Par Nina Hubinet et Constance Molle-Proudhon
Mardi 5 février, des dizaines de gendarmes investissent le camp du Hanoul, dans le cadre d’une enquête sur une affaire de vol en bande organisée. Environ 200 Roms habitent sur ce terrain, qui bénéficie d’un protocole d’accord avec la mairie. Cinq personnes sont interpellées pour des contrôles d’identité dans d’autres affaires. Elles sont relâchées le lendemain.

Florica habite dans un squat à La Plaine. Mardi après-midi, elle avait rendez-vous à la Poste du quartier pour ouvrir un compte en banque. Julien Radenez, médiateur social de l’association Parada, l’accompagnait. Depuis deux ans, l’association aide les Roms de Saint-Denis à scolariser leurs enfants.
“La Poste n’accepte pas toujours d’ouvrir un compte aux Roms, par peur des déficits. Mais quand on les accompagne, en général ça se passe bien”, indique Julien Radenez. Florica ressort du bureau de la conseillère financière le sourire aux lèvres : ça y est, elle a un compte en banque. Elle va pouvoir toucher les allocations familiales, auxquelles elle a droit puisque ses deux filles, âgées de 8 et 14 ans, sont scolarisées depuis deux ans.
La quarantaine, pommettes hautes et œil rieur, Florica porte fièrement ses dents en or et son identité rom. Elle est venue de Roumanie il y a quatre ans. “Là-bas, c’était pire que la prison. On ne gagnait pas d’argent, on n’avait pas de maison et les enfants étaient maltraités à l’école. J’ai peur d’être expulsée. Je ne veux surtout pas y retourner.”
Ici elle se sent bien. Dans le bar où elle raconte son histoire, un disque de musique roumaine tourne à plein volume. Abdel, le patron maghrébin, explique en riant : “Moi, je suis un Roumain d’Afrique !”
Depuis quatre ans, Florica vit à Saint-Denis dans des squats, mais elle préfère de loin cette vie à celle qu’elle avait dans son pays d’origine. “J’habite depuis quelques semaines dans un ancien entrepôt où loge une dizaine d’autres familles. On a tout nettoyé pour pouvoir s’installer. Il n’y a pas l’eau courante, on va la chercher dehors. Pour l’électricité, on se débrouille. Je dors dans une chambre avec mon mari et mes filles.” Comme beaucoup de Roms de la région parisienne, sa famille vit de la récupération des déchets.
“Avec mon mari, on va chercher la ferraille jetée par les chantiers de construction et on la revend à des entreprises de métaux. A nous deux, on ramène 30 à 40 euros par jour. On ne peut pas faire d’économies, on a juste assez pour les dépenses quotidiennes. Ce que je voudrais, c’est pouvoir payer un loyer, 300 ou 400 euros, même si c’est une chambre ou un studio, pour quitter le squat et avoir notre appartement à nous.” Florica espère que les allocations familiales vont l’aider à atteindre cette somme. Un travail déclaré, plus rémunérateur, elle en a cherché un à plusieurs reprises. “J’ai pris les petites annonces et j’ai demandé à ma fille, qui parle bien français, d’appeler.” Mais la réponse a toujours été négative. “Pourtant je suis allée à l’école en Roumanie, je peux faire tout type de travail !” plaide-t-elle.
La Roumaine ne ressent pas de racisme de la part des habitants de Saint-Denis. “C’est plus avec les autres Roms qu’il y a des problèmes”, constate-t-elle. Sur ce sujet, elle ne s’étendra pas. Elle esquisse un sourire et s’excuse, ses enfants l’attendent à la sortie de l’école.
La phrase “Entre intégration et expulsion” résume très bien le statut de ces populations en errances.
La ville aurait dû proposer un terrain viabilisé pour les populations nomades sans pour autant légitimé le squat de terrains comme c’est le cas actuellement.
Résultat la ville subit la pression de centaines de Roms alors qu’elle a d’autres problématiques à gérer.