MERCI GUITRY
novembre 1st, 2007
J’ai assez peu d’amour pour les rétrospectives. Le côté « voici un homme, de A à Z, ce qu’il fut ce qu’il fit et ce n’est pas discutable », je trouve que c’est parfois pénible et lourd.

Sacha Guitry, soyons clairs, ne m’est pas le cinéaste, homme de théâtre, acteur, dessinateur ou que sais-je encore le plus familier du monde. Mais pour l’inauguration de l’exposition Sacha Guitry , une vie d’artiste mercredi 17 octobre, l’émission Tout Arrive de France Culture s’offrait une visite guidée exclusive avec Serge Toubiana, directeur de la Cinémathèque Française, et Jacques Nolot, dont le film, Avant que j’oublie – superbe, soit dit en passant- sortait le même jour. L’occasion était trop belle pour ne pas en profiter. J’ai donc suivi Arnaud Laporte et Antoine Guillot à la conquête de Sacha Guitry. Et les rétrospectives, surtout quand elles ne sont pas trop grandes, c’est bien.
Il y a plusieurs raisons d’y aller. D’abord, parce que c’est fait tout en finesse. Toubiana confesse : « C’est prétentieux de monter une expo Guitry. Il s’est déjà tellement et si bien montré lui-même ».
Du coup, grâce est rendue à cet homme de lettres, homme à femmes, homme d’esprit, homme tout court. Pas de discours didactique. Pas de parcours infantilisant de type : ce qu’il faut savoir, ce qu’il faut aimer, etc.
A commencer par la petite vidéo qui fait l’ouverture de l’expo et qui vaut à elle seule le déplacement. Elle fut tournée le jour de ses 70 ans, le 21 février 1955. Autobiographie express, il y raconte sa vie par tranches de 10 ans, à mesure qu’il souffle ses bougies. Et finit par ces mots : « 21 février 1885. Il ne s’agissait pas de rater mon entrée. Quand j’ai vu ma mère, j’ai su que la vie était belle. » Le reste de l’expo s’attache à le prouver.
Il faut donc y aller pour retenir son souffle en découvrant le cénacle d’artistes qui l’entoura dès ses premiers pas. Son père d’abord, Lucien, et puis Cocteau, Colette, Rodin, Yvonne Printemps qui fut sa femme, etc.
Pour les photographies aussi, qui permettent d’admirer ses looks, mariage de décontraction moderne et de distinction XVIIIème,et les poses de ses nombreuses épouses assorties, toutes véritables icônes de l’élégance parisienne.
Enfin, et surtout j’imagine, il faut y aller pour le laver de toutes les offenses dont il a été victime, les cinéphiles lui refusant encore sa place dans la filmothèque idéale.
Pourtant, il avait vu dans le cinéma un moyen moderne de voyager, et il a utilisé cet outil en véritable visionnaire.
Dans Bonne Chance notamment, où il a recours à la voix-off, quelques 29 ans avant la pseudo-révolution godardienne de Pierrot le Fou.
Visionnaire aussi lorsqu’en 1916 il décide de filmer les copains artistes de son père en pleine action. Ces petits formats Super8 sont des perles. Sarah Bernhardt, Rodin, Capus l’écrivain et surtout Monet dans son atelier de Giverny, stupéfiant, que j’ai regardé en boucle pendant dix minutes. Guitry père du documentaire ? C’est possible…
Visionnaire rétrograde enfin lorsqu’il se sert du cinéma pour sauver un peu de son XIXème siècle adoré. Ok, ok, Si Versailles m’était conté n’est pas la plus grande prouesse de l’histoire de la pellicule. En même temps, le casting fait encore pâlir plus d’un chasseur de têtes. Jean Marais, Orson Welles, Jean-Pierre Aumont, Brigitte Bardot, Edith Piaf, Jean-Louis Barrault, Bourvil, Mary Marquet, Gérard Philippe, Micheline Presle, Tino Rossi, Annie Cordy (Annie Cordy putain !!!) et j’en passe… A côté de ça, qui dit mieux ? Même Coffee and Cigarettes, que je vénère absolument, sombre dans le dilettantisme.
Il faut aller voir « Sacha Guitry, une vie d’artiste » parce qu’en sortant, on croit à nouveau que la liberté existe, et qu’elle fait l’art, et que l’art, c’est cool.
SEB PONS SQUATTE L’ISSUE
octobre 29th, 2007
Bkrw.com, alias Black Rainbow Extraordinaire Magazine, incontournable webzine de la culture urbaine, fête son premier anniversaire avec la belle expo INVOCATIONS de son DA Sebastien Pons à L’Issue, jeune et jolie petite galerie.
Souvenez-vous, le 38 de la rue Quincampoix : Facteur Céleste, espèce de magasin associatif de type commerce équitable des pauvres qui fabriquent pour les riches. Eux, c’est fini. Et à notre grande joie, puisque c’est L’Issue qui prend le relais…………
. . . . . . . . . . . . Ce qui est très chouette à l’Issue, c’est que c’est un lieu comme il en faudrait plein, avec de l’enthousiasme et des projets dans tous les sens. Avec un mot d’ordre, « Travailler plus, mais juste pour le plaisir », me dit PY, maître des lieux. Ca donne un lieu d’exposition qui conjugue la création à toutes les formes : un studio son avec artistes en résidence pas piqués des hannetons, bientôt de l’édition et de la vente de disques, des ateliers pour les enfants, un petit café comptoir et quelques canapés chill-out… Bref, tout pour se dire que l’art, c’est cool.
Il faut donc y aller, et avant le 4 novembre , parce que Seb Pons déballe ses all over (Procédé qui conduit à une répartition plus ou moins uniforme des éléments picturaux sur la totalité de la surface du tableau qui semble se prolonger au delà des bords, éliminant ainsi le problème du champ, ndlr) A la croisée des chemins de la BD, du street art, de la calligraphie japonaise et de l’abstraction américaine surgissent des personnages graphiques et frénétiques, des formes entêtantes et des couleurs acidulés.
Explications :
« J’ai commencé les all over quand j’étudiais à Sup Info Com. Je noircissais des formats A4 entiers de moutons. Le côté brouillon, croquis, me changeait du travail sur ordinateur, et puis j’ai voulu dessiner tous les moutons possibles. Ensuite, je suis passé à la spirale. Je ne faisais que des spirales. »
Monomaniaque, le garçon?
« Un peu, reconnaît-il, mais j’ai surtout du plaisir dans l’abstraction, quand les yeux circulent. Ici, les personnages sont un prétexte. Ce qui compte, c’est la logique de la ligne. Au bout d’un moment, tout devient cohérent, les formes et les personnages, personne ne dérange personne. D’où INVOCATIONS. Je voudrais épuiser toutes les possibilités de personnages, et en même temps, je ne m’y attache jamais. »
Monomaniaque, le garçon ?
« En ce moment, il m’arrive de voir des monstres quand je me réveille, c’est assez flippant .»


