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Les enjeux

Roms du quartier Pleyel : deux camps, deux mesures

Par Constance Molle et Nina Hubinet (avec Mehdi Chebana)

Après avoir rencontré une femme rom qui vit dans un squat de Saint-Denis, le Dionysien donne la parole à des habitants des campements de la ville, situés dans un no man’s land entre le centre-ville et les grandes entreprises du quartier Pleyel. Au bout du boulevard Anatole France, coincé entre la quatre-voies, le pont de l’autoroute A86 et les voies du RER D, deux camps roms se font face.

Le vacarme y est incessant.

D’un côté, une palissade en tôle blanche cache 25 caravanes et quelques préfabriqués, posés sur des graviers. Impossible d’y entrer sans autorisation de la préfecture. Près de la porte, un gardien surveille les allées et venues. Ce lieu propret, pourvu d’un point d’eau et d’électricité, fait l’objet d’une Mous (Maîtrise d’œuvre urbaine et sociale), un dispositif par lequel l’Etat accompagne les familles roms qui y habitent.

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A l’extérieur, une jeune fille et cinq ou six hommes entourent une vieille Tzigane assise sur une chaise, un tablier bleu à paillettes autour des hanches.“Nous sommes de la même famille. Deux de mes fils habitent à Pierrefitte et n’ont pas le droit d’entrer dans le camp. Alors on se retrouve ici, sur le trottoir.”

Lors de l’expulsion d’un camp de 600 personnes, rue Campra, en août dernier, la famille a été “sélectionnée”, avec 90 autres Roms, pour venir habiter ici. 79 personnes ont accepté l’aide au retour que leur proposait la préfecture (153 euros par adulte et 48 euros par enfant), et les quelque 400 autres se sont installées dans des campements des villes voisines. “Pourquoi on a été choisi ? Je ne sais pas. C’est grâce à Dieu!”, estime la vieille Tzigane en joignant les mains et en levant les yeux vers le ciel. Elle reste évasive sur leurs moyens de subsistance : la cantine du campement est gratuite, et certains membres de la famille font des petits boulots. “Mais les Français ont des préjugés, ils ne veulent pas nous embaucher. L’Etat français ne nous aide pas vraiment à chercher du travail”, se plaint David, un cousin venu de Pierrefitte.

romsconstantin.jpgLa mama tzigane montre fièrement son fils. “Maintenant il sait lire et écrire !” Casquette vissée sur le crâne, boucle d’oreille et veste en cuir, Constantin, 16 ans, va au collège à Aubervilliers. “Je voudrais être mécanicien”, dit-il en bon français. “On est bien ici, conclut sa mère. En Roumanie, on était agriculteurs, on ne gagnait pas notre vie.”

Face aux préfabriqués, le bidonville

Des tas de morceaux de bois et de ferraille entourent le camp du Hanoul, de l’autre côté de la route. “La vie est très dure ici” : la phrase revient dès que l’on croise un habitant.
En 2003, la mairie a signé un protocole d’engagement réciproque avec les résidents du Hanoul. “Un point d’eau et des toilettes ont été installés, et les services municipaux ramassent les poubelles. La scolarisation des enfants est aussi suivie de près, dans une perspective d’insertion”, explique Adrian Kossic, chargé de mission au cabinet du maire qui suit la question des Roms. “Les gens de la mairie viennent contrôler que tous les enfants vont à l’école”, témoigne Victor, yeux bleu clair et visage maigre, qui porte sa fille d’un an dans ses bras. En contrepartie, le chef du camp veille à ce que d’autres caravanes ne s’installent pas sur le terrain.

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Pour autant, le Hanoul n’a rien d’un camp modèle : terrain boueux, pas d’électricité, et les toilettes installées par la municipalité ne sont vidées qu’une fois par semaine. Avec ses abris faits de planches et de tôle ondulée, le camp ressemble plutôt à un bidonville.

A côté d’une voiture défoncée, Victor nous fait entrer dans sa cabane, chauffée par un petit poêle. Un groupe électrogène est posé près de la porte. Sa femme sort vider une bassine d’eau, qui a servi pour le bain de sa fille. Le jeune Roumain est arrivé il y a deux ans de Timisoara, dans l’ouest de la Roumanie.
“Au moins ici, on a du travail. On récupère la ferraille et on la revend”, raconte Victor. La gardienne de l’entreprise voisine observe les allers-retours des habitants du camp : “On les voit passer toute la journée avec leurs caddies. Ça doit pas être facile de les pousser sur les pavés.” Et lorsqu’une femme est sur le point d’accoucher, c’est à elle que les Roms, qui ne parlent pas français, demandent d’appeler les pompiers pour venir la chercher.

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