« On ne doit pas mélanger politique et business »
Echos de France, Echos de Russie, Economie, Economie — By Artem NIKITIN on décembre 8, 2009 at 17 h 49 min
La France a envoyé « la bonne personne » dans un pays où faire du business n’est pas si simple. Après avoir travaillé pendant cinq ans sur un terrain « chaud » à Téhéran, Philippe Pégorier, Adjoint au Chef de Service Economique Régional de Moscou ne s’étonne de rien en Russie. Son objectif est désormais de convaincre les Français qui sont encore assez méfiants envers la Russie à franchir le cap. Optimiste de nature, il espère que l’année France-Russie permettra aux deux pays de trouver un langage commun également dans les affaires. Un langage claire où « politique et business ne doivent pas se mélanger ».
Quels problèmes les hommes d’affaires français rencontrent en venant pour la première fois en Russie?
Tout d’abord il y a le visa. Pour aller en Ukraine, à Kiev, les Européens n’ont pas besoin de visa. En Russie, ce n’est pas le cas. Et puis il y a la crise qui touche tous les pays. De nos jours, c’est très dur pour les PME françaises. Lorsque je les appelle pour venir en Russie, elles me disent « Nous avons des problèmes à résoudre en France », « Nous n’avons pas d’argent », etc.
Nous travaillons aussi dans des conditions juridiques difficiles. Pour une entreprise en Ukraine comme en Russie, c’est difficile d’obtenir l’accès aux tribunaux en cas de litiges. Enfin. Aller devant les tribunaux, d’ailleurs je ne le recommande pas ! À mon avis, mieux vaut un mauvais accord que d’aller aux tribunaux.
Autre souci, pour créer votre entreprise ici, vous devez recueillir beaucoup de signatures. L’ouverture d’un compte bancaire prend deux ou trois semaines. Je ne dis pas qu’en France les choses sont faciles mais notre gouvernement cherche à améliorer considérablement ce processus et vous pouvez ouvrir votre entreprise sans quitter votre bureau.
Et la corruption, est-elle aussi un phénomène fréquent que la bureaucratie ?
Je suis en Russie seulement depuis six semaines et je ne peux pas encore me prononcer. En Ukraine en tout cas, la corruption existe au niveau des autorités locales et des juges. Et il y a aussi d’autres problèmes comme la violation de la propriété intellectuelle. C’est pourquoi les entreprises françaises, qui travaillent dans la mode, dans la production de vin, dans l’industrie sont très prudentes. C’est un problème également en Russie qui n’est pas membre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Pourquoi pendant l’année croisée y aura-t-il si peu d’événements portant sur l’économie ?
Nous prévoyons une série d’expositions consacrées à l’économie. Vous savez, la mode, la culture, le vin ne sont pas seulement des stéréotypes sur la France. Ce sont aussi des débouchés en terme de business.
Qu’attendez-vous personnellement de 2010 ?
Je pense que cette année va permettre de faire connaissance de manière plus profonde avec la Russie. Les Français ont une vague idée de ce qui se passe ici. Et ce qu’ils lisent dans les journaux manque toujours d’objectivité et détériore l’image de la Russie. Cela nuit aux investissements dans votre pays.
P.S. La version complète de l’interview a été publiée en russe dans le numéro 120 (28 octobre 2009) du journal Novaïa Gazeta.
Tags: Ambassade de France

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