Là où je suis passée…

janvier 7th, 2008

Chers amis, Chères amies,

Séchez vos larmes. Je n’ai pas disparu. J’ai juste désobéis.

Si vous me cherchez vraiment, vous retrouverez mes remarquables (et remarqués) posts à  l’adresse suivante:

www.superconnasses.com 

ou, si vous n’aimez pas les mystères de l’anonymat, cliquez ici c’est un florilège des trucs écrits seulement par moi uniquement, je le jure.

Lisez, aimez, commentez, envoyez moi un fax, je prends tout.

Et mes voeux de gloire blogosphérique à tous.

novembre 25th, 2007

Figurant parmi les auteurs d’une tribune du Monde devenue pétition à succès contre l’opération du Louvre à Abou Dhabi, Jean Clair, ancien conservateur, commissaire d’exposition et essayiste, signe Malaise dans les musées, publié aux éditions Flammarion. Chronique au vitriol des dérives suicidaires des politiques culturelles contemporaines, il y dénonce, souvent avec violence, les ennemis de l’art.

c’était mieux avant dit-il.

« Ce petit livre est né d’un désenchantement », confie Jean Clair. Celui d’une culture française vendue à la banalisation de l’objet d’art, prête à faire du Louvre l’ « élément d’un gigantesque Beach Resort » aux Emirats Arabes Unis.
Parfois, l’indignation l’emporte sur la raison. Exemple, l’analogie entre la Shoah et la cession de la marque du Louvre : “céder un nom noble et singulier pour en faire une marque à des fins marchandes, c’est, toutes proportions gardées, appliquer à l’économie globalisée la logique des camps, lorsque le détenu, n’étant plus un homme, car seul un homme est digne de porter un nom, n’était plus désigné, dit Primo Levi, que par Null Achtzehn - être sans nom.”
Mi-puriste, mi-conservateur, nostalgique d’une époque où le musée était un lieu de « culte », il s’insurge contre les pics de fréquentation, les performances, l’art contemporain. Il fait appel à Saint Augustin, qui fonde le sentiment du divin dans l’appréhension du beau, et à Cioran, pour qui l’art console de « l’inconvénient d’être né ».

 

Aseptisés, dupliqués, côtés, pour Jean Clair, les musées sonnent le glas de leur propre mission : ils voulaient « exposer des œuvres à des fins de délectation », ils sont devenus les « Luna Park de l’histoire de l’art. »

Doit-on se réjouir si la fréquentation des musées a triplé et que les flashes crépitent quand même devant la Joconde?

Doit-on déplorer que des églises gothiques deviennent le lieu privilégié des performances new-wave de l’intrépide scène électronique  contemporaine?

Jean Clair ne hurle pas avec les loups, snobe le train de la modernité, défend une culture affranchie du Fouquet’s et des curateurs de tous poils. Jean Clair sent un peu la pipe et les bonnes vieilles règles de grammaire, respectées mais raillées, à l’heure ou “kiffer” est entré dans le dictionnaire.

 

Si le Goncourt m’était confié, je ne l’aurais pas attribué à Gilles Leroy. J’aime bien Alabama Song, je l’ai dit. Mais j’apprécie ce livre parce que j’aime F.S. Fitzerald, et pas l’inverse.

Non, le vrai Goncourt, moi, je l’aurais donné à un auteur qui n’en finit pas de passer à côté. Et c’est dommage parce que c’est encore une fois une occasion ratée d’encourager nos jeunes et brillantes plumes.

Olivier Adam publie A l’abri de rien aux éditions de l’Olivier.
Olivier Adam, c’est 5 romans à son actif, dont le plus que bouleversant Falaises (2004) et le Je vais bien, ne t’en fais pas, dont fut tiré le film éponyme.

Olivier Adam

photo olivier roller

A l’abri de rien, c’est sûrement une histoire qui, quelque part, nous parle à tous. C’est un récit qui se place à l’endroit exact où, à un moment, on « lâche » sa vie. Quand les couleurs et les odeurs, d’un coup, glissent entre les doigts, et qu’on laisse partir, parce que c’est trop difficile de se lever et de parler et de marcher et d’y croire tout simplement.

A l’abri de rien, c’est l’histoire d’une femme, de Marie ( !), dont le chômage, la maison Kaufman and Broad, les fins de mois difficiles, les blessures ravalées, la lassitude du couple et les enfants, pourtant si mignons, la font lentement glisser vers ce trou. Elle s’accroche, Marie, elle essaie. Elle commence par donner son temps à des réfugiés, les « Kosovars », qui traînent partout dans la ville (c’est Calais, ndlr), et puis son argent, et puis sa raison. Et puis elle s’y noie.

A l’abri de rien, c’est un bouquin qui pu le pauvre et les larmes au rimmel dans une R5 en bord de mer. C’est une écriture forte, peut être la plus belle (à mon avis, en tout cas) de cette génération. A la fois moderne mais juste. Cruelle mais précise. Lumineuse et terrible. Elle est portée par cet auteur, Olivier Adam, enfant de la balle et du 9.3, qui n’a pas peur de fouiller la merde de l’histoire contemporaine et des dérives de la société, et qui, dans une écriture modeste et radicale, dépeint avec grâce ces boules dans la gorge de certains matins, celles qui prennent au ventre et coupent les jambes.

Ca donne :

« Devant la maison d’en face, deux femmes discutent. Elles ont les cheveux courts ou rassemblés en queue de cheval, les jambes moulées dans ces caleçons qu’on trouve au marché le dimanche. Elles attendent que leurs enfants rentrent de l’école, leur homme du boulot. Je les regarde et ne peux m’empecher de penser : c’est ça leur vie, attendre toute la journée le retour de leurs gamins ou de leur mari en accomplissant des tâches pratiques et concrètes pour tuer le temps. Et pour l’essentiel, c’est aussi la mienne. Depuis que j’ai perdu mon boulot c’est la mienne. Et ce n’est pas tellement pire. Le boulot au supermarché c’était pas tellement mieux j’avoue. »

SWEET HOME FITZGERALD

novembre 5th, 2007

Alabama Song, dernier roman de Gilles Leroy, a reçu aujourd’hui le prestigieux Prix Goncourt 2007.

Sous forme de journal, cette biographie fictive remet un couple mythique mais méconnu sur le devant de la scène.

L’ouvrage est contestable: s’emparer d’une légende, se l’ approprier de manière douteuse (F.S. Fitzgerald en homo refoulé et Zelda en hystérique schizophrène, c’est un peu rapide), saupoudrer le tout de poudre de perlimpinpin  et d’une plume à la mode, et hop!, un Goncourt, c’est pour le moins léger.

En même temps, il a l’avantage de rappeler à quel point ce duo-duel est passionant, et à quel point il FAUT lire Fitzgerald.

« Les hommes remarquables frôlent constamment le bord du précipice »

Tendre est la nuit

Combien sommes-nous à avoir eu la chance de découvrir, ados, entre l’ Attrape-Coeur et Bonjour Tristesse, les petites merveilles de F. Scott Fitzgerald ?
Combien sommes-nous à nous être rêvées en Rosemary, à avoir littéralement fantasmé sur Dick, jurant corps et cris que nous aussi on aurait un mari comme ça, à avoir tremblé pour Nicole et puis pleuré pour ce superbe dandy du feu de Dieu qu’est Robert Redford dans l’adaptation de Gatsby ?

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Car Fitzgerald, c’est cela: un avant goût de débauche et de perte, mais aussi de luxe, d’ euphorie, de rêve. De l’art de détruire sa vie en essayant de la construire. De la manière de perdre une femme en croyant la chérir. Or, cette précision du sentiment, cette représentation si juste et si sublime de la « génération perdue » n’est pas due au hasard.
C’ est dans sa vie exactement que Fitzgerald a puisé tout son matériaux romanesque. Et sa vie, justement, combien sommes-nous à la connaître ?

C’est peut être de cette question (ou de sa réponse) que part le roman de Gilles Leroy, Alabama Song (Mercure de France).
C’est en tout cas sur quoi il repose. Mais autant le savoir d’emblée : si les ressemblances ne sont certes pas fortuites, Alabama Song relève malgré tout de la fiction. Gilles Leroy l’envisage sous un angle plutôt original. Il se glisse, le temps de ces 200 pages, dans la peau de Zelda Sayre, épouse malheureuse de Fitzgerald, pour raconter sa chute progressive, le manège infernal dont elle ne su pas se sortir, ce tourbillon de pimpant et de terrible.

En vrai, on sait à peu près cela : Fitzgerald est un gosse de pauvre décidé à réussir, et même, à devenir LE plus grand écrivain de sa génération. Il rencontre Zelda, fille d’un juge dans l’Alabama, qu’il épouse après bien des difficultés. Ils mènent alors une vie débridée et légère comme une bulle de champagne. Ils voguent d’Antibes à Rome, de New York à Juan les Pins, ils donnent des fêtes somptueuses, s’aiment et se trompent, boivent, beaucoup, énormément, sombrent dans l’alcoolisme pour lui, dans la schizophrénie pour elle.
Leroy garde cette toile de fond, mais explore plus en détail la personnalité de Zelda, qui fut, il faut le dire, largement écrasée par celle de son illustre époux. (Lire, absolument, La mort du papillon). Il y raconte -imagine, who knows? - la lutte terrible et désespérée qu’elle a mené, en vain, pour trouver sa place dans tout ce fame et ce fake. Ce qui lui permet de dresser par la même occasion une fresque délicate, poétique et sensible des années 1920, aux USA et à Paris. Plongeon assuré dans le gouffre que la mondanité et l’excès ouvrent souvent sous les pas des êtres ambitieux et fragiles dont la démesure du rêve éloigne parfois cruellement de la violence du réel.

Alabama Song, c’est donc un peu l’histoire de Zelda et beaucoup celle de l’amour en général; comment on croit que ce sera et comment on comprend que ça l’est pas du tout.
C’est l’histoire de beaucoup de vies aussi : celles du faste qui s’étiole, des fleurs qui se fânent avec le temps, des sequins qui tombent des robes, les uns après les autres, et qu’on ramasse après le bal, et qu’on garde dans des petites boîtes comme autant de preuves de ce qui fut, un jour, jadis, l’histoire de nos jeunesses perdues.

« « Ne m’oublie pas » : n’est ce pas la vérité, au fond ? On boit pour se souvenir autant que pour oublier. Avers et revers d’une même médaille, pas glorieuse, qui s’appelle le malheur. » (Alabama Song, Gilles Leroy)

 

« J’ai longuement exposé au magistrat moisi que je dois appeler Père le détail de vos premiers revenus dans les journaux et chez les publicitaires, de sorte qu’il ne puisse me promettre que je courais à un destin de misère. Cet homme, sa nuisance, c’est pas croyable.” (Alabama Song, Gilles Leroy)

 

« Puis ce gros lard est entré dans notre vie. L’amateur de corridas et de sensations fortes. L’ecrivain le plus pute de la gloire montante de notre pays » (Alabama Song, Gilles Leroy)

 

« Nous appelons Nuit la privation du goût dans toutes les choses » (St Jean de la Croix, in Tendre est la Nuit)

 

« J’ai abandonné ma capacité d’espérer sur les petites routes qui menaient au sanatorium de Zelda. » (Journal de F.S. Fitzgerald)

 

« 21 décembre 1940. No God today. No sun either. My Goofo died » (Journal de Zelda)