Si le Goncourt m’était confié…
novembre 7th, 2007
Si le Goncourt m’était confié, je ne l’aurais pas attribué à Gilles Leroy. J’aime bien Alabama Song, je l’ai dit. Mais j’apprécie ce livre parce que j’aime F.S. Fitzerald, et pas l’inverse.
Non, le vrai Goncourt, moi, je l’aurais donné à un auteur qui n’en finit pas de passer à côté. Et c’est dommage parce que c’est encore une fois une occasion ratée d’encourager nos jeunes et brillantes plumes.
Olivier Adam publie A l’abri de rien aux éditions de l’Olivier.
Olivier Adam, c’est 5 romans à son actif, dont le plus que bouleversant Falaises (2004) et le Je vais bien, ne t’en fais pas, dont fut tiré le film éponyme.
photo olivier roller
A l’abri de rien, c’est sûrement une histoire qui, quelque part, nous parle à tous. C’est un récit qui se place à l’endroit exact où, à un moment, on « lâche » sa vie. Quand les couleurs et les odeurs, d’un coup, glissent entre les doigts, et qu’on laisse partir, parce que c’est trop difficile de se lever et de parler et de marcher et d’y croire tout simplement.
A l’abri de rien, c’est l’histoire d’une femme, de Marie ( !), dont le chômage, la maison Kaufman and Broad, les fins de mois difficiles, les blessures ravalées, la lassitude du couple et les enfants, pourtant si mignons, la font lentement glisser vers ce trou. Elle s’accroche, Marie, elle essaie. Elle commence par donner son temps à des réfugiés, les « Kosovars », qui traînent partout dans la ville (c’est Calais, ndlr), et puis son argent, et puis sa raison. Et puis elle s’y noie.
A l’abri de rien, c’est un bouquin qui pu le pauvre et les larmes au rimmel dans une R5 en bord de mer. C’est une écriture forte, peut être la plus belle (à mon avis, en tout cas) de cette génération. A la fois moderne mais juste. Cruelle mais précise. Lumineuse et terrible. Elle est portée par cet auteur, Olivier Adam, enfant de la balle et du 9.3, qui n’a pas peur de fouiller la merde de l’histoire contemporaine et des dérives de la société, et qui, dans une écriture modeste et radicale, dépeint avec grâce ces boules dans la gorge de certains matins, celles qui prennent au ventre et coupent les jambes.
Ca donne :
« Devant la maison d’en face, deux femmes discutent. Elles ont les cheveux courts ou rassemblés en queue de cheval, les jambes moulées dans ces caleçons qu’on trouve au marché le dimanche. Elles attendent que leurs enfants rentrent de l’école, leur homme du boulot. Je les regarde et ne peux m’empecher de penser : c’est ça leur vie, attendre toute la journée le retour de leurs gamins ou de leur mari en accomplissant des tâches pratiques et concrètes pour tuer le temps. Et pour l’essentiel, c’est aussi la mienne. Depuis que j’ai perdu mon boulot c’est la mienne. Et ce n’est pas tellement pire. Le boulot au supermarché c’était pas tellement mieux j’avoue. »

novembre 8th, 2007 at 12:49
[…] enfin une revue de la culture qui se permet de redonner les prix aux bons auteurs. Faut dire que la demoiselle s’est entrainée : elle contribue à une autre bousin où […]
novembre 11th, 2007 at 10:12
Si je ne connaissais pas Olivier Adam (je sais c’est nul), tu m’as donnée en un post une folle envie de le lire… Merci. Parce que si ce qu’il écrit est aussi beau que ce que tu écris, s’il saisit autant que tu le fais, ça ne peut attendre.
Tu me le prête?
novembre 14th, 2007 at 12:04
Eh ben, tu l’aimes bien, ce Olivier Adam…
février 2nd, 2008 at 4:19
I couldn’t understand some parts of this article , but I guess I just need to check some more resources regarding this, because it sounds interesting.