Quelle est la relation entre les juges et la prison ? Pour répondre à cette question, Prison Blog a rencontré Philippe Vigier, ancien juge d’application des peines, responsable de la formation application des peines à l’Ecole Nationale de la Magistrature à Bordeaux.
Prison Blog : Comment sont sensibilisés les futurs magistrats aux questions pénitentiaires ?
Philippe Vigier : Durant leur deux ans de formation, les étudiants doivent faire un stage obligatoire dans un établissement pénitentiaire. Les suites de l’affaire Outreau ont conduit à revoir la formation des magistrats, en accentuant les enseignements sur les droits de la défense et des avocats. Le module spécifique à ces thèmes est passé de deux à six mois avec une enveloppe inchangée. Il a fallu réduire ailleurs. Le stage pénitentiaire en a fait les frais et les étudiants ne passent plus qu’une semaine en prison dans la peau d’un surveillant. Lire la suite »
Déjà lors de la présentation du projet de loi en Conseil des ministres le 28 novembre, les détracteurs à la rétention de sûreté avaient appelé au rassemblement contre le texte de Rachida Dati. L’opposition n’est pas parvenue à empêcher le vote du projet de loi, présenté en urgence à l’Assemblée. Le texte sorti de l’hémicyle a même été durci par quelques amendements. Il concerne les criminels les plus “dangereux” condamnés au minimum à 15 ans d’emprisonnement pour des délits sexuels sur mineurs, ou pour des crimes particulièrement “odieux” (actes de barbarie…).
En pratique, le juge au moment de la condamnation devra inscrire à la peine la possibilité d’évaluer la dangerosité d’un détenu un an avant sa sortie, une mesure basée essentiellement sur une expertise psychiatrique. Si le détenu est considéré comme dangereux, il pourra être retenu dans un centre médicosocial pour une durée indéterminée. Sa situation sera réexaminée tous les ans.
“Une remise en cause du droit”
A gauche comme à droite, de nombreuses critiques se sont levées contre ce texte. Pour Robert Badinter, il s’agit d’une remise en cause de l’esprit du droit français où la condamnation à la privation de liberté ne peut être établie que sur des faits commis et non une dangerosité potentielle. Reçu au journal de 20h de France 2 le 7 janvier, l’ancien Garde des Sceaux explique pourquoi il s’oppose au projet.
Quand la loi pénitientiaire promise et attendue verra-t-elle le jour?
C’est une question de plus en plus obscure. Initialement prévue pour décembre 2007 Rachida Dati annonçait son report pour une présentation éventuel au premier semestre 2008. (En attendant la loi pénitentiaire, Volume 1)
Lors la présentation de ses voeux le 7 janvier à la Chancellerie, la Garde des Sceaux a indiqué que la “modernisation du système pénitentiaire” est le troisième objectif de son ministère pour 2008, après la poursuite de la réforme de la carte judiciaire et de diverses dispositions pénales. Elle n’a pas préciser une date pour la présentation du projet de loi, alors que le calendrier de mise en place de la nouvelle carte judiciaire est déjà fixé.
La ministre de la Justice évoque vaguement les objectifs de la future loi pénitentiaire ” actuellement en cours de rédaction [qui] fixera le nouveau cadre de notre politique pénitentiaire” et permettrade “mieux prendre en compte la spécificité des missions du personnel de l’administration pénitentiaire”.
Au programme également de l’année 2008 en matière judiciaire : la révision du code pénal et la refondation de l’ordonnance sur les mineurs de 1945.
Pour l’ensemble de l’agenda du ministère je vous laisse écouter les voeux de Rachida Dati et vous présente par la même occasion les miens !
Etre femme en prison, c’est la délicate question posée par Arte ce soir, qui consacre son Thema à une soirée spéciale intitulée “Prisons de femmes”. La chaîne propose dès 21 heures trois documentaires pour décrire la situation des femmes incarcérees en France, en Allemagne et au Brésil. Au programme :
- “Je suis une meurtrière” , documentaire de 52 mn réalisé par Lutz G. Wetzel qui décrit “la prison au quotidien dans l’établissement pénitentiaire pour femmes” de Vechta en Allemagne
- “Elles parlent avec les poings” à 21h55, une enquête de Catherine Menschner pour étudier la détentions des mineures en comparant les situations françaises et allemandes où la majorité pénale n’est atteinte qu’à 21 ans
- “Les belles du pénitencier”, reportage de David Notman-Watt, Nicole Macheroux-Denaul à Rio de Janeiro où les brésiliennes incarcérées organisent un concours de beauté dans l’enceinte de la prison.
En France sur les 62 009 personnes incarcérées au 1er décembre 2007, 2 294 sont des femmes. Elles représentent 3,7% de la population carcérale.
Tous les jeudis, Yann Leglas joue au Trivial Poursuit. Avec des détenus. Depuis plus d’un an, cet étudiant en sciences politiques à Bordeaux de 23 ans est membre du Groupement d’étudiants national d’éducation aux personnes incarcérées (GENEPI). Avec ses camarades il intervient dans les prisons. Certains donnent des cours, d’autres proposent des activités sportives et ludiques. Calme, presque timide, le jeune homme a eu connaissance de cette action par une amie en droit déjà engagée. Séduit par « le discours construit » de l’association, il s’est intéressé à ce monde particulier de l’univers carcéral.
De sa première visite en prison, il retient des images : « Nous avons eu accès à tous les bâtiments, j’ai vu les quartiers disciplinaires, c’est hyper impressionnant. Pénétrer dans une prison, c’est entrer dans une ambiance, close par les grands murs d’enceinte, entendre les bruits des parloirs sauvages et des détenus qui hurlent, sentir les odeurs de bouffe, apercevoir quelques enfants dans la nurserie au travers des grilles du quartier des femmes. » Lire la suite »
Commentaires récents