Anne-Laure Cazali : « Le bio bénéficie d’une très bonne image en cette période d’insécurité alimentaire »
L’association de consommateurs de produits biologiques, Bio Consom’acteurs, veut redonner à la France sa place de leader bio européen du début des années 1980. Anne-Laure Cazali, Chargé de Développement de l’association, décrypte l’état du marché bio français.
Un Français sur quatre consomme actuellement un produit bio au moins une fois par mois. Le marché bio français croît depuis dix ans sans discontinuer: la consommation des produits biologiques a augmenté de 10% par an, selon les chiffres de l’Agence Bio. La création de la première association de consommateurs de produits biologiques en France, Bio Consom’acteurs, atteste de ce succès.
Mais Anne-Laure Cazali, Chargée de Développement de Bio Consom’acteurs depuis mai 2007, tempère : « N’oublions pas que le secteur bio reste une niche. Les produits bio représentent 2% seulement du chiffre d’affaire des produits consommés, alimentaires ou non ». Et si la consommation augmente, la production n’est pas assez importante pour répondre à la demande croissante des Français. « Les exploitations biologiques ne couvrant que 2% de la surface agricole utile (SAU), nous sommes contraints d’importer plus de la moitié de ce que l’on consomme », ajoute-t-elle.
Situés au 19ème rang européen en termes de surfaces cultivées bio, loin derrière l’Autriche et l’Allemagne, les agriculteurs bio peine à rattraper leurs voisins. Les pouvoirs publics ont leur part de responsabilité dans ce retard. La croissance du bio dépend de leur volonté ou non de développer ce secteur. « Actuellement la Politique Agricole Commune (PAC) fournit des subventions aux agriculteurs en fonction de leurs surfaces et de leurs rendements. Les exploitations bio ne sont pas assez importantes pour bénéficier de ces aides », affirme Anne-Laure Cazali. Les exploitants bio assument tous les frais de leur exploitation : main d’œuvre, coût élevé de la certification, etc.
Au-delà de la faiblesse de la production, le premier frein à l’achat du bio reste le prix, jugé trop élevé par les consommateurs. « Un produit bio peut avoir un prix supérieur de 30% par rapport à son équivalent dans l’agriculture industrielle. Mais on peut tout à fait consommer des produits biologiques pour un budget identique à celui d’un panier conventionnel. Il suffit de consommer moins de viandes et de cuisiner davantage d’aliments bruts comme les légumineuses et les céréales », affirme Anne-Laure Cazali, elle-même consommatrice de produits bio.
Distinguer le « vrai » bio du « faux »
Le manque d’information sur les labels et l’abus courant de l’appellation « bio » dissuadent souvent les consommateurs d’acheter des produits bio. Dans les grandes surfaces, les articles des marques comme Bien vivre ou Gerblé, qui ne sont pas issus de l’agriculture biologique, sont placés dans le rayon bio. Troublés, les clients se détournent du rayon sans rien prendre. Ou pire : ils achètent un produit qu’ils pensent bio, mais ils sont en réalité trompés par son emplacement dans le magasin.
On comptabilise en France dix organismes certificateurs, dont le plus connu est Ecocert. « Les logos sont attribués à l’aide de contrôles très stricts. La réglementation de l’agriculture biologique est la plus sévère en France en matière de culture, de respect de l’écologie, de refus des OGM et des pesticides », affirme Anne-Laure Cazali, ardente promotrice du bio. La présence du logo d’un de ces organismes permet de distinguer le « vrai » bio du faux. C’est une assurance pour le consommateur non avisé. Il peut ainsi éviter d’acheter un produit qui se dit « bio » ou « naturel », mais qui ne possède pas de certification.
Mais la présence de ces organismes certificateurs ne décourage pas les nombreux industriels de vouloir s’engouffrer dans cette voie pour attirer les consommateurs. Anne-Laure Cazali, qui travaillait auparavant dans l’industrie agroalimentaire, connaît bien ces acteurs industriels. Et si elle a quitté ce secteur pour le bio, c’est pour exercer un métier qui lui correspond davantage et défendre une agriculture saine.
« Le secteur bio est en pleine croissance et il a une très bonne image en cette période d’insécurité alimentaire. C’est pourquoi de nombreuses personnes exploitent cette niche économique. Dans les supermarché, les produits bio sont souvent placés dans le rayon diététique, peut-être en raison de leurs vertus bénéfiques pour la santé. Mais il y a une confusion des genres. Ces produits ne portent pas les mêmes valeurs ». Passionné par son combat en faveur des produits bio, Anne-Laure Cazali compte sur Bio Consom’acteurs pour lutter contre les abus de l’appellation « bio ».
est la première association de consommateurs de produits biologiques en France. Elle rassemble des citoyens soucieux promouvoir une agriculture biologique, écologique et durable. Anne-Laure Cazali, chargée de Développement, nous explique son action et ses objectifs.