Saint-Denis, avenue du Colonel Fabien. Pas tout à fait un quartier chaud, pas tout à fait un quartier sans histoires. Dario Verger, Christophe Thiebaud et Rosemond Zamord y sont gardiens d’immeuble depuis 14, 7 et 5 ans.
Réunis dans la loge de Christophe Thiebaud, ils racontent les tracas quotidiens de leur boulot. Les trois collègues se montrent bavards et se coupent la parole en permanence. Chacun a des dizaines d’histoires à raconter, toujours plus incroyables que celles du collègue. Un coup de fil nocturne d’un locataire encore plus tardif. Une requête encore plus incongrue. Un voisin encore plus menaçant.
Dans cette forêt de béton, ils connaissent tout le monde. Et, assis aux premières loges, ils sont témoins de la dégradation de la situation à Saint-Denis et dans leur quartier. Ils assènent que c’était une erreur de supprimer la police de proximité et se demandent ce que vont donner les “unités territoriales de quartiers” promises récemment par Michèle Alliot-Marie. Pessimistes, ils racontent l’évolution des jeunes qu’ils voient grandir, et qui ont pris quelques années d’avance sur leurs aînés en matière d’arrachage de sac à main ou de vol à la portière.
Mais l’insécurité n’est pas le premier de leurs soucis. Le climat de la cité Colonel-Fabien est plus apaisé qu’au Franc-Moisin, où agressions verbales ou physiques sont le quotidien des gardiens d’immeuble. Dario, Christophe et Rosemond ont d’ailleurs pris part à la manifestation de décembre dernier, qui a réuni 300 gardiens venus devant la mairie de Saint-Denis pour soutenir les confrères excédés du Franc-Moisin.
Plus que l’insécurité, les trois collègues évoquent l’incivilité, le manque de respect et les sollicitations permanentes. A saint-Denis, pour à peine plus d’un smic, les gardiens d’immeubles sont aussi assistants sociaux, “grands frères”, médiateurs voire bricoleurs professionels ou plombiers quand il s’agit de réparer une fuite ou des toilettes bouchées.
Originaires du Pas-de-Calais, Michel et Sonia Froissart connaissent bien Saint-Denis. Ils y ont été gardiens d’immeuble pendant près de 11 ans. Mais eux ont fini par craquer, et sont passés du 93 au XXe. Ils se rappellent les galères, leur immeuble délabré, les nuits d’insomnie, l’inquiétude pour leurs enfants. Ils ne regrettent pourtant pas ces années qui leur ont forgé le caractère, et se souviennent avec émotion de la chaleur de certains locataires, de la découverte de cultures différentes. Mais les hauteurs de Belleville, c’est autre chose que les tours de Colonel Fabien.
Gardiens d’immeuble à Saint-Denis, à Colonel-Fabien, au Franc-Moisin; gardiens ayant fait le trajet Saint-Denis - Paris ou le trajet inverse; gardiens attachés à leur quartier, n’hésitez pas à apporter votre témoignage.
Super papier. J’habite au Maroc et pourtant je le lis et j’écoute les sonores avec plaisir. Bravo.