Brève incursion aux Utopiales 2007
J’aurai passé un peu plus de sept heures à la Cité des Congrès de Nantes ce samedi (http://www.utopiales.org/), le temps de faire une dizaine de fois le tour des lieux, d’assister à trois-quatre tables rondes d’un intérêt variable et de discuter avec deux écrivains/acteurs du milieu. Pas énorme par rapport à l’année dernière où j’avais erré pendant quatre jours complets dans le vaste hall animé du plus grand festival de SF en Europe -en tout cas c’est ainsi qu’on nous le vend. Plusieurs raisons à ça: je refuse de retourner dans l’auberge de jeunesse (ou plutôt le repaire de dealers) où j’avais séjourné pendant ces quatre jours -la raison est inclue dans la parenthèse qui précède; l’hôtel, c’est un peu cher, surtout quand on a un compte en banque bloqué (de manière provisoire, j’espère); par ailleurs, n’étant pas autorisé à manquer un seul cours depuis mon intégration au CFJ, je ne pouvais de toute façon pas m’y rendre le jeudi et le vendredi, ce qui règlait plus ou moins le problème.
Qu’ai-je pu voir dans ce laps de temps réduit? Tout d’abord, une exposition consacrée au travail de Christian Scheurer, un illustrateur/concepteur Suisse au parcours atypique puisqu’il est parti faire carrière à Hollywood en travaillant sur des films comme “Le cinquième élément”, “Dark city” ou ” The Animatrix” et quelques jeux vidéos populaires (”Final Fantasy”, “Spore”, etc.). Des univers très liés à la SF, donc. C’est dans ce genre-là également que se situe le monde d’”Entropia”, qui sera prochainement porté à l’écran et qui se présente pour l’instant sous la forme d’une collection de timbres imaginaires relatant l’histoire d’une planète lointaine où se cotoient des personnages pittoresques, comme la Reine Pingo ou le Marquis de Salade…Ces illustrations -qu’elles soient dessinées ou numérisées- impressionnent par leur visuel grandiose, inventif, souvent splendide bien qu’un peu froid. En tout cas, elles ont le mérite de stimuler l’imagination.
Après un rapide coup d’oeil au stand de la bibliothèque municipale de Nantes (où j’ai pu feuilleter quelques “Nausicaa”, le manga d’Hayao Miyazaki) et à l’exposition “Arborescence” consacrée aux fantasmes écologiques de l’architecte belge Luc Schuiten, j’ai suivi la traditionnelle table ronde autour de la littérature jeunesse animée par un Denis Guiot qui s’est un peu emmêlé dans ses chiffres -on a ainsi appris que Erik l’Homme a publié son premier roman un an avant sa naissance. C’est par ailleurs la première fois que je voyais Christophe Lambert, auteur de ”La brèche” (qui n’est pas un livre pour enfants, précisons-le). Le bonhomme s’exprime un peu comme Maurice Dantec, même si ce qu’il raconte n’a pas grand chose à voir avec les envolées métaphysico-fumeuses du médiatique barbu aux lunettes noires. Bref, une discussion sympathique (pimentée par un Pierre Bottero jovial), mais rien de bien mémorable.
Au bar de Mme Spock, la conversation réunissant Jean-Philippe Jaworski, Pierre Bordage, Catherine Dufour et Johan Héliot autour des “territoires de la fantasy” s’est révélée davantage distrayante -essentiellement grâce aux interventions de Dufour (qui a de nouveau remporté le Grand Prix de l’Imaginaire cette année avec “L’immaculée conception”, nouvelle parue dans le Lunatique n°73). Pierre Bordage, qui semble toujours préoccupé de mettre l’auditoire dans sa poche, s’est sans doute montré le plus volubile. On a le droit de préférer la concision érudite d’un Jaworski dont je viens de me rappeler qu’il faut que je lise le déjà fameux ”Janua Vera”.
Pause sandwich puis retour chez Mme Spock, où Stéphanie Nicot s’intéresse à la revue “Galaxies” (http://www.galaxies-sf.com/accueil/) qu’elle a dirigé pendant plus de dix ans avant de laisser la place à Olivier Noël, qui n’a finalement réalisé qu’un seul numéro. L’”interruption” de la revue avait été officiellement annoncée le 9 octobre à travers un communiqué sur le site Internet de “Galaxies”. Une bonne partie de la discussion s’est portée sur la renaissance éventuelle de la revue au printemps prochain. Deux anciens chroniqueurs de “Galaxies”-Jean-Daniel Brèque et Jean-Claude Dunyach (qui y a aussi publié sa nouvelle de hard-science “La stratégie du requin”)- ont tous deux considéré que le nouveau “Galaxies”, pour être rentable, devra consacrer exclusivement son espace aux fictions et aux dossiers de fond et se débarrasser de toutes les news, critiques et autres articles superficiels -domaines dans lesquels le Net aura toujours une longueur d’avance. J’ignore si à l’heure actuelle Stéphanie Nicot a déjà reçu des propositions d’un aspirants rédacteur en chef, en tout cas je souhaite à celui-ci bon courage dans son sadercoce. De mon côté, je continuerai à lire “Bifrost”.
Petit tour à la librairie, au premier étage. J’ai déjà conclu psychologiquement mes achats (”Rivage des intouchables” de Berthelot, dont Olivier Pezigot m’avait recommandé la lecture, “Les seigneurs de guerre” de Gérard Klein -rapport à mon premier post- et le volumineux numéro de “Bifrost” consacré à Serge Lehman) quand j’aperçois, perché sur une table, Jérôme Vincent d’Actusf qui nous invite à venir écouter les délires de ”sales gauchistes” -l’expression n’est pas de lui, mais de Roland Wagner. C’est ce dernier d’ailleurs qui met le plus de conviction dans sa lecture d’un texte d’”Appel d’air” (http://www.actusf.com/spip/pub/AppelAir_presentation.htm), l’anthologie anti-Sarkozy publiée par la toute jeune maison d’édition “Les trois souhaits”, qui extrapole sur les conséquences futures désastreuses que ne manquera pas de provoquer le gouvernement de notre cher président -surtout s’il est réelu en 2012. Tour à tour, on a ainsi droit à la version d’auteurs comme Damasio, Dufour, Heliot, Lehman…qui chacun lit le récit de son petit camarade. De mon côté j’attends patiemment que le tour de Gilles Dumay soit passé afin de pouvoir lui poser quelques questions sur ”Bifrost”.
Je finis par obtenir un court entretien qui se déroulera dans “l’espace presse”, au rez-de-chaussée. Gilles Dumay paraît fatigué, sans doute abattu par l’ insuccès qu’a rencontré son dernier roman sur Chaka Zoulou - roman qu’il croyait pourtant “commercial”. On aborde certains aspects liés à la revue (rappelons que c’est l’auteur qui a le plus publié dans “Bifrost”, avec pas moins de douze nouvelles à ce jour); j’apprends notamment qu’Olivier Girard a refusé tous ses derniers textes. Thomas Day -puisque c’est de l’auteur dont on parle- me paraît quelque peu amer, désabusé. Il se réjouit quand même de la victoire de “Spin”, le dernier roman Robert Charles Wilson qu’il a édité chez ”Lunes d’encre”, dans la catégorie “roman étranger” du Grand Prix de l’Imaginaire. Lorsque je lui demande s’il considère que ses fréquentes publications dans “Bifrost” ont lancé sa carrière d’écrivain, il me répond que ”[sa] carrière littéraire, c’est un seul bouquin, “La voix du sabre”. Le seul qui se soit vendu.” Evidemment. Naïf comme je suis, j’oublie toujours de faire entrer la composante économique dans l’équation.
Après divers errements (j’achète notamment le dernier “Présence d’esprit”, ce fanzine auquel j’ai déjà soumis deux nouvelles sans succès, dont le dossier central est consacré au Space Opera et où je peux lire une interview de…Thomas Day ), je réussis à intercepter Jean-Claude Dunyach, nouvelliste de qualité -je n’ai pas encore lu ses romans- dont la conversation a la particularité de provoquer en vous un persistant sentiment de vertige en moins de cinq minutes. Telle une Gatling frénétique mise sur orbite, ce boulimique (à ce point-là, c’est vraiment une maladie) de lecture m’a littéralement bombardé d’informations diverses. J’ai ainsi appris 1) la signification cachée d”Un jour rêvé pour le poisson-banane”, la nouvelle culte de Salinger 2) quelles adaptations cinématographiques des oeuvres de Shakespeare il faut voir et lesquelles il faut éviter 3) Que Damasio écrivait des bouquins géniaux, mais qu’il faudrait absolument qu’il se lâche “plus” (j’ai même cru comprendre qu’il pratiquait trop de “coupes”, ce à quoi j’ai failli répondre -mais je n’ai pas dégainé assez vite- que ce n’était pas précisément le genre d’arguments qu’avanceraient ses détracteurs). 4) Diverses choses sur la mémoire eidétique, la grandeur de Kafka, de Borgès et surtout des nouvelles de Fitzgerald. 5) Que j’avais du travail sur la planche pour soutenir une discussion -même de cinq minutes-avec un tel glouton de la culture. Le terme n’est pas anodin: je crois que si JCD pouvait manger des livres, il le ferait.
Après une telle leçon, je n’avais plus vraiment le coeur à suivre une autre table ronde. J’ai donc navigué entre le bar de Mme Spock et l’espace Shayol, captant des bribes éparses de discussions (qui finissaient presque inévitablement par se transformer en débats). Je suis parti vers 19h15, après un dernier tour des lieux. Seul regret: où s’étaient donc planqués les Abdaloff?
novembre 26th, 2007 at 4:58
Merci pour ce singulier compte-rendu. Je suis curieux de connaître le sens caché de la nouvelle de JDS. Mais ça peut se révéler en privé, au besoin.
Amitiés,
F/.
novembre 27th, 2007 at 10:24
Ils étaient en train de fumer sur la mezzanine.
décembre 1st, 2007 at 2:08
Que d’informations et que de références ! Il faut dire que même si la SF m’intéresse beaucoup, je n’en connais que les grands classiques anglo-saxons…
janvier 4th, 2008 at 12:35
A Katioucha (avec 100 ans de retard) : merci pour l’info. De toute façon, je ne suis pas sûr que je serais allé les rencontrer, Salomé elle me fait peur. Dans ses MP, elle fait rien qu’à me vanner. Si tu pouvais lui toucher un mot à ce sujet, d’ailleurs, je te serais éternellement reconnaissant -je te permets de la griffer.
A Quentin: oui, un peu comme moi jusqu’à ce que je crée ce blog. A la fin de cette année (je rappelle que nous sommes en 2008 à l’heure où j’écris ce message), je pourrais enfin prétendre m’y connaître un minimum en SF française. A ce propos, s’il t’arrivait de lire un des bouquins que je critique, ça m’intéresserait fortement d’avoir ton avis. Par exemple si tu apprécies les classiques anglo-saxons, peut-être as-tu…”L’oiseau tombé du ciel” de Tevis? (Suivez mon regard).