La bio-industrie menace les agriculteurs bio indépendants
L’avenir des agriculteurs bio français est toujours incertain après cinquante ans de lutte pour leur reconnaissance. Malgré l’essor incontestable de l’agriculture biologique, les exploitations sont menacées par les agro-industriels. En 2003, 57 % des ménages français ont acheté au moins un produit bio. La généralisation du bio est-elle en cours?
Actuellement, la France n’est qu’au treizième rang des pays européens pour sa production de produits bio, loin derrière l’Autriche ou l’Allemagne. Si le développement de la tendance bio est récent, les origines de l’agriculture biologique sont bien plus lointaines. Elle apparaît en France vers 1950 en réponse à l’utilisation croissante de traitements chimiques dans l’agriculture. Les premiers cercles de réflexion sur les conséquences néfastes de ces produits chimiques apparaissent. Et en 1962 est créée l’Association française pour l’agriculture biologique (AFAB).
Dans les années 1970, l’agriculture biologique française s’organise pour obtenir une reconnaissance officielle. L’objectif est atteint le 4 juillet 1980 avec le vote de la loi d’orientation agricole. C’est le premier texte législatif européen à évoquer l’agriculture biologique. Huit ans plus tard, la loi d’adaptation agricole confirme la nouvelle place de l’agriculture bio et met en place des cahiers des charges pour réglementer la production. Depuis 1991, il existe une réglementation commune à toute l’Union européenne.
Pour répondre à la demande croissante des consommateurs français, le ministère de l’Agriculture a mis en place en 1998 un Plan pluriannuel de développement de l’agriculture biologique. 83 % des Français ont en effet une très bonne image des produits bio, selon une étude de l’Agence Bio réalisée en 2004. Les produits laitiers frais (fromage, yaourt, beurre), les œufs et les fruits et légumes sont en tête des ventes. Poutant, malgré ces signeaux positifs, les prix restent le principal frein à l’achat: 86 % des consommateurs les jugent trop élevés. Alors, quel avenir pour les produits bio ? Une industrialisation? Une généralisation ?
Le risque de l’industrialisation du bio se profile puisque la filière agroalimentaire mise de plus en plus sur cette agriculture attractive. Le but des acteurs de la bio-industrie est d’accélérer la production pour faire baisser les prix. Et nombre d’acteurs du bio réclament une diminution des tarifs pour éviter une alimentation « de classe ». Mais casser les prix signifie diminuer la main d’œuvre et les salaires et ouvre la voie à une agriculture bio-intensive et à une bio-industrie, synonymes de la disparition des petites structures.
Comment alors résister à cette vague des agro-industriels ? Les agriculteurs bio indépendants doivent-ils choisir la voie de la concurrence et ainsi risquer de perdre leur spécificité ? La solution résiderait-elle au contraire dans un retour aux fondamentaux de l’agriculture biologique ? Une certitude s’impose: l’autonomie de l’agriculture biologique est aujourd’hui remise en cause. Pour lutter contre cette tendance et préserver les petites exploitations, la solution serait de revenir aux origines du bio avec une agriculture locale et respectueuse de l’environnement.
Actuellement, 5 à 6 % des Français consomme régulièrement des produits bio, ce qui laisse entrevoir une bonne marge de développement. Reste aux consommateurs à faire leur choix pour contrer ou non les dérives possibles de l’agriculture bio : être les simples témoins de son industrialisation, ou lutter pour préserver ses fondamentaux.