Tendance bio

novembre 26, 2007

Interview de Anne-Laure Cazali de l’association Bio Consom’acteurs : « Il faut mettre le bio au centre des débats publics »

Classé dans : Les associations — marionbrunet @ 12:18

logo1.gif est la première association de consommateurs de produits biologiques en France. Elle rassemble   des citoyens soucieux promouvoir une agriculture biologique, écologique et durable. Anne-Laure Cazali, chargée de Développement, nous explique son action et ses objectifs.

 En décembre 2006, l’association Bio Consom’acteurs s’était fixée un objectif minimum de 10 000 adhérents à l’horizon 2008-2009, afin d’être agréée association de consommateurs. Qu’en est-il aujourd’hui ? Et quels sont vos objectifs ?

      Notre objectif reste le même pour l’instant. Nous attendons toujours d’être agréée association de consommateurs, afin d’avoir un droit de parole au niveau des pouvoirs publics. Nous en sommes actuellement à 5 000 adhérents, et nous devrions passer à 7 000 en janvier avec l’arrivée des membres d’une association de Mantes-la-Jolie, « Les Biocopains ». Nous souhaitons également faire du lobbying auprès de l’Etat pour aider les producteurs à se lancer dans l’agriculture bio. Développer les productions biologiques locales est plus écologique que d’importer les produits continuellement. Il faut mettre le bio au centre des débats publics sur l’agriculture.

Comment recrutez-vous de nouveaux adhérents ? Avez-vous mis en place un plan de communication ?

      Tous les mois, nos adhérents reçoivent une lettre d’information électronique, « Bio Consom’info », avec un bulletin d’adhésion. Nous comptons sur le bouche à oreille pour recruter de nouveaux membres. Mais nous avons aussi des correspondants locaux dans les départements qui parlent de l’association autour d’eux. Ils disposent d’une page sur notre site[1], « La bio près de chez vous », dont ils peuvent devenir les rédacteurs. Ils y diffusent l’actualité du bio dans leur département et dans l’association. Des affiches et des flyers de l’association sont également distribués dans les salons bio et les magasins Biocoop.

Quel est le profil de vos adhérents?

      La plupart sont déjà des consommateurs de produits bio. Ils connaissent les magasins spécialisés et se renseignent sur l’actualité du marché. Mais de jeunes parents, soucieux de l’alimentation de leurs enfants, adhèrent aussi à l’association.

Quelles sont les actions menées par l’association pour sensibiliser la population aux produits bio ?

       Pour l’instant, nous organisons des assemblées générales avec nos correspondants locaux. Nous devons fédérer les leaders de l’association pour rendre notre action plus efficace et développer notre site internet. Notre prochain rendez-vous aura lieu le 26 novembre prochain au salon « Vivez nature » à Lyon. Sur notre site, nous relayons aussi des pétitions et des actions, comme celles sur les OGM ou les agro carburants.

Travaillez-vous avec d’autres associations environnementales ?

      Nous sommes associés à des organisations comme Greenpeace, la Confédération paysanne, Les Amis de la terre, la FNAB, Inf’OGM… Nous avons notamment été les coorganisateurs de « L’appel d’Orléans », qui avait permis d’envoyer une lettre à Nicolas Sarkozy, peu de temps avant le Grenelle de l’environnement, pour réclamer un moratoire sur les OGM.

Quel a été votre rôle pendant le Grenelle de l’environnement du 24, 25 et 26 octobre dernier ?

      Nous n’étions pas présents physiquement pendant les trois jours du Grenelle, mais nous l’avions préparé avec l’association, Objectif bio, dont nous sommes membres. Le premier but de cette association était d’interpeller les candidats à la présidentielle pour qu’ils incluent des mesures en faveur de l’agriculture biologique dans leurs programmes. Pendant le Grenelle, Objectif bio a bien entendu défendu nos mesures en faveur du bio.

      En revanche, nous avions participé le 2 octobre dernier aux Assises de la bio, une grande conférence pour les acteurs du bio organisée en vue du Grenelle. Michel Barnier, ministre de l’Agriculture, et Nathalie Koscuisko-Morizet, secrétaire d’Etat à l’écologie, avaient annoncé des mesures pour développer le bio dans l’agriculture, la recherche, les cantines scolaires. Malheureusement, Nicolas Sarkozy n’a pas conservé les chiffres évoqués dans ses conclusions du Grenelle. Pour l’instant, nous attendons encore les résultats concrets.


[1] www.bioconsomacteurs.org

novembre 19, 2007

Interview de Christian Guilleminot, agriculteur biologique

Classé dans : Les producteurs bio — marionbrunet @ 1:43

                                        marjolaine1.jpg

Christian Guilleminot, propriétaire de l’exploitation Guilleminot-Chamboul’tou dans la région Centre, produit des articles bio originaux à base de plantes sauvages : pâtes au gingembre et à l’ortie, chocolats datte-orange-ortie, ortie en vrac ou en poudre… Présent au salon bio Marjolaine du 9 au 18 novembre 2007 au Parc Floral de Paris, il nous explique son métier et le marché du bio en France. 

Comment s’organise votre exploitation biologique ?

Je possède douze hectares de friches bio autour de chez moi. Je n’y ajoute aucun pesticide, c’est vraiment de la récolte de plantes sauvages. Pendant la cueillette, je choisis parmi les 450 variétés de plantes présentes dans mon exploitation. Ensuite, je réalise moi-même des recettes adaptées aux plantes. Je travaille seul, de la production des plantes à la conception des produits.

Quels articles produisez-vous ?

Je me suis spécialisé dans les plantes sauvages et les graines de chanvre. Avec ces ingrédients, je fabrique des sablés et des chocolats  aromatisés aux orties, à la menthe, à la reine des prés, des pâtes au gingembre. Et j’envisage de fabriquer des tablettes de chocolat avec des pétales de fleurs comme le calangula, les mauves de Mauritanie ou des pétales de rose. Je veux développer ma production en mélangeant plus de plantes et en mettant davantage de couleurs.

Que pensez-vous du marché du bio actuellement ? On parle d’une croissance forte ces dernières années, est-ce vrai?

Le marché du bio est bien plus qu’une tendance. Il connaît actuellement un succès croissant, et les producteurs bio voient leurs clients régulièrement augmenter. De plus en plus de personnes viennent dans les salons bio comme Marjolaine. Depuis cinq ans, nous avons 15 à 20 % de visiteurs en plus chaque année. A l’inverse, les salons gastronomiques sont de moins en moins fréquentés.

Face à ce succès, n’y a-t-il pas une exploitation du label « bio » pour profiter de cette niche économique?

C’est vrai, certaines personnes exploitent l’image du bio. Lorsque j’ai participé au marché biologique de Montpellier, j’ai rencontré d’anciens experts comptables qui s’étaient reconvertis dans la fabrication de pain bio. Pour moi, ce sont des industriels qui utilisent leurs moyens financiers  pour se lancer dans le bio, sans se soucier du mode de production. Ils sont à l’opposé des petits producteurs bio qui cultivent la terre depuis des années. Il y a également ceux qui assimilent l’ « agriculture raisonnée » à l’agriculture bio. N’oublions pas que l’ « agriculture raisonnée » utilise les mêmes produits chimiques que les agro-industriels. Mais des marques industrielles comme Gerblé  exploitent aussi l’image du bio pour attirer les consommateurs. Leurs produits sont placés dans les rayons bio des grandes surfaces, alors que ce ne sont pas des produits biologiques, mais plutôt diététiques. L’abus du label bio est donc bien réel en France.

                                                               Propos recueillis par Marion Brunet

novembre 11, 2007

La bio-industrie menace les agriculteurs bio indépendants

Classé dans : Le bioboom — marionbrunet @ 9:54

     L’avenir des agriculteurs bio français est toujours incertain après cinquante ans de lutte pour leur reconnaissance. Malgré l’essor incontestable de l’agriculture biologique, les exploitations sont menacées par les agro-industriels. En 2003, 57 % des ménages français ont acheté au moins un produit bio. La généralisation du bio est-elle en cours?

     Actuellement, la France n’est qu’au treizième rang des pays européens pour sa production de produits bio, loin derrière l’Autriche ou l’Allemagne. Si le développement de la tendance bio est récent, les origines de l’agriculture biologique sont bien plus lointaines. Elle apparaît en France vers 1950 en réponse à l’utilisation croissante de traitements chimiques dans l’agriculture. Les premiers cercles de réflexion sur les conséquences néfastes de ces produits chimiques apparaissent. Et en 1962 est créée l’Association française pour l’agriculture biologique (AFAB).

     Dans les années 1970, l’agriculture biologique française s’organise pour obtenir une reconnaissance officielle. L’objectif est atteint le 4 juillet 1980 avec le vote de la loi d’orientation agricole. C’est le premier texte législatif européen à évoquer l’agriculture biologique. Huit ans plus tard, la loi d’adaptation agricole confirme la nouvelle place de l’agriculture bio et met en place des cahiers des charges pour réglementer la production. Depuis 1991, il existe une réglementation commune à toute l’Union européenne.

     Pour répondre à la demande croissante des consommateurs français, le ministère de l’Agriculture a mis en place en 1998 un Plan pluriannuel de développement de l’agriculture biologique. 83 % des Français ont en effet une très bonne image des produits bio, selon une étude de l’Agence Bio réalisée en 2004. Les produits laitiers frais (fromage, yaourt, beurre), les œufs et les fruits et légumes sont en tête des ventes. Poutant, malgré ces signeaux positifs, les prix restent le principal frein à l’achat: 86 % des consommateurs les jugent trop élevés. Alors, quel avenir pour les produits bio ? Une industrialisation? Une généralisation ?

     Le risque de l’industrialisation du bio se profile puisque la filière agroalimentaire mise de plus en plus sur cette agriculture attractive. Le but des acteurs de la bio-industrie est d’accélérer la production pour faire baisser les prix. Et nombre d’acteurs du bio réclament une diminution des tarifs pour éviter une alimentation « de classe ». Mais casser les prix signifie diminuer la main d’œuvre et les salaires et ouvre la voie à une agriculture bio-intensive et à une bio-industrie, synonymes de la disparition des petites structures.

     Comment alors résister à cette vague des agro-industriels ? Les agriculteurs bio indépendants doivent-ils choisir la voie de la concurrence et ainsi risquer de perdre leur spécificité ? La solution résiderait-elle au contraire dans un retour aux fondamentaux de l’agriculture biologique ? Une certitude s’impose: l’autonomie de l’agriculture biologique est aujourd’hui remise en cause. Pour lutter contre cette tendance et préserver les petites exploitations, la solution serait de revenir aux origines du bio avec une agriculture locale et respectueuse de l’environnement. 

          Actuellement, 5 à 6 % des Français consomme régulièrement des produits bio, ce qui laisse entrevoir une bonne marge de développement. Reste aux consommateurs à faire leur choix pour contrer ou non les dérives possibles de l’agriculture bio : être les simples témoins de son industrialisation, ou lutter pour préserver ses fondamentaux.

novembre 4, 2007

Tout le monde parle des produits bio…

Classé dans : Le bioboom — marionbrunet @ 7:13

   S’il a émergé en France dans les années 1950, le bio n’a jamais connu une telle croissance, un tel boom qu’actuellement. Consommateurs, agriculteurs, grandes surfaces, restaurants, tous s’emparent de cette nouvelle tendance. 23% des Français ont choisi d’acheter des produits bio au moins une fois par semaine et sont prêts à payer jusqu’à 25% plus cher certains articles. Les hommes politiques se mettent eux aussi à promouvoir l’agriculture biologique, sous couvert de participer à la protection de notre environnement. Nicolas Sarkozy, le Président de la République, s’est engagé le 25 octobre dernier à soutenir et à développer le bio, dans ses conclusions du Grenelle de l’environnement.

   Toutefois, si le nombre d’exploitations biologiques françaises repart à la hausse, elles ne représentent actuellement que 2,1% de la surface agricole. Le groupe de travail du Grenelle de l’environnement, chargé de réfléchir au développement de l’agriculture biologique, a constaté que la consommation des produits bio augmentait plus vite que la production. La France se voit contrainte d’importer de plus en plus puisque le marché progresse de 10% par an.

   Pour répondre à la demande croissante des consommateurs, N. Sarkozy a pris acte des propositions de la table ronde du Grenelle de l’environnement. Les cultures bio devront représenter en 2010 6% de la surface agricole utile (SAU), pour atteindre progressivement l’objectif de 20% à l’horizon 2020. Le Président s’est également engagé “à ce que toutes les cantines publiques  proposent au moins une fois par semaine un repas issu de l’agriculture biologique”. En 2012, les produits bio devront représenter 20% des commandes publiques et 20% dans la restauration collective.

   Le bio est-il appelé à devenir un véritable mode de vie? Beaucoup de consommateurs, de curieux, d’intéressés doivent s’interroger actuellement. Tout le monde en parle, mais combien sont ceux qui savent réellement ce qu’est un produit bio? 

   L’agriculture biologique est “un mode de production agricole exempt de produits chimiques de synthèse”, selon la définition du ministère de l’Agriculture. Cela signifie qu’engrais chimiques, pesticides, herbicides, OGM (Organismes génétiquement modifiés) sont bannis des cultures biologiques. Les résidus chimiques sont absents des fruits et légumes bio, et les animaux sont nourris avec des aliments qui sont à 90% d’origine biologique (herbe, foin, céréales, etc.).  Le label AB, propriété du ministère de l’Agriculture, est une garantie pour le consommateur. Il certifie que l’agriculteur biologique a été contrôlé par un organisme indépendant, garant du respect des techniques bio.

   Face à ces garanties de qualité, beaucoup tentent de s’emparer de ce nouveau marché en pleine explosion. Lire sur un emballage les mots “authentique”, “naturel” ou “du terroir” ne garantit en aucun cas l’origine biologique des produits. Comment alors reconnaître le “vrai” bio du “faux”? C’est ce que je tenterai de découvrir au fil des semaines.

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