Bollendorff a enquêté sur la Chine “à marche forcée”
14 06 2008Paysages souillés par la pollution, conditions de travail inhumaines et désespoir des déplacés, Samuel Bollendorff a photographié les coulisses du “miracle économique chinois”. Une exposition visible à la Maison des métallos.
En 2007, la Chine est devenue la troisième puissance économique mondiale. Mais le “miracle économique chinois” a un prix. Cette course à la croissance est sans concession pour ceux qui la subissent. Notamment pour les 500 millions de paysans chinois, dont les trois quarts vivent en dessous du seuil de pauvreté. Ils migrent à l’intérieur de leur propre pays et deviennent des “Migongs”, des ouvriers migrants sans contrat de travail et sans droits, qui aliment les mines de charbon, les grands travaux et les fabriques des multinationales.
C’est le portrait de ces “oubliés de la croissance chinoise” que dresse le photographe Samuel Bollendorf. Jusqu’au 20 juin, il expose son travail à la Maison des métallos, au cœur du quartier chinois de Paris. En novembre 2005, le photographe du collectif l’Oeil Public était l’invité d’un voyage officiel au Xingjiang. Une belle occasion de redorer le blason du pays avant les Jeux olympiques de 2008. Une visite guidée sous surveillance militaire, en présence de faux journalistes et de M. Chen Xialoin, du Bureau d’information d’Etat, venu spécialement de Pékin pour jouer les baby-sitter. Bollendorf, visa de touriste en poche, y est retourné une dizaine de fois.
Le parti pris du photographe est frappant : utiliser des témoignages, des histoires symptomatiques, pour raconter la Chine. Comme celle de M. Wang, qui a perdu une jambe à la mine. Sans indemnités, et sans travail, il survit en volant du charbon. Plus de 100 kg par jour, qu’il vend à ses voisins pour quelques euros par mois. Celle, aussi, de Mme Qi, 60 ans, qui ramasse sur la route les restes d’hydrocarbures et autres produits toxiques. Et les brûle pour se chauffer et cuisiner. Elle continue d’affirmer qu’ici, “il n’y a pas de pollution, sinon le bureau de l’environnement nous aurait prévenu”. Devant chez elle, les rues sont souillées, assombries, noircies par le charbon et le ciel est devenu opaque à cause de la pollution.
Dans ces photographies, l’expression “ateliers du monde” pour qualifier la Chine prend tout son sens. Mickey, Spiderman et Barbie sont assemblés par des millions d’ouvrières chinoises. Elles ont entre 16 et 25 ans, travaillent 12 heures par jour et 7 jours sur 7 pour 30 euros par mois. Dans les fabriques à l’alignement martial, elles suffoquent sans gants ni masque dans une chaleur étouffante et une odeur permanente de solvant et de vernis. Si elles s’évanouissent, on retient leur temps d’arrêt de travail sur leur salaire.
Les tirages de l’exposition ont un grain très particulier, décevant par rapport à la qualité des images et des textes. Mais les histoires racontées justifient le déplacement. “Ton fils était si mauvais que l’on a vendu ses organes”. C’est avec ces paroles que Chen YongZhong a appris la mort de son fils, lorsque la police locale est venue lui présenter la facture de 5 euros. Le prix de la balle qui a servi à le mettre à mort. Il était condamné pour avoir participé à des émeutes.
La pollution tue aussi. Certaines villes, à quelques kilomètres des futures pelouses des JO, connaissent un taux de cancer 25 fois supérieur à la normale. Li Xiadong, par exemple. Il a 6 ans et est atteint d’un cancer du sang. Il est allé jusqu’à Pékin pour porter plainte mais n’a touché que 100 euros. Pas assez pour s’offrir un traitement, ni même de l’eau minérale. Alors, lui et sa famille continuent de boire l’eau contaminée du village.
Voir le diaporama de l’exposition.
Alexis JACQUET
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