aussi déclinées sur un site internet et à la galerie Espace W (44 rue Lepic, dans le 18e arrondissement de Paris). Alain Genestar explique sa démarche.

Comment est né le projet Polka Magazine ?
Alain Genestar : A l’origine, je partage une passion pour le photojournalisme avec certains de mes proches. Nous nous sommes dit : “Il y a quelque chose à faire”. Nous ne voulions pas nous contenter d’une galerie. D’où l’idée de créer Polka Magazine. Une tribune pour ceux qui photographient le monde afin d’en rendre l’image la plus juste possible. Chaque numéro de Polka Magazine publiera des photographes reconnus. Car les jeunes ont besoin d’eux pour se faire connaître. A l’inverse, les plus anciens apprennent beaucoup de l’écriture parfois moins maitrisée mais tout aussi intéressante des novices.

Pourquoi avoir décidé de diffuser Polka sur trois supports : dans un magazine, un site Internet et une galerie ?
A.G : L’objectif affiché du site Internet est de toucher le plus grand nombre. Mais cela reste virtuel. Nous voulions que le projet existe concrètement avec la galerie et le magazine. Chaque média est le miroir de l’autre et fait sa promotion, en quelque sorte.

Est ce que ce n’est pas un projet risqué ?
A.G : Il existe une crise du photojournalisme. Mais les magazines n’adoptent pas la bonne riposte en pensant que l’image doit quitter le papier. C’est un média essentiel, en particulier avec la montée de l’image mobile et d’Internet. Plus il y a d’images, plus nous avons besoin de l’image fixe.

Quel est l’objectif sur le long terme ?
A.G : Tout d’abord, être rentable (rires). Il faut se lancer dans des aventures dont on peut vivre. La prochaine étape sera de produire nos propres sujets en aidant les photojournalistes à réaliser leur projets. Techniquement parlant, j’espère passer un jour au format mensuel (actuellement trimestriel, ndlr) qui permet de créer un vrai rendez-vous avec le lecteur.

La maquette de Polka est affichée à la Galerie WLe fait d’exposer des photojournalistes dans une galerie ne risque-t-il pas de transformer leur travail en objet d’art ?
A.G : La question se pose, effectivement. La priorité du journalisme est de traiter le monde et l’actualité. Celle d’une galerie, de vendre. Mais ce n’est pas contradictoire. La plupart des photojournalistes produisent des travaux capables de répondre aux deux attentes. Le meilleur exemple reste Cartier-Bresson, qui est l’un des pères de la profession mais se vend très bien. Et ses photographies ne perdent rien de leur qualité informative dans la vente. D’une manière générale, le photojournalisme n’est pas sordide. Les images peuvent intéresser les collectionneurs autant que les lecteurs. C’est une des solutions à la crise actuelle.

Vous avez choisi d’exposer les travaux de Gérard Rancinan, photographe reconnu, mais dont la spécialité reste le studio. Quel rapport avec le photojournalisme ?
A.G : Le but était clairement de provoquer (rires). Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ces photos en studio sont très proche de l’actualité. Tous les tableaux représentent des faits-divers pour lesquels il n’existe pas de photographies, mais qui ont largement inspiré la litterature et le cinéma. Je pense que le fait-divers fait partie intégrante de l’actualité et ces photos les représentant sont donc d’actualité.

Polka - Paris Match, quelles ressemblances, quelles différences ?
A.G : Il n’y a pas de comparaison possible entre un journal qui vend plusieurs centaines de milliers d’exemplaires et notre publication qui n’est même pas en kiosque. Le photojournalisme est notre point commun. La périodicité de Polka oblige à s’éloigner de l’actualité. Mais ce n’est pas négatif. Nous traitons des sujets qui en disent long sur notre société, à défaut de traiter l’actualité en elle-même. D’où les sujets sur la Chine, et sur les adolescents, présents dans l’exposition actuelle. L’actualité n’est pas notre premier critère, mais elle nous rattrapera forcément.

Paris Match est cité dans l’éditorial de Polka. Est-ce que ce n’est pas une revanche, après votre départ forcé de cette rédaction que vous avez dirigé 7 ans ?
A.G : Rien à voir avec une revanche. Autant aborder la question franchement dès l’édito pour montrer que ce n’est pas un tabou. Mon départ a été difficile mais j’ai encore beaucoup d’amis là-bas. Même Olivier Royant, qui m’a remplacé, a longtemps été mon adjoint. Paris Match m’a permis d’acquérir une culture et une passion du photojournalisme. Puisque le métier est en période de crise, j’essaie moi aussi de me servir de cette expérience pour me rendre utile. Gagner sa vie en servant à quelque chose, il n’y a rien de mieux.

D’où vient le nom Polka ?
A.G : Nous cherchions à donner un nom international. Et je ne voulais pas d’un nom trop banal contenant photographie. Pour être franc, Polka est le nom de la chienne de ma fille (rires). Mais ça sonne bien non ?

Propos recueillis par Alexis JACQUET

Plus d’informations et d’images sur le site de la galerie Espace W et sur le site de Polka.