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Les enjeux

Grosses boîtes, maigres embauches ?

Hall d’une grande entreprise à Saint-Denis“Dynamique”, “prometteur”, “impliqué”, les adjectifs fusent quand il faut définir le territoire de Saint-Denis du point de vue du développement économique. De grands groupes continuent de s’installer dans une zone devenue attractive avec la construction du Stade de France. Mais les grosses entreprises recrutent-elles localement ? Pour l’heure, la réponse reste complexe.

Depuis la fièvre des années 2000, les entreprises poussent comme des champignons à La Plaine. Les Generali, Siemens, AGF, et autres groupes phares, ont fait bondir les indices économiques des environs. Mais dans la population, l’enthousiasme est vite retombé. “Quand les grosses entreprises se sont installées, on s’est rendu compte que certaines n’avaient pas un seul salarié de Saint-Denis, ni même de Seine-Saint-Denis“, rappelle Nicolas Gottry, directeur de la Miel (Maison d’Initiative Economique Locale). Aujourd’hui, sur les quelque 4000 salariés du géant de l’assurance Generali, seuls 3 à 4 % habitent le territoire de la Plaine Commune. “Si Arcelor dénombre 600 salariés, c’est qu’il est arrivé avec ses 600 salariés !”, confirme Benoît Claire, directeur de l’ANPE de Saint-Denis. D’autant que parmi celles qui se sont installées en ZFU, certaines ont profité d’un “excès d’aubaine, selon Nicolas Gottry, et auraient pu s’implanter sans avoir besoin des exonérations d’impôts”.

Charte entreprise-territoire : premier bilan

Pour inciter les entreprises à ne pas seulement bénéficier du territoire, mais à s’y impliquer pour développer l’emploi local, la charte “entreprise-territoire” leur a été proposée en 2005. Depuis, 80 entreprises se sont engagées par le biais de formations, de stages, d’embauches. “Aujourd’hui, pour une moitié, les chartes fonctionnent bien, pour l’autre moitié, elles sont dormantes”, estime Luc Probert, de Plaine Commune Promotion. “Même si les grandes entreprises recrutent peu sur place, la charte a tout de même permis d’avancer”, souligne Nicolas Gottry. Sur Plaine Commune, les signataires ont déjà embauché 1300 habitants. Ce qui reste peu. Néanmoins, les grands groupes font face à des entraves à l’embauche : la déconnexion entre l’offre et la demande les refroidit, et le recrutement via l’ANPE ne les satisfait guère. Beaucoup ont besoin d’ingénieurs, de chefs de projet, et autres cadres dynamiques, alors qu’au niveau local, quand bien même les jeunes diplômés existent, les demandeurs d’emplois ont globalement des niveaux de qualification moins élevés.

Recrutement à deux échelles

En comparaison des grandes firmes, les TPE (Très Petites Entreprises) ont davantage recours à un recrutement de proximité. “Les TPE utilisent des méthodes de recrutement de bouche à oreille, intuitives, empiriques, par le biais de l’ANPE locale, et rien d’autre, atteste Nicolas Gottry. Ce sont des petites structures, mais la probabilité de recruter localement est beaucoup plus forte.” De leur côté, les grandes entreprises ont recours à des modes de recrutement plus variés, et moins favorables au recrutement local -par les sites Internet, l’externalisation, la presse. Sur 158 entreprises de plus de 50 salariés implantées à Saint-Denis, seules 90 travaillent avec l’ANPE. Si, en proportion, les TPE recrutent davantage parmi les habitants, c’est aussi parce que leurs attentes correspondent à des niveaux de qualification plus bas.

L’industrie est morte, vive le BTP !

A Saint-Denis, l’industrie était auparavant le secteur roi de l’embauche, mais après son déclin, les anciens ouvriers se sont reconvertis ou ont patiemment attendu la retraite. Désormais, c’est le BTP qui recrute. “Le BTP marche effectivement très fort, mais aussi le service aux entreprises”, assure Benoît Claire, directeur de l’ANPE de Saint-Denis. Cependant, “les entreprises qui arrivent viennent avec leur boîte de sous-traitance : ça ne génère pas forcément de l’embauche”, tempère Luc Probert, de Plaine Commune Promotion, pour qui “les entreprises nouvellement installées manquent d’outils pour connaître les entreprises locales et les sélectionner”. Le vaste programme de rénovation urbaine de la ville de Saint-Denis va être un coup de pouce pour l’embauche locale. Le projet de complexe hôtelier international dont la première pierre devrait être posée en 2008 implique la création de 780 emplois nets. Si elles se concrétisent, ces promesses d’embauches pourraient renouer le lien, encore bien distendu, entre les Dionysiens eux-mêmes et les entreprises dionysiennes.

Quelques chiffres

6400 : nombre de demandes d’emploi ANPE à Saint-Denis (2007)
13,6 % : estimation du taux de chômage à Saint-Denis (mars 2006)
12 000 : nombre d’entreprises établies sur le territoire de la Plaine Commune
20% : salariés des entreprises de la Plaine Commune habitant sur le territoire

Discussion

3 commentaires pour “Grosses boîtes, maigres embauches ?”

  1. y’a pas de zfu à st denis, donc l’”effet d’aubaine” ne joue pas si on parle que de la ville de st denis, les ZFU sont situées sur d’autres villes de Plaine Commune

    Posté par benedetto93 | 31 janvier, 2008, 18:57
  2. 90 entreprises de + de 50 salariés qui travaillent avec l’ANPE locale, pourquoi ce “seule”, à priori c’est plutôt un bon résultat. Qui dit mieux ?

    Posté par benedetto93 | 31 janvier, 2008, 21:33
  3. A propos des ZFU, elles concernent les entreprises installées sur le territoire de Plaine Commune. Cet article jongle entre différentes échelles, celle de Saint-Denis, de Plaine Commune, et du département. Mais il est effectivement bon de le préciser.

    Posté par Marilyne Chaumont | 1 février, 2008, 10:37

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