Tendance bio

décembre 3, 2007

Anne-Laure Cazali : « Le bio bénéficie d’une très bonne image en cette période d’insécurité alimentaire »

Classé dans : Les associations — marionbrunet @ 12:36

      L’association de consommateurs de produits biologiques, Bio Consom’acteurs, veut redonner à la France sa place de leader bio européen du début des années 1980. Anne-Laure Cazali, Chargé de Développement de l’association, décrypte l’état du marché bio français.

              Un Français sur quatre consomme actuellement un produit bio au moins une fois par mois. Le marché bio français croît depuis dix ans sans discontinuer: la consommation des produits biologiques a augmenté de 10% par an, selon les chiffres de l’Agence Bio. La création de la première association de consommateurs de produits biologiques en France, Bio Consom’acteurs, atteste de ce succès.

       Mais Anne-Laure Cazali, Chargée de Développement de Bio Consom’acteurs depuis mai 2007, tempère : « N’oublions pas que le secteur bio reste une niche. Les produits bio représentent 2% seulement du chiffre d’affaire des produits consommés, alimentaires ou non ». Et si la consommation augmente, la production n’est pas assez importante pour répondre à la demande croissante des Français. « Les exploitations biologiques ne couvrant que 2% de la surface agricole utile (SAU), nous sommes contraints d’importer plus de la moitié de ce que l’on consomme », ajoute-t-elle.

       Situés au 19ème rang européen en termes de surfaces cultivées bio, loin derrière l’Autriche et l’Allemagne, les agriculteurs bio peine à rattraper leurs voisins. Les pouvoirs publics ont leur part de responsabilité dans ce retard. La croissance du bio dépend de leur volonté ou non de développer ce secteur. « Actuellement la Politique Agricole Commune (PAC) fournit des subventions aux agriculteurs en fonction de leurs surfaces et de leurs rendements. Les exploitations bio ne sont pas assez importantes pour bénéficier de ces aides », affirme Anne-Laure Cazali. Les exploitants bio assument tous les frais de leur exploitation : main d’œuvre, coût élevé de la certification, etc.

      Au-delà de la faiblesse de la production, le premier frein à l’achat du bio reste le prix, jugé trop élevé par les consommateurs. « Un produit bio peut avoir un prix supérieur de 30% par rapport à  son équivalent dans l’agriculture industrielle. Mais on peut tout à fait  consommer des produits biologiques pour un budget identique à celui d’un panier conventionnel. Il suffit de consommer moins de viandes et de cuisiner davantage d’aliments bruts comme les légumineuses et les céréales », affirme Anne-Laure Cazali, elle-même consommatrice de produits bio.

Distinguer le « vrai » bio du « faux »      

        Le manque d’information sur les labels et l’abus courant de l’appellation « bio » dissuadent souvent les consommateurs d’acheter des produits bio. Dans les grandes surfaces, les articles des marques comme Bien vivre ou Gerblé, qui ne sont pas issus de l’agriculture biologique, sont placés dans le rayon bio. Troublés, les clients se détournent du rayon sans rien prendre. Ou pire : ils achètent un produit qu’ils pensent bio, mais ils sont en réalité trompés par son emplacement dans le magasin.

      On comptabilise en France dix organismes certificateurs, dont le plus connu est Ecocert. « Les logos sont attribués à l’aide de contrôles très stricts. La réglementation de l’agriculture biologique est la plus sévère en France en matière de culture, de respect de l’écologie, de refus des OGM et des pesticides », affirme Anne-Laure Cazali, ardente promotrice du bio. La présence du logo d’un de ces organismes permet de distinguer le « vrai » bio du faux. C’est une assurance pour le consommateur non avisé. Il peut ainsi éviter d’acheter un produit qui se dit « bio » ou « naturel », mais qui ne possède pas de certification.

      Mais la présence de ces organismes certificateurs ne décourage pas les nombreux industriels de vouloir s’engouffrer dans cette voie pour attirer les consommateurs. Anne-Laure Cazali, qui travaillait auparavant dans l’industrie agroalimentaire, connaît bien ces acteurs industriels. Et si elle a quitté ce secteur pour le bio, c’est pour exercer un métier qui lui correspond davantage et défendre une agriculture saine.

      « Le secteur bio est en pleine croissance et il a une très bonne image en cette période d’insécurité alimentaire. C’est pourquoi de nombreuses personnes exploitent cette niche économique. Dans les supermarché, les produits bio sont souvent placés dans le rayon diététique, peut-être en raison de leurs vertus bénéfiques pour la santé. Mais il y a une confusion des genres. Ces produits ne portent pas les mêmes valeurs ». Passionné par son combat en faveur des produits bio, Anne-Laure Cazali compte sur Bio Consom’acteurs pour lutter contre les abus de l’appellation « bio ».

novembre 26, 2007

Interview de Anne-Laure Cazali de l’association Bio Consom’acteurs : « Il faut mettre le bio au centre des débats publics »

Classé dans : Les associations — marionbrunet @ 12:18

logo1.gif est la première association de consommateurs de produits biologiques en France. Elle rassemble   des citoyens soucieux promouvoir une agriculture biologique, écologique et durable. Anne-Laure Cazali, chargée de Développement, nous explique son action et ses objectifs.

 En décembre 2006, l’association Bio Consom’acteurs s’était fixée un objectif minimum de 10 000 adhérents à l’horizon 2008-2009, afin d’être agréée association de consommateurs. Qu’en est-il aujourd’hui ? Et quels sont vos objectifs ?

      Notre objectif reste le même pour l’instant. Nous attendons toujours d’être agréée association de consommateurs, afin d’avoir un droit de parole au niveau des pouvoirs publics. Nous en sommes actuellement à 5 000 adhérents, et nous devrions passer à 7 000 en janvier avec l’arrivée des membres d’une association de Mantes-la-Jolie, « Les Biocopains ». Nous souhaitons également faire du lobbying auprès de l’Etat pour aider les producteurs à se lancer dans l’agriculture bio. Développer les productions biologiques locales est plus écologique que d’importer les produits continuellement. Il faut mettre le bio au centre des débats publics sur l’agriculture.

Comment recrutez-vous de nouveaux adhérents ? Avez-vous mis en place un plan de communication ?

      Tous les mois, nos adhérents reçoivent une lettre d’information électronique, « Bio Consom’info », avec un bulletin d’adhésion. Nous comptons sur le bouche à oreille pour recruter de nouveaux membres. Mais nous avons aussi des correspondants locaux dans les départements qui parlent de l’association autour d’eux. Ils disposent d’une page sur notre site[1], « La bio près de chez vous », dont ils peuvent devenir les rédacteurs. Ils y diffusent l’actualité du bio dans leur département et dans l’association. Des affiches et des flyers de l’association sont également distribués dans les salons bio et les magasins Biocoop.

Quel est le profil de vos adhérents?

      La plupart sont déjà des consommateurs de produits bio. Ils connaissent les magasins spécialisés et se renseignent sur l’actualité du marché. Mais de jeunes parents, soucieux de l’alimentation de leurs enfants, adhèrent aussi à l’association.

Quelles sont les actions menées par l’association pour sensibiliser la population aux produits bio ?

       Pour l’instant, nous organisons des assemblées générales avec nos correspondants locaux. Nous devons fédérer les leaders de l’association pour rendre notre action plus efficace et développer notre site internet. Notre prochain rendez-vous aura lieu le 26 novembre prochain au salon « Vivez nature » à Lyon. Sur notre site, nous relayons aussi des pétitions et des actions, comme celles sur les OGM ou les agro carburants.

Travaillez-vous avec d’autres associations environnementales ?

      Nous sommes associés à des organisations comme Greenpeace, la Confédération paysanne, Les Amis de la terre, la FNAB, Inf’OGM… Nous avons notamment été les coorganisateurs de « L’appel d’Orléans », qui avait permis d’envoyer une lettre à Nicolas Sarkozy, peu de temps avant le Grenelle de l’environnement, pour réclamer un moratoire sur les OGM.

Quel a été votre rôle pendant le Grenelle de l’environnement du 24, 25 et 26 octobre dernier ?

      Nous n’étions pas présents physiquement pendant les trois jours du Grenelle, mais nous l’avions préparé avec l’association, Objectif bio, dont nous sommes membres. Le premier but de cette association était d’interpeller les candidats à la présidentielle pour qu’ils incluent des mesures en faveur de l’agriculture biologique dans leurs programmes. Pendant le Grenelle, Objectif bio a bien entendu défendu nos mesures en faveur du bio.

      En revanche, nous avions participé le 2 octobre dernier aux Assises de la bio, une grande conférence pour les acteurs du bio organisée en vue du Grenelle. Michel Barnier, ministre de l’Agriculture, et Nathalie Koscuisko-Morizet, secrétaire d’Etat à l’écologie, avaient annoncé des mesures pour développer le bio dans l’agriculture, la recherche, les cantines scolaires. Malheureusement, Nicolas Sarkozy n’a pas conservé les chiffres évoqués dans ses conclusions du Grenelle. Pour l’instant, nous attendons encore les résultats concrets.


[1] www.bioconsomacteurs.org

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