Imaginez un instant que le président de la République fasse ses discours à la nation dans 20 langues nationales plus le français. Imaginez que les ministres et les hautes autorités répondent aux médias dans le même nombre de langues. C’est ce qu’exige très sérieusement l’« Association des Sénégalais pour l’égalité, l’accès aux droits à l’information, promotion des langues nationales, action revendicative, culture et développement »« Les ministres doivent parler en français et puis basta, sinon il faut qu’ils s’expriment dans toutes les autres langues », lance Demba Sow, président intérimaire de l’association lors d’une conférence de presse tenue samedi dernier au Trocadéro à Paris. C’était en présence de membres des sections de d’Orléans, de Creil, d’Arpajon, de Chilly-Mazarin, d’Etampes, de Mantes-la-Jolie, des Mureaux et de Paris.

L’association pour l’égalité des langues nationales a pour objectif de s’unir et d’agir en vue d’instaurer l’égalité et la promotion des langues nationales qui sont codifiées et celle qui ne le sont pas. Pour l’association, les langues sont à « la base du développement socioculturel ». S’il y a une phrase qui a eu le mérite d’irriter nos compatriotes de l’association c’est bien : « légui nak waxko ci wolof » (maintenant dites le en wolof) que les journalistes prononcent juste après les interviews en français, à la radio surtout.

Cette phrase doit son succès au développement des radios privés dans les années 1990. « C’est nouveau ! Pourquoi pas légui nak waxko ci joola ? (maintenant dites le en joola ?) », s’interroge Demba Sow Devant un tel constat, un journaliste tente une réflexion : c’est peut-être parce que le wolof est la langue la plus usitée. Non ? Tollé général dans la salle. Morceaux choisis : « le pulaar est la langue la plus parlée au Sénégal », « on ne déteste pas les wolofs, mais on en laissera pas notre culture mourir », « les pulaar font 60% de la population », « même plus », insiste un autre, etc. Un intervenant tente alors d’expliquer que ces constats ont été faits dans une improbable étude évoquée par un ancien ministre de l’éducation nationale. Manifestement, personne n’a compris que les wolofs phones sont nettement plus nombreux que les wolofs. Mais dans un tel contexte, comment ne pas s’interroger sur la composition de l’association et notamment du bureau. En effet, il n’y a que des Pulaars dans cette action revendicative. Ce qui les rend forcément suspect. « Au début, nous avons fait du porte à porte dans les foyers, les cités etc. pour appeler tout le monde. Pourtant ce sont des Wolofs, des Manjaks et des Joolas qui sont venus en premier », rappelle Mamadou Lo vice-président de l’association.

Ce qui n’explique toujours pas pourquoi l’association est devenue totalement pulaar. De toute façon, ce qui est important, selon Demba Sow, c’est que « ce combat est celui de tous les Sénégalais, en particulier ceux de la diaspora ». L’enjeu est de taille.

Egalité des langues à la RTS

Il y a quelques années, les chaînes sénégalaises n’étaient pas captées en France. Depuis qu’on peut les regarder quasiment partout, des problèmes sont apparus. « Les immigrés envoient 1 milliard de francs par jour. Quand on regarde la télévision nationale, on ne s’y retrouve pas, encore moins nos enfants qui sont nés ici », regrette Hameth Sarr, porte-parole de l’association. « Les programmes sont essentiellement en wolof et en français. Nous demandons un équilibre pour que toutes les communautés s’y retrouvent. »

La cible est clairement identifiée, il s’agit de la RTS. En effet, selon Mamadou Lo, vice-président de l’association, « la RTS, c’est tout pour le wolof et rien pour les autres. Regardez les programmes. En dehors du français, vous avez, xew xewu demb, jigën baaxna, xel du doy, xam sa diné etc…tout en wolof vous avez deux émission en pulaar et rien pour les autres ». Au-delà des émissions à la RTS, Mamadou Lo constate que « les campagnes de sensibilisation contre le sida ou pour les élections sont faites en français et en wolof. Pourquoi le Sénégal ne fait pas comme le Burkina ou le Mali, où elles sont faites dans toutes les langues », s’interroge t-il.

Selon Hameth Sarr, porte-parole de l’association, le problème c’est que « la RTS est une télévision commerciale, alors qu’elle doit publique ». L’un empêche t-il l’autre ? « L’Etat doit mettre les moyens pour que la télé soit une télévision publique qui promeut la diversité culturelle du Sénégal. La RTS doit être capable de décliner ses programmes dans toutes les langues, même si elle doit faire le tour des 14 régions », propose Hameth Sarr. Pour lui, « la suppression de la publicité après 20H dans l’audiovisuel public en France, obéit aux impératifs d’un service public de qualité ». Demba sow quant à lui croit savoir qu’ « il y a assez d’argent au Sénégal pour financer une télévision publique digne de ce nom ».

Mutisme des autorités

Au demeurant, les autorités n’ont jugé utiles de répondre aux nombreuses sollicitations de l’association. En effet, après plusieurs correspondances adressées au Président de la République, au Premier ministre, au Président de l’Assemblée nationale…Bref, à tout le monde. Selon Demba Sow, « seuls les anciens ministres

Aziz Sow et Bacar Dia ont répondu, mais juste pour rappeler les dispositions de la Constitution ». En plus des correspondances, l’association a organisé à Paris sur le parvis du Trocadéro deux manifestations : le 25 octobre 2008 et le 18 avril 2009.

Devant le mutisme des autorités, notamment de l’ambassade à Paris, promettent un rassemblement de grande envergure le 24 octobre prochain pour se faire entendre. D’ici là, Demba Sow et compagnie ne resteront pas les bras croisés. Ils envisagent de « faire du lobbying », mais aussi de « se rendre au Sénégal pour s’adresser à qui de droit ».