Le ridicule ne tue pas
A mon avis 3 Comments »Si les paradoxes étaient mortels, le Sénégal aurait disparu depuis des lustres. Dans un contexte de pauvreté chronique, le gouvernement explique le renchérissement des prix par l’inflation du baril du pétrole et les aléas du marché mondial. Ce qui est économiquement faux. Partant de ce constat, le président suggère de faire une ponction sur les salaires. Donc une baisse des salaires. Il s’agit en réalité de créer un fonds de solidarité permettant de subventionner certains produits de consommation courante. Pourtant ce n’est pas l’argent qui manque au Sénégal et des économies pourraient êtres faites sur le train de vie de l’Etat. On se demande à quoi servent les 39 ministres du gouvernement, sans compter les ministres - conseillers tapis à la présidence et dans les ambassades ? A quoi servent les 100 sénateurs et 150 députés pour un plus de 11 millions d’habitants? Leur train de vie (salaires, primes diverses, véhicules, carburant, logements, personnels etc.) coûte cher au peuple qui vit dans un dénuement honteux. Est-il opportun d’acheter deux avions de luxe pour un total de 95 milliards de francs CFA ? Ce tableau ne tient pas compte des milliards distribués aux chefs religieux musulmans pour raisons électorales, mais aussi des largesses faites aux ouailles des politiciens au pouvoir. Il y’a effectivement des économies à faire. Mais pas sur les salaires des travailleurs qui sont déjà au bout du rouleau.
Bien souvent, on est tenté de penser que le peuple n’est pas encore à bout de souffle. Les réactions aux dérives du régime sont timides voire inexistantes. Ce n’est pas une surprise : les syndicats s’ils ne sont pas complaisants, n’ont aucune popularité ; les marabouts ont d’autres préoccupations que le sort du peuple dont ils tirent pourtant leur force ; l’opposition politique, dispersée, mal organisée et faible se contente de déclarations; la société civile quant à elle reste une affaire d’intellectuels. Par conséquent, le pouvoir peut faire tout et n’importe quoi sans réelle opposition.
C’est pourquoi, le président de la république, en fin politicien, a mis la pression sur ses alliés politiques en annonçant dans un discours à la nation le vendredi 2 novembre à 20h30, une imminente et considérable réduction du gouvernement. En effet, au lendemain de l’adresse de Wade, tous les chefs de parti membre de la mouvance présidentielle sont descendus dans l’arène politique pour défendre la proposition du chef de l’Etat de baisser les salaires. Il s’agissait surtout de justifier leur présence dans le gouvernement et dans l’appareil d’Etat. Si on peut être généreux dans l’attribution du bonnet d’âne, le professeur Moustapha Kassé, conseiller économique du président, bat tous les records. Invité du journal télévisé de la RTS le samedi 3 novembre à 20h 30, il met l’accent sur «le courage et la détermination du chef de l’Etat et de son gouvernement qui ne sont pas restés les bras croisés devant la gravité de la situation». Ils ont sûrement été élus pour pantoufler ou se retrouver en villégiature à Paris et tenir des séances de dédicace de livre …sur l’économie!