Dans une précipitation anormale, l’Etat du Sénégal vend sa troisième licence de téléphonie mobile à Sudatel pour 200 millions de dollars, au grand dam des syndicats et de l’opposition politique.

La troisième licence de téléphonie était l’objet de toutes les convoitises pour les grands groupes internationaux qui souhaitaient rejoindre Alizé (France Télécom) et Tigo (Espagne).Tous les candidats potentiels n’ont pas pu prendre le départ. En effet, l’appel d’offre a été bouclé en 14 jours ouvrables : lancement de l’offre le 17 août, dépôt des dossiers le 31 août, décision le 6 septembre. Ainsi, seuls trois opérateurs ont pu concourir. Il s’agit de Bintel, filiale de télécoms du groupe de BTP de Bakr Mohamed Ben Laden, Sudatel, héritière de l’opérateur historique du Soudan, et Celtel. Deux autres grands groupes très intéressés n’ont pu se manifester dans les délais. Il s’agit de Maroc Telecom et MTN. Selon Daniel Seck, directeur général de l’Autorité sénégalaise de régulation des télécommunications et de la poste (ARTP), « c’est en janvier 2005 que l’appel à concurrence a été lancé ». Autrement dit, il fallait se préparer en conséquence.

Pour adjuger la licence, l’ARTP s’est attaché les services de la banque d’affaires de Rothschild et a fondé ses critères de choix à 60 % sur les finances, à 20 % sur l’aspect juridique et à 20 % sur la technique. Au final, la licence a été attribuée à Sudatel qui a proposé 200 millions de dollars, alors que Bintel en proposait 153 millions et Celtel 105 millions.

A l’annonce du résultat du dépouillement, l’opposition politique et les syndicats de travailleurs de
la Sonatel, opérateur historique sénégalais, ont crié leur déception face à ce qu’ils appellent « un mauvais choix technologique et une affaire d’argent qui entravent l’avènement d’une nouvelle époque de la téléphonie au Sénégal ». Il faut reconnaître que Sudatel est très peu connu dans le milieu des télécommunications internationales, d’où la suspicion qui pèse sur ses capacités techniques et commerciales. Rendez-vous est pris en mars 2008 pour le lancement des services, mais aussi pour voir ce qu’il en est des promesses.