Par Etienne Balmer et Julia Pascual
Saint-Denis ville sale : le raccourci est facile. En ces temps de campagne électorale, la propreté fait même la une de certains programmes. Celui de Maud Lelièvre (Verts) : “La première chose, c’est la question de la propreté. Il n’est pas possible, sous couvert que l’on soit en Seine-Saint-Denis, que la ville soit aussi sale“. Celui de François-Xavier Ducos-Fonfrède (UMP) : “On voit des rats, il est impossible d’avoir des chaussures cirées à Saint-Denis” (voir le Journal de saint-Denis du 23 janvier, ndlr). Celui de Sophie Durand (Saint-Denis Citoyen) : “La rue n’est pas une poubelle“… Même à l’occasion de micro-trottoirs auprès des habitants, la formule est récurrente.
Un travers typiquement dionysien ou le lot commun des zones urbaines denses ? “Il y a un laisser-faire de la ville, une incapacité des services et des élus à faire respecter l’espace public”, affirme Aline Matray, membre de Saint-Denis et Environnement. Cette association citoyenne aligne sur son site dossiers photos et séquences vidéos de déchets sauvages, de poubelles éventrées, d’épaves de véhicules abandonnées, de déjections animales tapissant le bitume…
Des accusations qui font soupirer Alain Garrel, directeur de l’Unité territoriale du nettoiement sur les communes de Saint-Denis, Ile Saint-Denis et Stains.
La gestion des déchets à Plaine Commune est déléguée en partie à Delafina, une filiale de Veolia (collecte des ordures ménagères, des encombrants et du verre). L’Unité territoriale de nettoiement, avec 166 agents et une quarantaine de balayeuses, laveuses, bennes légères et poids lourds, gère quant à elle la propreté de l’espace public, les porte-sacs et l’enlèvement des dépôts sauvages.
Ce sont ces derniers qui sont les plus préoccupants : “Nous en ramassons environ 1400 tonnes chaque année, soit presque autant que ce que collecte Delafina en encombrants traditionnels”, constate Michel Zabardi, responsable de la collecte Saint-Denis - Ile de Saint-Denis. La commune abonde en terrains vagues, friches industrielles et bordures d’autoroute propices à se débarrasser discrètement de ses déchets. Aline Matray de l’association Saint-Denis et Environnement analyse : “La ville de Saint-Denis est très fréquentée par des non Dionysiens. Il y a des gens qui ne font que la traverser, y étudier ou y travailler. Notre espace public, c’est pas chez eux”.
Michel Zabardi confirme ce constat. Pour autant, il estime que des entreprises et des habitants de Saint-Denis ne seraient pas totalement exempts de tout reproche.
Le manque de civisme de certains Dionysiens par rapport à leur espace public est politiquement dérangeant. Alain Garrel, gêné, tente de donner des explications.
“Ici, c’est la poubelle du quartier”, dénonce Yves Flatard, qui habite depuis 21 ans rue Samson, non loin du square Parmentier de Geyter. Il est lassé de jouer au gendarme avec ses voisins. “Les gens d’ici sont pauvres, ils ont d’autres soucis en tête que l’espace public”. Il y a aussi des inconnus qui viennent déverser toutes sortes d’encombrants sur le trottoir. En voiture ou en camionnette. “Cette semaine c’était des lattes de plancher, avant c’était des gravats”. L’unité territoriale Propreté de Plaine Commune a décidé de passer quotidiennement dans le quartier. Un choix bien accueilli par Yves Flatard, qui regrette toutefois que les gens n’accompagnent pas ces efforts.
Tous les commerçants dionysiens ne montrent pas l’exemple. Certains ne trient pas leurs déchets, d’autres les abandonnent sur la voie publique. Les éboueurs composent avec les mauvaises pratiques de tri des magasins.
“Les agents de propreté ne sont pas suffisamment soutenus en terme de répression“, dénonce Aline Matray de Saint-Denis et Environnement. La police municipale - 22 agents - ne verbalise pas les dépôts d’ordures sauvages : “Ils ont beaucoup d’autres missions”, justifie Michel Zabardi. “On fait appel à eux uniquement quand nos bennes ne peuvent pas passer dans certaines rues à cause d’un stationnement illicite”. Et à Plaine Commune, moins de dix agents sont assermentés pour relever et punir les infractions.
Pourtant selon Alain Garrel, le problème majeur n’est pas une question d’effectif.

En dépit de la permanence d’incivilités, le tonnage global d’ordures est en diminution : “Entre 2006 et 2007, on relève moins 4% d’encombrants, moins 3% d’ordures ménagères, alors que la population augmente de 9000 habitants”, note Michel Zabardi. Le responsable de Plaine Commune explique cette apparente contradiction par l’appauvrissement de la population. Plus on est pauvre, moins on consomme… et moins on jette. “En même temps, le tonnage du verre a augmenté de 13% et le tri sélectif de 5%”, nuance Michel Zabardi.
Le tri sélectif, un chantier important lancé en 1995 (767 tonnes collectées en 2006), s’est généralisé récemment à toutes les voies de Saint-Denis. A grand renfort de conseillers en tri, d’interventions sur le terrain, de suivis de collecte et de pédagogie dans les écoles. Alors Saint-Denis, ville sale : peut mieux faire, si chacun y met du sien.
verbaliser le français ne connaît que ça, il n’ y a qu’a voir avec les radars ça marche. Toucher le porte monnaie c’est la meilleure façon de toucher au civisme des gens.
Le quartier dans lequel j’habite est régulièrement l’objet de dépôts d’ordures sauvages.
Vieux frigos, canapés défoncés, meubles divers et variés, etc.
Certains habitants n’hésitent pas à déposer leur sac poubelle au pied de leur immeuble au lieu de les déposer dans leur local poubelle. J’ai eu à ce titre une altercation avec une personne qui réguliérement déposait ces immondices sur le trottoir alors que son immeuble est doté d’un local poubelle.
J’ai écris à Patrick Braouzec plusieurs fois en lui demandant de procéder à des campagnes d’affichage sur la propreté mais aussi à procéder à des PV afin de sanctionner ces personnes qui se moquent totalement de leur environnement immédiat.
Mais la propreté fait aussi l’objet d’une démarche globale. Comment peut on faire respecter ce comportement élémentaire quand tout une population occupe le centre ville sans droit ni titre dans des squats ou des logements totalement insalubres.
La question que je me pose c’est comment en est on arrivé là ?
La classe moyenne a foutu le camp mais dans le même temps la ville aurait pu se doter de moyens afin notamment de rénover le coeur de ville qui est carrement en voie de “taudisation”. Je n’entends pas grand chose la dessus mais de toute façon le discours est de nature très démagogique à Saint-Denis.
roudou, je suis d’accord avec toi
on ne serait pas voisin par hasard?!!